Sommeil et cancer : comment bien dormir réduit vos risques
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Le cancer reste une des principales causes de mortalité dans le monde. Au cours des dernières décennies, l’évolution de notre style de vie, de l’environnement et des soins de santé a profondément modifié les profils épidémiologiques du cancer. Outre les facteurs de risque bien connus tels que la génétique, les infections, l’alcool, le tabac et l’alimentation, le sommeil semble également jouer un rôle important dans la survenue des cancers.
Une bonne nuit de sommeil est plus qu’un simple moment de récupération : elle peut réduire votre risque de cancer. Les personnes qui dorment suffisamment et bénéficient d’un sommeil de qualité présentent un risque nettement plus faible, tandis qu’un sommeil insuffisant ou perturbé augmente ce risque. Faire du sommeil une priorité est l’un des moyens les plus simples de préserver sa santé à long terme.
Importance du rythme circadien
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De nombreux aspects de notre vie sont liés au rythme circadien : cette horloge interne de 24 heures qui régule le sommeil, les hormones, le métabolisme et de nombreux processus corporels. Ce rythme biologique est génétiquement déterminé et influence non seulement notre sommeil, mais aussi nos habitudes alimentaires, notre humeur et le risque de maladies chroniques comme le cancer et les affections cardiovasculaires.
Ce rythme est facilement perturbé par le stress, le temps passé devant des écrans et des horaires de travail irréguliers, au sein de notre société occidentale. Selon plusieurs études, l’impact est considérable : l’OMS considère le travail de nuit, assorti d’un dérèglement circadien, comme un facteur « probablement cancérigène ». Des études de longue durée, comme l’English Longitudinal Study of Ageing, effectuée sur plus de 10.000 participants, confirment qu’un sommeil de mauvaise qualité accroît le risque de cancer de près de 60%.
Un sommeil de mauvaise qualité augmente le risque de cancer
Les données de Cancerworld montrent que les troubles du sommeil augmentent significativement le risque de développer certains types de cancers. Le risque de cancer colorectal augmente de plus de 50% en cas de problèmes de sommeil. L’apnée du sommeil l’augmente de 76%, l’insomnie de 54%. Le risque de cancer du sein chez les femmes qui dorment trop peu est multiplié par cinq.
Une vaste étude de 2023, menée auprès de 15.000 personnes révèle que le risque de cancer augmente selon votre nombre d’heures de sommeil :
- Moins de 6 heures par nuit : Les personnes dormant moins de six heures par nuit présentaient un risque de cancer 41 % plus élevé que celles dormant entre 6 et 8 heures.
- Moins de 7 heures au total : Le risque de cancer augmentait de 69 % chez les individus qui dormaient moins de 7 heures au total par jour (siestes comprises) par rapport à ceux dormant 7 à 8 heures.
L’inverse est également vrai : bien dormir a un effet protecteur. L’étude UK Biobank (380.042 participants) a conclu à une diminution totale de 28% du risque de cancer chez les personnes ayant de bonnes habitudes de sommeil. La diminution est particulièrement spectaculaire pour le cancer du poumon (–78%), du foie (–47%) et de la vessie (–39%).
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Pourquoi un manque de sommeil augmente-il le risque de cancer ?
Le mécanisme est complexe mais cinq processus semblent intervenir :
- Diminution de la production de mélatonine : un manque de sommeil diminue le taux de mélatonine. Or, cette hormone a une action anti-inflammatoire, protège l’ADN, freine la croissance tumorale et soutient le système immunitaire. Un trouble du rythme circadien nous prive de cette protection.
- Immunité affaiblie : un manque de sommeil chronique réduit l’activité des cellules « Natural Killer » et d’autres mécanismes de défense qui reconnaissent et détruisent les cellules cancéreuses au début de leur formation.
- Dérèglement de l’horloge biologique : le travail de nuit et les insomnies perturbent la réparation de l’ADN et la croissance cellulaire, facilitant la formation de cellules cancéreuses.
- Dérèglement métabolique : un sommeil de mauvaise qualité a un impact sur les hormones et le métabolisme. Il augmente le risque d’obésité et, par conséquent, de plusieurs formes de cancer.
- Stress chronique : le manque de sommeil va souvent de pair avec un stress prolongé, lequel est également associé à un risque accru de cancer et d’accélération de la croissance tumorale.
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Qu’est-ce qu’un sommeil sain ?
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Pour bien dormir :
- Dormez 7 à 8 heures par nuit dans une chambre calme, sombre et fraîche (±18 °C).
- Évitez la lumière bleue, la caféine, l’alcool et les repas lourds le soir.
- Couchez-vous entre 22.00 et 23.00 heures : selon les études, cette plage horaire présente le risque le plus faible de maladies cardiovasculaires.
- Évitez les écrans 30 à 60 minutes avant le coucher afin de ne pas perturber la production de mélatonine.
- En journée, exposez-vous à la lumière naturelle et bougez suffisamment. Ces deux mesures sont essentielles pour le bon fonctionnement du rythme circadien.
- Respectez votre biorythme. Certaines personnes sont du matin ou du soir. Trouvez votre rythme personnel et respectez-le. Pour ceux qui travaillent en shift, c’est plus difficile : utilisez des rideaux occultants, limitez la lumière vive pendant les services de nuit et protégez autant que possible votre rythme biologique.
- Consultez un médecin en cas de problèmes de sommeil persistants, surtout si vous craignez d’être en proie à des apnées, qui peuvent accroître le risque de cancer.
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Quid de la sieste ?
Une courte sieste en journée peut être un complément bénéfique à une bonne nuit de sommeil. En Belgique, 4% de la population s’octroie une sieste quotidienne, 35% s’y adonne au moins une fois par semaine. La sieste est toujours ancrée dans la tradition de pays du sud, comme l’Espagne, l’Italie et la Grèce, surtout aux heures les plus chaudes. En Chine, 58% des habitants font une sieste quotidienne. La sieste peut partiellement compenser le manque chronique de sommeil, mais le lien entre les siestes, la durée totale du sommeil et le cancer n'a pas encore été pleinement étudié.
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