Hypoglycémies nocturnes : les reconnaître et les éviter

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Si vous êtes diabétique et traité par insuline ou certains médicaments hypoglycémiants, vous avez peut-être déjà vécu une hypoglycémie : une chute du taux de sucre dans le sang (glycémie) en dessous de 0,70 g/L. Ces épisodes peuvent survenir de jour comme de nuit, mais les « hypos » nocturnes sont particulièrement redoutées : jusqu’à 80 % d’entre elles peuvent passer inaperçues. Pendant le sommeil, le corps détecte moins bien les signes d’alerte, ce qui peut rendre ces épisodes plus longs et plus dangereux.

Qui est concerné par les hypoglycémies nocturnes ?

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L’hypoglycémie nocturne touche surtout les patients diabétiques traités par insuline, c’est-à-dire :

  • Tous les diabétiques de type 1
  • Une partie des diabétiques de type 2
  • Les femmes enceintes atteintes de diabète gestationnel sous insuline

Certaines personnes sont particulièrement vulnérables : les personnes âgées, celles ayant une longue histoire de diabète, des antécédents d’hypoglycémie sévère, une insuffisance rénale ou des maladies associées.

Voir aussi l'article : Hypoglycémie (« hypo ») : définition, symptômes, que faire ?

Causes de l'hypoglycémie nocturne

L’hypoglycémie nocturne est fréquente chez les patients traités par insuline ou certains médicaments hypoglycémiants :

  • Traitement mal dosé ou inadapté : l’insuline peut provoquer une hypoglycémie si le dosage est trop élevé, si le type d’insuline n’est pas adapté ou si son absorption varie selon le repas ou l’activité physique. Certains médicaments hypoglycémiants oraux, comme les sulfamides ou les glinides, peuvent entraîner une hypoglycémie si la dose n’est pas correctement ajustée.
  • Manger peu ou sauter le repas du soir peut provoquer une chute de glycémie pendant la nuit.
  • Une activité physique intense ou inhabituelle en soirée augmente la consommation de glucose par les muscles et peut déclencher une hypoglycémie nocturne si le traitement n'est pas ajusté.
  • La consommation d’alcool bloque la libération de glucose par le foie et favorise l’hypoglycémie pendant la nuit.

Hypoglycémie nocturne non diabétique

L’hypoglycémie nocturne est rare chez les personnes qui ne sont pas diabétiques, mais elle peut survenir dans certaines situations précises :

  • Alcool en excès : l’alcool bloque la libération de glucose par le foie et peut provoquer une chute de glycémie pendant la nuit.
  • Jeûne prolongé ou repas sauté en soirée : le manque de glucose disponible peut entraîner une hypo nocturne.
  • Activité physique intense en fin de journée : le glucose est utilisé par les muscles, ce qui peut faire chuter le taux de sucre pendant le sommeil.
  • Causes médicales rares : insulinome (tumeur productrice d’insuline), maladies du foie, certains médicaments.

Voir aussi l'article : Hypoglycémie sans diabète : causes, symptômes, quand consulter

Symptômes de l’hypoglycémie nocturne

Pendant la nuit, les signes classiques d’hypoglycémie peuvent passer inaperçus. On sait que près de 50 % des hypoglycémies ont lieu la nuit et que la plupart sont asymptomatiques.

Les nouvelles technologies de surveillance continue du glucose (capteurs de glycémie en continu ou CGM), notamment celles avec alarme, permettent de détecter ces épisodes dès leur apparition. 

Lorsque des symptômes se manifestent, voici ce qui peut vous alerter :

Signes pendant le sommeil :

  • Transpiration abondante
  • Palpitations ou accélération du rythme cardiaque
  • Agitation ou paroles dans le sommeil
  • Cauchemars très réalistes

Signes au réveil pouvant indiquer une hypoglycémie nocturne non détectée

  • Mal de tête
  • Fatigue inhabituelle ou sensation de faiblesse
  • Glycémie étonnamment élevée le matin (« effet Somogyi » – hyperglycémie de rebond)

Le rôle du partenaire de sommeil est précieux : si vous observez agitation, paroles dans le sommeil, tremblements ou sueurs, n’hésitez pas à réveiller la personne concernée.

Voir aussi l'article : Mal de tête au réveil : 15 causes possibles

Quel taux de glycémie viser avant le coucher ?

L’objectif de glycémie avant le coucher varie selon le type de diabète, le traitement et les recommandations de votre médecin. Pour la plupart des patients sous traitement hypoglycémiant, viser entre 90 et 150 mg/dL (5,0 et 8,3 mmol/L) est considéré comme sûr.

Un repère pratique : éviter de se coucher avec une glycémie trop basse, par exemple inférieure à 120 mg/dL (1,20 g/L), surtout si vous êtes sous insuline. Consultez votre médecin pour adapter cette valeur à votre situation.

Comment éviter les hypoglycémies nocturnes ?

  1. Mesurer sa glycémie avant le coucher : si vous pensez faire des hypoglycémies nocturnes non détectées, votre médecin peut vous proposer de mesurer votre glycémie une fois par semaine vers 2–3 h du matin ou lorsque vous présentez des symptômes pendant la nuit.
  2. Prendre une collation adaptée si nécessaire : si votre glycémie est basse, prenez une collation combinant glucides et protéines. Exemples : pain complet avec fromage, yaourt, ou un fruit avec une poignée de noix. Évitez les aliments très sucrés qui peuvent provoquer une montée puis une chute rapide de la glycémie.
  3. Adapter l’activité physique : pratiquer une activité physique tard le soir peut augmenter le risque d’hypoglycémie nocturne. Si vous faites du sport le soir, adaptez la collation ou votre traitement en concertation avec votre médecin.
  4. Limiter l’alcool : l’alcool peut provoquer une hypoglycémie plusieurs heures après sa consommation, surtout sans aliments.
  5. Adapter votre traitement en concertation avec votre médecin : le choix de l’insuline, ses doses et les objectifs glycémiques doivent être réévalués régulièrement, notamment en cas d’hypoglycémies répétées, en particulier la nuit.

Capteurs de glycémie en continu (CGM)

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© Getty Images - Capteur de glycémie en continu

Les lecteurs de glycémie en continu (CGM), surtout ceux dotés d'une fonction d'alerte, allègent considérablement la surveillance nocturne et permettent souvent de prévenir l'hypoglycémie. Ils permettent également d'analyser les données glycémiques nocturnes et d'effectuer les ajustements nécessaires.

  • Concrètement, un petit capteur placé sous la peau mesure la glycémie toutes les quelques minutes et envoie les données sur un smartphone. 
  • Une alarme se déclenche en cas de chute de la glycémie, permettant d’intervenir rapidement.
  • Ces dispositifs sont remboursés en Belgique pour les patients diabétiques de type 1 et certains patients de type 2 sous insuline. Renseignez-vous auprès de votre médecin ou mutuelle.

Voir aussi l'article : Capteur de glycémie en continu : comment ça marche ?

Que faire en cas d’hypoglycémie nocturne ?

De nombreux diabétiques de type 1 dotés d'un système automatisé d’administration d’insuline (pompe à insuline) peuvent réduire la fréquence des hypoglycémies nocturnes grâce à la technologie. Ces dispositifs ajustent ou suspendent automatiquement l’insuline en fonction des fluctuations de la glycémie captée par un CGM, permettant ainsi de prévenir les chutes de sucre pendant la nuit.

Pour les diabétiques non appareillés, voici les bons réflexes à avoir en cas de réveil avec symptômes :

Si vous êtes conscient et que vous pouvez vous alimenter

  • Mesurez votre glycémie, puis prenez 15–20 g de glucides rapides, par exemple : un petit verre de jus de fruit, 3 morceaux de sucre, une cuillère à soupe de miel ou de confiture, un verre de cola non light.
  • Renouvelez si nécessaire toutes les 15 minutes jusqu’à ce que la glycémie remonte.
  • Si le prochain repas est prévu dans plus de deux heures, prenez une petite collation solide (pain, biscotte) pour stabiliser votre glycémie.

En cas d’hypoglycémie sévère (perte de conscience ou incapacité à avaler)

Ne tentez jamais de faire boire ou manger une personne inconsciente. Le glucagon est le traitement de référence en cas d'hypoglycémie sévère chez un patient diabétique sous insuline. Il existe sous deux formes :

  • injectable (GlucaGen Kit) :  à administrer en intramusculaire ou sous-cutané par une personne de l'entourage formée.
  • nasal en poudre (Baqsimi®) : une alternative plus simple, administrable dans une narine sans que la personne ait besoin d'inhaler, ce qui permet son utilisation même chez une personne inconsciente. Il est remboursé chez les patients diabétiques de type 1 ou de type 2 traités par insuline.

Après administration : tournez la personne sur le côté et contactez immédiatement les services d’urgence (112 en Belgique).

Quand consulter ?

Tout épisode d’hypoglycémie nocturne doit être signalé à votre médecin ou diabétologue.

En cas d’hypoglycémies répétées, votre traitement, vos objectifs glycémiques et éventuellement l’introduction d’un CGM seront réévalués avec vous.

Conclusion

    • Les hypoglycémies nocturnes sont fréquentes et souvent silencieuses.
    • Prévention : glycémie cible au coucher, collation adaptée, prudence avec l’alcool et l’activité physique, suivi médical régulier.
    • CGM et glucagon sont des outils précieux pour la sécurité nocturne.
    • Restez attentif et impliquez votre entourage pour détecter et réagir rapidement.

    Sources : 

    https://www.hopkinsmedicine.org
    https://www.sciencedirect.com
    https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
    https://type1better.com
    https://www.dvn.nl
    https://www.revmed.ch

    auteur : Olivia Regout - journaliste santé

    Dernière mise à jour: mars 2026

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