Vous dormez mal ? Le problème vient peut-être de votre microbiote
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Le sommeil est essentiel à notre corps et à notre cerveau, mais que se passerait-il s'il n'était pas uniquement régulé par le cerveau ? De plus en plus de recherches suggèrent que les micro-organismes présents dans nos intestins pourraient jouer un rôle important dans le sommeil.
Premiers indices : microbiote et sommeil
En 1982, il a été suggéré pour la première fois que des composants des parois cellulaires bactériennes pourraient être impliqués dans la régulation du sommeil. Depuis, le sommeil et les bactéries ont été associés à plusieurs reprises. Par exemple, le manque de sommeil peut entraîner une bactériémie (présence de bactéries dans le sang), tandis que les infections bactériennes, à leur tour, influencent fortement les cycles du sommeil.
Le rythme de sommeil de l'hôte semble également influencer la composition et la fonction du microbiote intestinal. Inversement, une dysbiose (un déséquilibre du microbiote intestinal) peut survenir en cas de privation de sommeil et de troubles du sommeil. Le sommeil et le microbiote intestinal présentent tous deux des fluctuations circadiennes, mais pendant longtemps, le fait que les micro-organismes (bactéries, virus, levures) puissent jouer un rôle dans la régulation naturelle du sommeil a paru improbable.
Nouvelles preuves : des microbes dans le cerveau
Des chercheurs de l'Université d'État de Washington ont découvert que le sommeil ne serait pas seulement une fonction cérébrale, mais serait également influencé par les microbes présents dans notre organisme. Ils ont identifié des molécules de la paroi cellulaire bactérienne, le peptidoglycane (PG), naturellement présentes dans le cerveau et dont la concentration fluctue avec le cycle veille-sommeil.
Cela suggère que notre sommeil dépend autant de notre microbiote intestinal que de notre cerveau. Ces découvertes indiquent que des molécules bactériennes pourraient jouer un rôle clé dans la façon dont nous dormons et dans les raisons de ce sommeil. Cela ouvre un nouveau champ de recherche en sciences du sommeil : peut-être que la clé d’une bonne nuit de sommeil réside non seulement dans notre cerveau, mais aussi dans notre intestin.
Une nouvelle perspective sur le sommeil : l'état holobionte
Le concept d’« état holobionte » replace le sommeil dans le contexte de la collaboration entre notre corps et les microbes qui y vivent. Cette perspective soutient des preuves croissantes selon lesquelles le microbiote intestinal influence le comportement, la cognition, l’appétit et même la libido.
Le peptidoglycane corrobore cette hypothèse. Cette molécule est présente dans différentes régions du cerveau et sa concentration varie au fil de la journée et selon qu’il y ait ou non un manque de sommeil. Ceci démontre que les composants bactériens contribuent réellement à la régulation du sommeil et n'agissent pas seulement de manière expérimentale par injection.
Deux théories réunies
Traditionnellement, il existe deux grandes théories sur le sommeil :
- Le sommeil est entièrement régulé par le cerveau et le système nerveux.
- « Sommeil localisé » : de petits groupes de cellules, disséminés dans tout le corps, entrent progressivement dans un état proche du sommeil. Des expériences ont montré que ces états se produisent également dans des cellules isolées – en laboratoire – ce qui a donné naissance au concept de « sommeil en boîte de Petri ». À mesure que ces zones d’inactivité localisées apparaissent, tout comme les lumières d’une pièce s’éteignent simultanément, le corps passe de l’état de veille à l’état de sommeil.
La nouvelle hypothèse combine ces perspectives et suggère que le sommeil résulte d'interactions entre le corps et les micro-organismes qui y vivent. Ces deux systèmes fonctionnent indépendamment, mais s'influencent mutuellement. Il ne s'agit pas de l'un ou de l'autre. Les deux sont indispensables. Le sommeil est un véritable processus. Il se déroule à des rythmes différents selon les niveaux d'organisation cellulaire et tissulaire et repose sur une coordination complexe.
Plus précisément : l'alimentation et un microbiote sain
Le lien entre le microbiote intestinal et le sommeil explique pourquoi un déséquilibre du microbiote peut entraîner des troubles du sommeil. Dans l'alimentation occidentale moderne, riche en produits ultra-transformés et pauvre en fibres, l'écosystème intestinal se trouve souvent déséquilibré.
Il est donc important de soutenir le microbiome du gros intestin :
- Alimentation riche en fibres : selon le Conseil Supérieur de la Santé belge (recommandations 2025), il est essentiel de consommer quotidiennement au moins 125 g de produits céréaliers complets, comme le pain complet ou les pâtes complètes.
- Apport quotidien recommandé en fibres : 14 grammes de fibres pour 1000 kcal sont nécessaires. Pour une personne ayant besoin de 1850 kcal par jour, cela correspond à environ 26 grammes de fibres.
- Les micro-organismes du corps pourraient jouer un rôle crucial dans la régulation de notre sommeil, aux côtés du cerveau.
- Cela ouvre de nouvelles perspectives de recherche en sciences du sommeil et en thérapies des troubles du sommeil. Étant donné que l'alimentation des Belges (et par extension, du monde occidental) est aujourd'hui totalement déséquilibrée au niveau du gros intestin, et que beaucoup souffrent d'un déséquilibre de la flore intestinale (dysbiose), il n'est pas surprenant que tant de personnes soient aux prises avec des troubles du sommeil. La prolifération des aliments ultra-transformés y contribue sans aucun doute de manière négative.
- L'alimentation et la santé intestinale sont des facteurs clés : un microbiote fonctionnel peut favoriser une bonne nuit de sommeil.
- Les aliments riches en fibres (= prébiotiques) associés à des bactéries bénéfiques et saines (= probiotiques) sont essentiels pour prévenir la dysbiose et favoriser une bonne qualité de sommeil.
Sources :















