Témoignage | Le syndrome du ventre vide, "cette sensation de vide, immense, implacable"

dossier Amélie est la jeune maman d'une petite Juliette de 3 mois et demi. Après plusieurs années d'essais, elle a enfin réalisé son vœu de devenir mère. Mais entre une grossesse qui a mis un peu de temps à se voir, et un post-partum difficile à vivre, sa toute nouvelle maternité a été mise à rude épreuve. Elle a vécu le fameux syndrome du ventre vide, ou quand ce corps, soudain vide, révèle une nostalgie de la grossesse. "Je n’ai pas particulièrement eu une grossesse épanouie. Les 4 premiers mois ont été horribles, j’ai eu énormément de nausées et une grosse perte d’appétit. J’ai perdu 8 kg durant le premier trimestre. J’ai donc entamé les deux suivants déjà bien affaiblie. J’étais aussi très frustrée que cette grossesse tant attendue ne se voie pas (je dis tant attendue car cela faisait 4 ans qu’on essayait). J’avais envie que le monde entier soit au courant. J’avais envie de toutes les petites attentions auxquelles ont droit les femmes enceintes (que les gens se lèvent pour me laisser leur place dans le bus, qu’on me serve pour ne pas devoir trop bouger… ).

Le plaisir d'enfanter

Quand enfin mon ventre est apparu, j’ai commencé à faire de l’anémie, ce qui a considérablement gâché le reste de ma grossesse car il m’était impossible de faire des sorties de plus d’une heure sans faire un malaise. Malgré cela, j’étais super fière. Pour une fois dans ma vie, ces rondeurs que je passe mon temps à cacher, je les montrais, je les mettais en avant même. Je me suis fait plaisir avec les vêtements de grossesse, j’ai trouvé une marque sublime et j’acheté presque sans compter, des robes surtout, dans lesquelles je rayonnais. Je me sentais belle et tout le monde en effet me le disait. Au-delà de ce côté esthétique, le fait de sentir un être grandir en moi me bouleversait. Chaque jour je me demandais comment j’arrivais à faire ça. C’est une sensation inoubliable. Quand ma fille me donnait des coups, même si ça n’était pas toujours agréable, c’était le signe qu’elle était bien là, pleine de fougue. Mon accouchement a été le plus beau jour de ma vie. Je le craignais vraiment, j’avais peur d’absolument tout. Je m’étais préparée au mieux avec ma sage-femme mais cela me terrifiait. On m’a déclenchée une semaine avant le terme à cause de mon anémie et de mon stress. Et ce jour-là, la grâce a été au rendez-vous, comme si toutes les pièces du puzzle de ma vie se mettaient enfin en place. Tout s’est passé exactement comme ça devait se passer (à part une belle hémorragie de la délivrance mais finalement vite oubliée). J’étais heureuse, ma fille était là, en bonne santé, prête à découvrir le monde.

Mon post-partum

Et puis, dès le lendemain, un sentiment bizarre. Quand j’ai touché mon ventre, j’ai eu mouvement de répulsion. Je ne me suis pas vraiment vue pendant les 3 jours de maternité car, à cause de mon anémie couplée à mon hémorragie, ma tension était trop basse et j’ai dû rester couchée. C’est le lendemain de notre retour à la maison que j’ai compris. En entrant dans la salle de bain et en regardant dans le miroir, je me suis vue nue pour la première depuis l’accouchement et j’ai fondu en larmes. Où était mon ventre? Ce ventre que j’aimais tellement, que j’ai photographié des dizaines de fois. C’était quoi cette masse informe et flasque qui l’avait remplacé ? Je ne me reconnaissais pas. Et puis, cette sensation de vide, immense, implacable. La prise de conscience que plus personne ne grandissait en moi et que j’étais inutile. Pendant une semaine, j’ai pleuré en me regardant dans le miroir le matin. Je touchais régulièrement mon ventre à la recherche d’une sensation, d’une vibration mais il n’y avait plus rien. En plus, je commençais à culpabiliser par rapport à ma fille, qui elle, était bien là, réelle, alors que je la cherchais encore à l’intérieur de moi.

Baby bump blues

Toutes les premières fois ont été douloureuses. Première fois que j’ai enfilé un jeans « normal », première fois que j’ai pris mon bain sans voir mon ventre ressortir de l’eau et bouger au rythme de ses coups, première fois où j’ai laissé mon mari toucher à nouveau cet endroit de mon corps qui me semblait tellement répugnant. Très franchement, je ne suis pas encore guérie. Mes robes de grossesse prennent encore toute la place dans ma garde-robe, je ne parviens pas à les déplacer. Cela fait pourtant 3 mois et demi maintenant que Juliette est là et que l’amour que j’ai pour elle grandit un peu plus chaque jour. Et pourtant, ce ventre me manque encore. Ce « statut » de femme enceinte me manque aussi. Parfois, j’ai envie de dire à mon mari « allez hop on en refait un autre ». Mais je sais qu’actuellement ce serait pour les mauvaises raisons. Il faut que je réapprenne à aimer ce nouveau ventre. Ce n’est plus celui de ma grossesse, pas non plus celui que j’avais avant. C’est mon ventre de maman..." Suivre Minimi sur Instagram Lire aussi: Témoignage | « J’ai fait une grave dépression post-partum » Chronique | Mais pourquoi ma mère ne m’a rien dit ? #MonPostPartum La peur de faire du mal à son bébé ou phobie d’impulsion  

auteur : Amélie Micoud - journaliste santé

Dernière mise à jour: juin 2021
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