Interview : les confidences de Thomas Gunzig

Dernière mise à jour: septembre 2021
ThomasGunzig.jpg

dossier Un esprit sain dans un corps sain. Voilà qui décrit bien Thomas Gunzig, écrivain talentueux et sportif accompli que l’on a rencontré dans un café, son lieu de travail favori.

L’OMS définit la santé comme « un état complet de bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité ». Et vous, quelle serait votre définition ?

« C’est une très bonne définition. Effectivement, la santé, ce n’est pas seulement ne pas être malade. C’est le bonheur d’être bien dans son corps, c’est ressentir l’envie et l’énergie de bouger. J’ai tendance à penser qu’il est relativement facile d’acquérir et de conserver cet état, sauf évidemment accident de la vie. J’aime bien l’idée que l’on peut agir sur son corps, que l’on a une certaine marge de manœuvre. »

Quel rapport entretenez-vous avec votre santé ? Plutôt hypocondriaque ou plutôt détendu ?

« C’est assez paradoxal en fait. Quand quelque chose ne va pas, je ne m’inquiète pas spécialement. Je ne suis jamais allé à l’hôpital. Il m’est déjà arrivé d’avoir des trucs bien louches et douloureux, j’ai juste attendu que ça passe en demandant qu’on me fiche la paix. Attention, je ne dis pas que c’est la bonne solution ! En même temps, j’arrive à un âge (il a 51 ans, Ndlr) où la peur du cancer est là. Quasiment tous les membres de ma famille et pas mal d’amis ont été touchés. Donc j’essaie de limiter les risques : pas de cigarette, peu d’alcool, une alimentation saine, de l’activité physique... »

La tendance healthy (no gluten, running, méditation…), elle vous séduit ou elle aurait tendance à vous donner de l’urticaire ?

« J’essaie d’avoir un mode de vie sain, j’aimerais vivre le plus longtemps possible dans un corps en bonne forme. Mais le rapport actuel à l’alimentation et au sport, qui relève surtout de l’effet de mode, m’énerve un peu. Oui, la méditation peut être un chouette outil, mais elle ne convient pas à tout le monde. Idem pour le running. Personnellement, l’un comme l’autre m’ennuient. C’est comme arrêter le gluten sans avoir de problème d’intolérance, en espérant que ce soit la solution à tous les maux. Chaque métabolisme est différent, trouver ou garder la forme est une expérience personnelle. Pour prendre soin de soi, il faut avant tout bien se connaître. »

Une semaine pour déconnecter : vous vous inscrivez à un stage de kitesurf ou à un stage de jeûne et randonnée ?

« Je n’aime pas l’eau donc pas de kitesurf. Je me contente d’admirer celles et ceux qui le pratiquent. La randonnée, par contre, j’adore. Mais plutôt avec du saucisson et une bonne baguette. Je n’adhère pas à la dimension judéo-chrétienne du jeûne. Se nourrir sainement, bouger, oui, mais la notion de plaisir est importante elle aussi. On essaie d’aller randonner chaque année avec ma femme, sans les enfants. La dernière fois, c’était à Fuerteventura dans les îles Canaries. Marcher, en prendre plein la vue et le soir se régaler de poissons grillés... Quel bonheur. »

En parlant de plaisir, que faut-il vous servir à table pour vous régaler ?

« Une entrecôte au grill, des frites cuites dans la graisse de bœuf, un verre de rouge, je suis un homme heureux. Ça reste toutefois un plaisir très ponctuel, que je réserve aux sorties au restaurant. On ne peut plus consommer de la viande rouge comme on le faisait par le passé, tant par respect envers les animaux, envers la planète qu’envers notre santé. De là à arrêter complètement la viande, je ne suis pas sûr que ce soit fait pour moi. Mais on ne peut pas faire abstraction du bien-être animal... C’est une question qui me tient à cœur, je l’aborde d’ailleurs dans « Le sang des bêtes », le roman que je viens de terminer. »

Vous êtes un écrivain du matin ou du soir ?

« Écrivain du matin, voire même des heures de bureau, quand les enfants sont à l’école. Ma journée idéale de travail, c’est commencer à travailler vers 8 h 30, faire du sport à midi ou en début d’après-midi, puis me remettre devant l’ordinateur. Je me sens alors particulièrement productif, comme si me dépenser avait permis de faire un « reset » dans mon cerveau. »

Vous avez toujours été très sportif ?

« Enfant, je ressentais déjà fort ce besoin de me défouler, j’adorais aller courir dans les bois. Mais j’avais des parents intellos qui voyaient le sport d’un assez mauvais œil. »

Vous avez déjà eu l’angoisse de la page blanche ? Si oui, vous soignez ça comment ?

« Pas l’angoisse de la page blanche. Mais de la mauvaise page, de la mauvaise chronique, oui. J’ai toujours été assez anxieux. Mon meilleur traitement, ce sont les sports de combat. J’ai toujours aimé les sports où l’on se fait un peu mal. Cela traduit peut-être chez moi un rapport sombre à la violence ? J’ai fait beaucoup de boxe, de karaté (il est ceinture marron, Ndlr). Aujourd’hui, je pratique essentiellement du ju-jitsu brésilien. J’aime beaucoup car ce n’est pas un sport de frappe. Tout se passe essentiellement au sol, on joue sur des principes d’équilibre, avec un objectif d’efficacité absolue. Quelque part, c’est une forme de méditation. Impossible de rester focalisé sur des pensées négatives : si vous n’êtes pas concentré, vous avez vite fait de vous retrouver écrasé par le corps de votre adversaire ! »

Quand ça ne va pas, vous lisez quoi ?

« Alors surtout pas de la littérature « feel good ». Sur moi, je pense que le remède serait encore pire que le mal ! Je vais plutôt relire des auteurs sombres et crus comme Bukowski ou Fante. »

Ancien libraire, aujourd’hui professeur de littérature, écrivain, chroniqueur, scénariste de BD et de film... Quel univers vous reste-t-il à explorer ?

« La prochaine étape serait peut-être de réaliser mon propre film ? Oui, la réalisation, ça me tente bien. »

Son actualité

• « La plume de Gunzig », sa chronique à écouter le mercredi à 8 h 20 sur La Première - RTBF.
• « Feel good », son dernier roman, publié aux éditions Au Diable Vauvert.
• « Le sang des bêtes », son prochain roman qui sortira en janvier aux éditions Au Diable Vauvert.

CouvertureFeelGood.jpg

Source: Propos recueillis par Aurélia Dubuc - journaliste santé / Photo : Hannah Gunzig
Vous voulez recevoir nos articles dans votre boîte e-mail ?

Inscrivez-vous ici à notre newsletter.

vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez
Nous traitons vos données personnelles conformément à la politique de confidentialité de Passion Santé SA.
volgopfacebook

volgopinstagram