Greffe d’organe : un foie humain transplanté après trois jours hors du corps

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Un homme de 62 ans a pu bénéficier d’une transplantation du foie – la greffe la plus compliquée – après la conservation de l’organe trois jours hors du corps, sans congélation.

La pénurie d’organes est sans aucun doute la première difficulté de la greffe. "Le succès de la transplantation hépatique au cours des 30 dernières années a entraîné une pénurie mondiale d'organes... Le manque d'organes disponibles reste le facteur le plus important limitant le succès de la transplantation", écrit une équipe de chercheurs dirigée par le chirurgien Pierre-Alain Clavien, de l'hôpital universitaire de Zurich et du Wyss Zurich en Suisse.

Par ailleurs, une fois l’organe disponible, les chirurgiens ne disposent que de très peu de temps – moins de 12 heures – avant sa transplantation. Trouver un moyen de conserver plus longuement un organe est donc un enjeu de taille pour la transplantation hépatique.

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Une machine à remplacer le corps humain

En 2020, cette même équipe de chercheurs avait mis en évidence dans une publication l’efficacité d’une technique permettant de conserver un foie durant sept jours, sans congélation. L’idée : placer l’organe dans des conditions reproduisant le métabolisme, un peu comme un corps humain de substitution. Pour cela, les chercheurs ont mis au point la technique de la perfusion normothermique ex situ (hors site). L’organe est placé dans un environnement stérile et maintenu à la température normale du corps humain, 37°C. Là, il est soumis aux mêmes fonctions métaboliques que dans le corps, recevant nutriments, hormones et sang. Une pompe, un oxygénateur et une unité de dialyse servent respectivement de cœur, poumons et reins. Restait à greffer un organe ainsi maintenu « vivant » in situ, c’est-à-dire chez un receveur candidat à la greffe de foie.

C’est chose faite avec succès puisqu’un homme âgé de 62 ans, souffrant d’une cirrhose avancée, d’hypertension et d’un cancer du foie multiple et récidivant, a pu bénéficier de la transplantation d’un foie resté trois jours dans cette machine de perfusion normothermique. Après l'intervention, le patient n’a montré aucune lésion de reperfusion, soit les blessures qui peuvent survenir lorsque le sang circule à nouveau.

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La greffe de foie, une opération bientôt planifiable ?

Le foie provenait d’une donneuse de 29 ans atteinte d’une septicémie (infection du sang) et présentait une tumeur non identifiée. Sans perfusion normothermique, l’organe n’aurait tout simplement pu être greffé, car évaluer sa viabilité aurait pris bien trop de temps.

Autre atout de la perfusion normotechnique, la possibilité de préparer le greffon : « il a été possible de transformer le foie en une bonne greffe de foie, même s'il n'était pas approuvé à l'origine pour la transplantation. La perfusion sur plusieurs jours, c'est-à-dire la perfusion mécanique de l'organe, permet par exemple des thérapies antibiotiques ou hormonales ou l'optimisation du métabolisme hépatique. »

Un an après l’opération, le patient va bien. « Je suis très reconnaissant pour l'organe qui m’a sauvé la vie. En raison de l'évolution rapide de ma tumeur, j'avais peu de chances d'obtenir un foie sur liste d'attente dans un délai raisonnable. » A-t-il déclaré dans un communiqué de presse de l’hôpital universitaire de Zurich. 

Prochaine étape pour l’équipe de chercheurs : revoir la procédure sur d’autres patients, pour démontrer son efficacité et sa sécurité. Si le succès de la méthode se confirme, la transplantation hépatique deviendrait une procédure planifiable, et non plus en urgence, en remédiant au manque d’organes. 

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Sources :
www.nature.com (2022)
www.nature.com (2020)
www.usz.ch

auteur : Amélie Micoud - journaliste santé

Dernière mise à jour: juin 2022
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