Additifs alimentaires : 3 études pointent des risques accrus de cancer, diabète et hypertension

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Les additifs alimentaires sont omniprésents au supermarché. Ils permettent de colorer des bonbons, d'améliorer l'apparence d'un soda, d'éviter qu'une sauce ne se détériore trop vite ou encore de prolonger la conservation d'un plat préparé.

Trois nouvelles études menées par des chercheurs de l'Inserm, d'INRAE et de plusieurs universités françaises relancent le débat sur leur sécurité à long terme. Les travaux suggèrent que certains colorants et conservateurs pourraient être associés à un risque accru de cancer, de diabète de type 2, d'hypertension et de maladies cardiovasculaires.

Des additifs présents dans plus de 139 000 produits

Selon les données citées par les chercheurs, parmi les 3,5 millions d'aliments et boissons répertoriés dans la base Open Food Facts World en 2024, plus de 139 000 contenaient au moins un colorant alimentaire et plus de 700 000 au moins un conservateur.

Sur les emballages, ces substances apparaissent généralement sous la forme de codes commençant par la lettre E :

  • E100 à E199 pour les colorants ;
  • E200 à E299 pour les conservateurs ;
  • E300 à E399 pour certains additifs conservateurs antioxydants.

Voir aussi l'article : Additifs ou numéros E : que contient mon alimentation ?

Que montrent exactement ces études ?

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© Getty Images

Les chercheurs ont analysé les habitudes alimentaires et l'état de santé de plus de 100 000 volontaires suivis pendant près de 15 ans dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé.

Grâce aux informations détaillées fournies par les participants sur les aliments consommés, les scientifiques ont pu estimer leur exposition à plusieurs dizaines d'additifs alimentaires.

Leurs analyses ont ensuite recherché d'éventuels liens entre cette exposition et l'apparition de différentes maladies chroniques. 

Risque accru de diabète de type 2 

Les résultats montrent que les personnes les plus exposées aux colorants alimentaires présentaient un risque de diabète de type 2 supérieur de 38 % par rapport aux personnes les moins exposées.

Certains colorants étaient particulièrement associés à ce risque :

  • le caramel ordinaire (E150a) : +46 %
  • la curcumine (E100) : +49 %
  • le bêta-carotène utilisé comme additif (E160a) : +44 %
  • les anthocyanes (E163) : +40 %
  • les caroténoïdes (E160) : +39 %

Une association avec certains cancers

Les chercheurs ont également observé une association entre l'exposition globale aux colorants alimentaires et le risque de cancer.

Par rapport aux participants les moins exposés, les plus forts consommateurs présentaient :

  • un risque de cancer global accru de 14 %,
  • un risque de cancer du sein accru de 21 %,
  • un risque de cancer du sein après la ménopause accru de 32 %.

Parmi les additifs étudiés individuellement, le bêta-carotène utilisé comme additif alimentaire (E160a) était associé à une augmentation de 16 % du risque de cancer global et de 41 % du risque de cancer du sein. Le caramel ordinaire (E150a) était quant à lui associé à une augmentation de 15 % du risque de cancer global.

Hypertension et maladies cardiovasculaires

Une troisième étude s'est intéressée aux conservateurs alimentaires. Les personnes les plus exposées présentaient 

  • un risque d'hypertension supérieur de 24 % par rapport aux moins exposées
  • une augmentation de 16 % du risque de maladies cardiovasculaires avec les conservateurs non antioxydants.

Parmi les additifs étudiés individuellement, le sorbate de potassium (E202) était associé à une augmentation de 39 % du risque d'hypertension, tandis que l'acide citrique (E330) était associé à une augmentation de 25 %. L'acide ascorbique (E300) était quant à lui associé à une augmentation de 15 % du risque de maladies cardiovasculaires.

Voir aussi l'article : Additifs : quels numéros E provoquent le plus souvent des problèmes ?

Des études supplémentaires nécessaires pour confirmer le lien de cause à effet

Les études montrent des associations statistiques claires entre la consommation de certains additifs et la survenue de maladies, mais elles ne permettent pas de démontrer avec certitude qu'un additif est directement responsable de ces pathologies.

D'autres facteurs pourraient intervenir, même si les chercheurs ont déjà tenu compte d'un grand nombre d'éléments susceptibles d'influencer les résultats, comme l'âge, le sexe, le tabagisme, la consommation d'alcool, l'activité physique ou encore la qualité nutritionnelle globale de l'alimentation.

Ces travaux constituent néanmoins les premières études épidémiologiques de grande ampleur portant sur un nombre aussi important de colorants et de conservateurs alimentaires.

Voir aussi l'article : Perdre du poids grâce aux aliments non transformés : mangez plus, pesez moins

Faut-il se méfier des additifs naturels ?

Plusieurs additifs mis en cause par les études sont aussi présents naturellement dans des aliments sains.

C'est le cas du bêta-carotène (E160a), qui a un effet protecteur et bénéfique lorsqu’il est naturellement consommé dans les carottes, les abricots ou les patates douces. Mais utilisé comme additif alimentaire, il est associé à un risque accru de certaines maladies. Même constat pour la curcumine (E100), issue du curcuma, les anthocyanes (E163) qui donnent leur couleur aux myrtilles, mûres ou cassis, ou encore l'acide citrique (E330) naturellement présent dans les agrumes.

Comment expliquer cette différence ? Les chercheurs rappellent qu'une substance consommée dans son aliment d'origine n'agit pas nécessairement de la même manière lorsqu'elle est isolée, purifiée puis ajoutée à des produits transformés. Dans un fruit, un légume ou une épice, elle est en effet intégrée à une matrice alimentaire complexe, composée notamment de fibres, de vitamines et de nombreux autres composés qui interagissent entre eux.

Autrement dit, les études ne remettent pas en cause les bienfaits des carottes, des fruits rouges, du curcuma ou des agrumes. Elles soulèvent plutôt des questions sur les effets potentiels de certaines substances lorsqu'elles sont utilisées comme additifs dans les aliments transformés et ultra-transformés.

Voir aussi l'article : Quels sont les réels bienfaits des myrtilles ?

Ce qu'il faut retenir de ces 3 études

Ces nouvelles études françaises ne prouvent pas encore que les colorants ou conservateurs causent directement le cancer, le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Mais elle montrent clairement que les personnes les plus exposées à certains de ces additifs développent davantage de problèmes de santé au fil du temps.

Pour les scientifiques, les résultats confirment ce que d'autres études ont déjà mis en avant : il est préférable de limiter au maximum les aliments ultra-transformés et de privilégier autant que possible les produits frais ou peu transformés. C'est aujourd'hui la stratégie la plus simple et la mieux étayée scientifiquement pour réduire son exposition aux additifs alimentaires.

Les chercheurs insistent encore sur le fait que les autorités sanitaires devraient réévaluer la sécurité de ces additifs pour mieux protéger la population.

Voir aussi l'article : C'est quoi un aliment ultra-transformé : comment les reconnaître ?

Sources :
https://presse.inserm.fr
https://diabetesjournals.org
https://link.springer.com
https://academic.oup.com

auteur : Olivia Regout - journaliste santé

Dernière mise à jour: juin 2026

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