Témoignage | "Je suis en hypervigilance maternelle permanente"

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Depuis qu'elle est devenue mère, Marie connaît cet état chronique de vigilance accrue qu'on appelle hypervigilance. Fatiguée de subir ce stress permanent, elle a eu envie de témoigner.

"Depuis la naissance de mon premier fils, j'ai ce sentiment constant d'être sur le qui-vive. Vous me direz, c'est ça être mère. Certes. Je sais que toutes les mères ne dorment plus que d'une oreille et vérifient si leur enfant respire encore lorsqu'il dort plus longtemps que d'habitude. Mais dans mon cas, cette vigilance - normale et même nécessaire - est devenue extrême, pour ne pas dire pathologique. Je sursaute au moindre bruit, je bondis en un quart de seconde lorsque l'un de mes enfants appelle ou pleure la nuit, et lorsqu'on marche dans des rues fréquentées en famille, je ne suis jamais détendue: j'ai toujours peur des véhicules en circulation. Même lors de la journée sans voiture, je suis stressée! (rires) Les vélos qui font n'importe quoi, les gens en trottinette, les taxis ou bus qui déboulent sans prévenir au coin de la rue, alors que mes fils, tout contents d'avoir la ville pour eux, foncent trop loin de nous sur leurs petits vélos... Rien que d'y penser me fait redouter cette journée censée être agréable.

"Je me transforme en contrôleur aérien"

Ce qui me chagrine, c'est que ça finit presque par me gâcher certains bons moments. Ce qui devrait être un moment de détente se transforme en stimuli pénibles et donc en montées d'adrénaline permanentes. Il m'arrive de rentrer d'une balade en ville littéralement lessivée par trop d'émotions fortes, soulagée d'être enfin à la maison. Mais même à la maison, cette vigilance de tous les instants ne me quitte pas ou peu. Je fais des allers-retours réguliers pour vérifier que mes fils vont bien alors qu'ils jouent tranquillement dans leur chambre. Je peux ressentir des symptômes d'angoisse au moindre bruit suspect, ou justement à l'absence prolongée de bruits.

Chez les autres, je ne suis pas sereine dès lors que je repère un danger potentiel, par exemple les fenêtres ou les jardins sans clôture. Ma belle-mère vit au 12e étage d'une tour, et un enfant peut ouvrir une fenêtre très (trop) facilement. Quand on est chez elle, je me transforme en véritable contrôleur aérien! Avec le stress qui va avec. Les gens discutent, prennent l'apéro, mangent, et moi je fais tout ça en vérifiant du coin de l'œil que mes fils sont dans mon champ de vision. Sinon, rien ne va plus et il faut que je me lève pour vérifier que l'idée de passer par la fenêtre ne leur est pas venue.

J'ai aussi souffert d'une envahissante phobie d'impulsion. Vous savez, quand on a peur de faire du mal à son bébé ou à son tout-petit... On se voit lui faire du mal, c'est très angoissant comme pensée. Il paraît que c'est en partie dû à cet état d'hypervigilance. Le cerveau se prépare, en quelque sorte, au pire, comme pour mieux se protéger et protéger ce petit être si fragile qui dépend entièrement de nous.

(Pour en savoir plus, lisez notre article Phobie d’impulsion | « J’ai peur de faire du mal à mon bébé »)

J'ai mis des années à mettre un mot sur ce que je vivais en entendant un jour une psychologue parler d'hypervigilance. C'est le mot qui décrit le mieux tous les symptômes physiques et psychologiques que je ressens régulièrement.

"J'ai parfois l'impression de ne jamais vraiment me reposer"

Paradoxalement, je suis plutôt cool comme maman. Pas du tout le genre à foncer aux urgences pour une fièvre ou à stresser parce que mon fils ne mange pas assez un soir. Ce que je ressens, c'est plus de l'ordre du réflexe. Ça ne s'apparente pas du tout, en tout cas pour moi, à une rigidité ou à un besoin de tout contrôler. Et puis je travaille sur moi, je m'efforce de contenir cet état d'alerte de tous les instants.

Je crois aussi que plus mes fils grandissent, plus je me détends. Je sais que, par exemple, mon aîné ne va pas se sauver comme il le faisait avant, ou qu'il va s'arrêter au passage piéton. Mais physiquement, je me sens quand même dans cet état d'alerte en permanence, comme si j'étais prête à bondir au moindre "maaaaaman", et c'est épuisant. J'ai parfois l'impression de ne jamais vraiment me reposer. Il m'arrive même de réagir aux réactions d'autres enfants que les miens! Si j'entends le bébé d'un voisin pleurer par exemple... Je suis d'ailleurs devenue plus sensible en général à certains stimuli depuis que je suis mère. Des bruits un peu forts chez des voisins me font tendre l'oreille, une voiture qui freine un peu brutalement ou le son d'un objet qui tombe dans la rue me font sursauter.

Un des phénomènes qui m'impressionne le plus, c'est la nuit. Sauf exception, le moindre petit bruit émis par mes fils (voire par autre chose que mes fils, du coup) me réveille. Et je suis tout de suite sur le qui-vive, comme un chat, en mode "Oui j'arrive!" alors que je dormais la seconde d'avant. À croire que je ne dors jamais profondément. Devenir mère, pour moi, c'est donc aussi être un peu chat, et un peu contrôleur aérien!

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auteur : Amélie Micoud - journaliste santé

Dernière mise à jour: juillet 2022
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