Prévenir la démence : agir dès 40 ans ?

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Les processus biologiques responsables de la démence peuvent débuter 20 à 30 ans avant les symptômes. Adopter des habitudes saines dès la quarantaine réduit les risques. Selon les données les plus récentes de la communauté scientifique, jusqu’à 45 % des cas de démence pourraient être évités ou retardés en agissant sur des facteurs de risque modifiables.

14 facteurs de risque modifiables

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© Getty Images

La démence est une maladie multifactorielle. Certains facteurs de risque, comme la génétique, ne peuvent pas être modifiés. En revanche, d’autres peuvent être maîtrisés.

Ces facteurs ne sont pas seulement des hypothèses : ils ont été identifiés à partir de dizaines d’études épidémiologiques et d’essais cliniques randomisés. Et ils sont aujourd’hui  reconnus dans les grandes synthèses internationales, notamment par la Commission Lancet et les recommandations de l’OMS.

Selon le rapport 2024 de la Commission Lancet, 14 facteurs de risque modifiables contribuent de manière significative au risque de démence :

  1. Hypertension artérielle (surtout dès 40–50 ans)
  2. Diabète
  3. Obésité
  4. Cholestérol LDL élevé
  5. Sédentarité
  6. Tabagisme
  7. Consommation excessive d’alcool
  8. Isolement social
  9. Dépression
  10. Faible niveau d’éducation
  11. Perte auditive non corrigée
  12. Perte de vision non traitée
  13. Pollution de l’air
  14. Traumatisme crânien

Ces facteurs interagissent souvent entre eux : par exemple, une personne sédentaire est plus susceptible d’être obèse, hypertendue ou socialement isolée – ce qui accroît encore le risque global de démence.

Voir aussi l'article : Prévenir ou retarder la démence (Alzheimer) : « le meilleur médicament est un mode de vie sain »

La quarantaine, un moment clé pour prévenir la démence

Le risque de démence se construit tout au long de la vie. Mais le milieu de la vie – entre 40 et 65 ans – constitue toutefois une phase critique. C’est à cet âge que s’installent fréquemment plusieurs facteurs de risque modifiables, comme l’hypertension, le surpoids, l’inactivité physique ou la perte auditive. Or, ces facteurs sont clairement associés à une augmentation du risque de démence des décennies plus tard.

Idéalement, un mode de vie favorable à la santé cérébrale devrait s’installer avant 40 ans. Agir à ce stade de la vie permet de mieux contrôler les facteurs de risque. Toutefois, il n’est jamais trop tard pour améliorer ses habitudes : augmenter son activité physique, arrêter de fumer ou mieux contrôler ses facteurs cardiovasculaires reste bénéfique, même si vous commencez après 60 ou 70 ans.

En conclusion, plus vous adoptez tôt de bonnes habitudes, plus leur impact sera fort, mais même des changements tardifs peuvent apporter des bénéfices significatifs.

Les 7 leviers essentiels contre la démence à partir de 40 ans

La recherche récente a identifié plusieurs stratégies d’action claires, appuyées par des essais cliniques ou de vastes études :

1. L’activité physique régulière

L’activité physique est l’un des facteurs les plus protecteurs. Certaines études observationnelles montrent que maintenir une activité physique soutenue à partir du milieu de la vie (45–65 ans) peut réduire le risque de démence entre 30 et 45 % comparé à un mode de vie inactif. Même en commençant une activité physique à un âge plus avancé, vous pourrez profiter des bienfaits sur la circulation cérébrale, l’inflammation et la neuroplasticité.

Objectif : 150 minutes d’activité modérée par semaine (marche rapide, vélo, natation…).

Voir aussi l'article : Démence chez les plus de 60 ans : la sédentarité augmente les risques

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2. Surveiller sa tension et son cœur

Un essai randomisé publié récemment a démontré qu’un contrôle intensif de l’hypertension chez les adultes de plus de 40 ans permettait de réduire le risque de démence d’environ 15 %, comparé à la prise en charge standard.

3. Adopter une alimentation protectrice

Les modèles alimentaires comme le régime méditerranéen ou le régime MIND sont associés à un risque plus faible de démence. Certaines analyses suggèrent une réduction du risque d’environ 25–30 % chez les personnes qui suivent ces régimes.

Priorité : légumes, fruits, poissons, noix, légumineuses

Limiter : aliments ultra-transformés, excès de sucre et viandes transformées

Voir aussi l'article : Une bonne alimentation peut-elle réduire le risque de démence ?

4. Entretenir ses liens sociaux

L’isolement social est désormais reconnu comme un facteur de risque majeur du déclin cognitif. Rester engagé socialement – associations, bénévolat, activités culturelles – contribue à maintenir la réserve cognitive.

5. Stimuler son cerveau intelligemment

Continuer à apprendre est l’un des meilleurs investissements pour la santé cérébrale. Il ne s’agit pas seulement de faire travailler sa mémoire avec des jeux cérébraux, mais de mettre le cerveau face à des défis nouveaux et complexes qui mobilisent plusieurs fonctions à la fois :

  • apprendre une nouvelle langue,
  • pratiquer un instrument de musique,
  • suivre une formation ou développer de nouvelles compétences professionnelles.

Une étude récente a également montré que les personnes régulièrement engagées dans des activités créatives – musique, peinture, danse, sculpture, jeux vidéo stratégiques – avaient un cerveau « plus jeune » que la moyenne. Ces activités contribuent à préserver les connexions cérébrales les plus vulnérables au vieillissement et améliorent la connectivité neuronale.

Voir aussi l'article : Ralentir le vieillissement du cerveau : les activités créatives très efficaces selon une étude

6. Corriger perte auditive et troubles visuels

C’est l’un des apports les plus récents des recherches. Un problème de vue ou une perte auditive non traitée augmente significativement le risque de démence. Ce lien est complexe et encore mal compris. Les données montrent que les personnes utilisant un appareil auditif conservent mieux leurs fonctions cognitives que celles qui n’en portent pas.

Voir aussi l'article : Quel est le lien entre la perte d'audition et la démence ?

7. Arrêter le tabac, limiter l’alcool et le stress

Le tabac et la consommation excessive d’alcool ont un impact direct sur la santé cérébrale. Ils favorisent l’inflammation, altèrent les vaisseaux sanguins et accélèrent les mécanismes de dégénérescence neuronale. À long terme, ces effets augmentent le risque de troubles cognitifs et de démence.

Le stress chronique agit plus indirectement, mais tout aussi réellement. En perturbant le sommeil, en augmentant la tension artérielle et en favorisant l’inflammation, il contribue à fragiliser le cerveau au fil des années.

Conclusion 

  • La démence n’est pas toujours une fatalité liée au vieillissement.
  • Les données scientifiques actuelles montrent que presqu’un cas sur deux pourrait être retardé ou évité grâce à des mesures concrètes.
  • La prévention ne repose pas sur une seule solution miracle, mais sur un ensemble cohérent d’actions mises en place dès le milieu de la vie : manger mieux, bouger, stimuler son cerveau, rester socialement actif…
  • Toutefois, il n’est jamais trop tôt pour changer ses habitudes et protéger son cerveau.

Sources
https://www.vrt.be
https://www.cdc.gov
https://www.alzheimersresearchuk.org
https://publichealth.jhu.edu
https://www.uzbrussel.be
https://stopalzheimer.be

auteur : Olivia Regout - journaliste santé

Dernière mise à jour: mars 2026

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