Syndrome de l'intestin irritable (SII) : causes, symptômes et prise en charge
dossier
Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est une affection digestive chronique fréquente et parfois très invalidante, bien que sans conséquence grave pour la santé. ll provoque des douleurs abdominales, des ballonnements, de la diarrhée ou de la constipation. Une prise en charge globale permet souvent d’améliorer nettement la qualité de vie des patients.
Qu’est-ce que le syndrome de l’intestin irritable ?
Le syndrome de l'intestin irritable (SII), aussi appelé syndrome du côlon irritable ou anciennement « colopathie fonctionnelle », est l'un des troubles digestifs chroniques les plus répandus. Il se caractérise principalement par des douleurs abdominales associées à des troubles du transit : diarrhée, constipation ou une alternance des deux.
Cette affection peut être très gênante au quotidien, mais elle reste bénigne dans la mesure où elle n’augmente pas le risque de cancer colorectal et n’endommage pas l’intestin. Aucune anomalie structurelle n’est d'ailleurs retrouvée à l’examen. Toutefois, le SII peut fortement altérer la qualité de vie des patients.
Selon les études récentes, le syndrome de l’intestin irritable toucherait environ 5 à 10 % de la population, avec une prédominance chez les femmes et les personnes de moins de 50 ans. Il est en effet deux fois plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, et s'observe surtout entre 20 et 40 ans.
Quels sont les symptômes du SII ?
Les symptômes du syndrome de l’intestin irritable varient fortement d’une personne à l’autre et évoluent souvent par périodes de poussées entrecoupées d’accalmies.
Les symptômes les plus fréquents du SII
- douleurs ou crampes abdominales
- ballonnements
- ventre gonflé
- diarrhée, constipation ou alternance des deux
- selles anormales : molles, liquides ou très dures
- sensation d’évacuation incomplète
- besoin urgent d’aller à la selle
- présence de glaires dans les selles, mais pas de sang
- flatulences
- ventre sensible à la palpation
Le syndrome est généralement classé en plusieurs formes :
- SII avec constipation prédominante
- SII avec diarrhée prédominante
- SII mixte (alternance diarrhée/constipation)
Voir aussi l'article : Flatulences et ballonnements : souffrez-vous du SIBO ?
D’autres symptômes peuvent être associés au tableau digestif
Certaines personnes présentent également :
- fatigue
- nausées
- troubles digestifs hauts (dyspepsie)
- douleurs pelviennes
- douleurs urinaires
Les plaintes évoluent de façon imprévisible, avec des périodes de poussées et des périodes de rémission.
Les causes et facteurs de risque du SII
Les mécanismes exacts du syndrome du côlon irritable restent imparfaitement compris. Les spécialistes parlent aujourd’hui d’un trouble de « l’interaction intestin-cerveau », une altération de la communication entre l'intestin et le cerveau.
Plusieurs facteurs semblent impliqués :
Une hypersensibilité intestinale
L’intestin des personnes atteintes réagit de façon excessive à des stimuli pourtant normaux : gaz, digestion, contractions intestinales…
Des troubles de la motricité intestinale
Le transit peut être trop rapide (diarrhée) ou trop lent (constipation).
Le microbiote intestinal
Au cours des dix dernières années, une attention croissante a été portée au microbiote intestinal, cet ensemble de milliards de micro-organismes qui peuplent nos intestins. Des perturbations de sa composition (dysbiose) ont été observées chez les patients atteints de SII, bien qu'aucun profil microbien spécifique n'ait encore été identifié.
Une infection digestive antérieure
Certaines personnes développent un SII après une gastro-entérite ou une infection intestinale (salmonellose, par exemple).
L’alimentation
Certains aliments riches en sucres fermentescibles, appelés FODMAPs, peuvent favoriser les symptômes : oignons, ail, certains fruits, légumineuses, produits laitiers chez les personnes sensibles au lactose…
Le stress
Le stress chronique, l’anxiété et les troubles psychologiques peuvent influencer l’intestin via l’axe intestin-cerveau et aggraver les poussées.
Voir aussi l'article : Qu'est-ce que la salmonellose et comment détruire la salmonelle ?
Quand faut-il consulter un médecin ?
Le syndrome de l’intestin irritable est fréquent et généralement bénin. Toutefois, un avis médical est toujours recommandé pour poser le bon diagnostic et écarter d'autres causes. Certains symptômes doivent conduire à consulter rapidement.
Les signes d’alerte
- présence de sang dans les selles
- perte de poids involontaire (plus de 3 kg en un mois)
- anémie
- fièvre accompagnant les douleurs abdominales
- diarrhée persistante depuis plus de deux semaines
- diarrhée nocturne et symptômes qui réveillent la nuit
- apparition récente des symptômes après 50 ans
- antécédents familiaux de cancer de l’intestin (côlon), maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique
- douleurs importantes ou persistantes
- constipation sévère inhabituelle
- survenue des symptômes après la prise de certains médicaments (antibiotiques, opioïdes, diurétiques) ou après un séjour en zone tropicale ou méditerranéenne
- chez la femme, lien apparent entre douleurs et cycle menstruel (à évoquer avec le médecin, notamment pour écarter une endométriose)
Ces signes peuvent évoquer une autre maladie digestive nécessitant des examens complémentaires.
Voir aussi l'article : Sang dans les selles : les causes et quand s’inquiéter
Comment pose-t-on le diagnostic un SII ?
Le diagnostic repose surtout sur l’analyse des symptômes et l’examen clinique. Il peut être posé en utilisant les critères de Rome IV, à condition que le patient ne présente pas de signes d'alarme comme des saignements rectaux, une perte de poids ou d'autres éléments suggérant une autre cause.
Selon ces critères, le SII se définit par une douleur abdominale récurrente survenant en moyenne au moins 1 jour par semaine dans les 3 derniers mois, associée à au moins deux des éléments suivants :
- douleurs liées à la défécation
- modification de la fréquence des selles
- modification de la consistance des selles
Des examens complémentaires (prise de sang, recherche de maladie cœliaque, calprotectine fécale) peuvent être prescrits pour écarter d'autres maladies comme la maladie de Crohn, la rectocolite hémorragique ou une maladie cœliaque. Chez les personnes de plus de 50 ans ou présentant des signes d'alarme, une coloscopie peut être nécessaire.
Le SII peut parfois être confondu avec :
- maladie de Crohn
- rectocolite hémorragique
- maladie cœliaque
- endométriose
- intolérances alimentaires
- cancers digestifs
Voir aussi l'article : Glaires dans les selles : causes et symptômes associés
Comment soulager les symptômes d'un SII : traitements et conseils
Il n’existe pas de traitement unique capable de guérir définitivement le syndrome de l’intestin irritable. La prise en charge vise surtout à réduire les symptômes et améliorer la qualité de vie des patients.
Adapter son alimentation
Un régime pauvre en FODMAPs (sucres fermentescibles mal absorbés) est aujourd'hui l'une des approches diététiques les mieux documentées pour soulager les symptômes du SII. Il consiste à réduire temporairement certains aliments fermentescibles (certains fruits, légumineuses, produits laitiers, blé…), sous la supervision d'un diététicien, avant une réintroduction progressive. De façon plus générale, une alimentation équilibrée, riche en fibres adaptées, bien hydratée et pauvre en graisses saturées reste recommandée. Il peut être utile de repérer ses propres aliments déclencheurs et de les éviter.
Plus d’activité physique
La pratique régulière d'une activité physique modérée (au moins 30 minutes de marche ou de vélo par jour) contribue à améliorer le transit et à réduire le stress, deux facteurs clés dans le SII.
Réduire le stress
Des approches comme la méditation, la sophrologie ou la psychothérapie sont recommandées dans la prise en charge du stress lié au SII. L'hypnothérapie centrée sur l'intestin montre également des résultats prometteurs dans plusieurs études. Il est important de ne pas s'isoler socialement par crainte des symptômes : maintenir ses activités habituelles est bénéfique.
Les médicaments
Selon les symptômes prédominants, le médecin peut prescrire des antispasmodiques (pour les douleurs et crampes), des laxatifs (en cas de constipation), ou des ralentisseurs du transit (en cas de diarrhée). Certains antidépresseurs à faible dose peuvent également être utilisés pour leur action sur la douleur viscérale.
Les probiotiques
L'apport de probiotiques est préconisé par plusieurs sociétés savantes de gastro-entérologie, notamment la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie (SNFGE) et l'Organisation Mondiale de Gastroentérologie (WGO), avec un bon niveau de preuve. Cependant, tous les probiotiques ne se valent pas : leur efficacité dépend des souches et des dosages utilisés. Il est conseillé de demander l'avis de son médecin avant d'en prendre.
Voir aussi l'article : Greffe de selles : procédure, avantages et inconvénients
Sources :
https://www.gastrobenw.be
https://www.mlds.nl
https://www.inserm.fr
https://www.msdmanuals.com
https://www.nice.org.uk
https://theromefoundation.org















