Parentalité pandémique : comment la crise sanitaire a changé la parentalité ?

Dernière mise à jour: juin 2022
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livre / interview

Selon Philippe Noens, docteur en sciences pédagogiques, il existe une forme de parentalité pandémique. Les parents vont “suréduquer” pour compenser ce dont quarantaines et confinements ont privé les enfants.

L’extrait ci-dessous est tiré de son récent livre: “Mogen we nog wel straffen?” (Pouvons-nous encore punir, ndlr). Sa lecture est un must pour ceux qui aiment prendre le temps de la réflexion.

« La parentalité pandémique est le superlatif de l’hyper-éducation: mû par la volonté de donner la meilleure éducation possible à votre enfant, il vous est difficile de le lâcher. Vous contrôlez ses actes, vous décortiquez ses paroles et tout ce qu’il fait. Personne ne veut être un hyper-éducateur ni penser à lui-même en ces termes mais l’envie de bien faire nous incite à adopter ce comportement. Il est nécessaire de ventiler mais l’hyperventilation est une forme d’essoufflement. Nous éduquons tous mais suréduquer revient à couper les ailes d’un enfant. »

« La pandémie, avec ses confinements et ses quarantaines d’écoles et de classes, a imperceptiblement conduit certains parents à hyper-éduquer. Subitement, les parents ont été obligés de passer plus de temps avec leurs enfants et ils ont eu le sentiment de ne pas pouvoir gaspiller ces moments. Ils devaient les consacrer à des activités empreintes de sens, éviter que leurs enfants n’accumulent un retard d’apprentissage scolaire et social. Les parents sont devenus des assistants éducatifs, ils ont surveillé les travaux scolaires de leurs enfants. Ils se sont aussi mués en psychologues amateurs, attentifs au bien-être mental des enfants. Ils se sont comportés en copains, regardant les films de Marvel Cinematic Universe avec leur progéniture. Comme si la famille devait compenser tout ce que les enfants et les jeunes risquaient de manquer.

Voir aussi l'article : Un effet surprenant du confinement Covid : le syndrome de la cabane

Le temps passé en famille est souvent qualifié de qualitytime. Un temps qu’il faut occuper de manière constructive. (…) En d’autres termes, il faut réfléchir à ce que nous allons faire pendant ce temps, qui doit être placé, autant que possible, sous le signe de l’action et de l’amusement. De l’action, car on a l’impression de ne bien vivre sa parentalité que si on met ces moments à profit pour entreprendre quelque chose avec ses enfants : un parc d’attractions, un film, un dîner, un jeu de société. De l’amusement parce qu’il serait dommage de gaspiller ces moments à cause de conflits, de disputes et de sentiments négatifs. La balance « amusant-pas amusant » doit pencher vers la première option.

Heidegger parlait de Gelassenheit, de sérénité. L’usage quotidien du mot “congé” est un dérivé de liberté. Pendant nos congés, nous sommes libres, libérés du travail, des obligations, des responsabilités, des attentes. La quiétude, le fait de laisser les choses suivre leur cours, de pouvoir rester en pyjama, est tout le contraire de « devoir » programmer une journée à Plopsaland afin de renforcer vos liens avec vos enfants.

Quelque part, nous semblons avoir oublié que la qualité du temps passé en famille est plus importante que la quantité.

Le nombre d’années qu’on passe ensemble a un impact sur l’excitation qu’on peut éprouver (l’action) ou la manière alléchante avec laquelle ces événements ponctuels sont présentés (l’amusement). Il n’est pas nécessaire de remplir le temps passé en famille avec des tas d’activités et de loisirs. On peut aussi flâner. »

Voir aussi l'article : Mamans : ras-le-bol des critiques sur l’éducation des enfants

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Philippe Noens, chercheur au centre de connaissance en sciences familiales d’Odisee et chargé de cours en sciences familiales d’Odisee (campus de Schaerbeek), enseigne les sciences pédagogiques à la KUL. Il fait entendre une voix critique dans les débats sur l’éducation. Père de jeunes enfants, il ne manque pas de pratique. 

'Mogen we nog wel straffen'
19,95 euros
Borgerhoff & Lamberigts

auteur : Sofie Van Rossom - journaliste santé
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