Trouble bipolaire : causes, symptômes, traitements

Dernière mise à jour: juin 2018 | 2667 visites

dossier Le trouble bipolaire ou trouble maniaco-dépressif est un trouble sévère de l'humeur. Le terme bipolaire fait référence aux deux pôles extrêmes de ce trouble : une période maniaque et une période dépressive. En dix questions, voici les causes, les symptômes et les traitements.

Qu'est-ce que le trouble bipolaire ?

Ce trouble de l'humeur est caractérisé par une alternance d'épisodes de dépression et des épisodes maniaques (périodes d'euphorie, de grande énergie). Habituellement, la période maniaque survient juste avant ou juste après la période dépressive. Ces périodes peuvent durer une semaine ou plus.

Entre ces deux phases, l’humeur est « normale » pendant plus ou moins longtemps, jusqu'à dix ans. Dans d’autres cas, les épisodes maniaques ou maniaques légers (hypomanie) et ceux de dépression se succèdent plus rapidement.

Si une personne traverse quatre épisodes ou plus au cours d'une année, on parle de cycles rapides. Il peut s’agir d’épisodes contigus (une alternance constante de dépression et de manie / hypomanie) ou d’épisodes isolés avec un intervalle sans symptômes. Les épisodes peuvent durer des jours (parfois) ou des semaines (généralement). Dans certains cas, l'humeur peut changer le même jour.

Habituellement, les périodes dépressives ont le dessus. Cependant, il est important de faire la distinction entre la dépression et le trouble maniaco-dépressif, car le traitement n'est pas le même. Parfois, quelqu'un peut aussi traverser un épisode où les caractéristiques de la manie (désinhibition) et de la dépression sont mélangées. Selon ce qui est au premier plan, un épisode maniaque ou dépressif « avec des caractéristiques mixtes » est mentionné. La maladie est donc difficile à reconnaître et aussi très imprévisible.

La bipolarité peut prendre trois formes.

Trouble bipolaire de type 1. Caractérisé par des périodes maniaques, dépressives et mixtes.

Trouble bipolaire de type 2. Au moins un épisode hypomaniaque en plus de la dépression.

Trouble cyclothymique. Une série d'épisodes maniaques légers (hypomaniaques) surviennent, interrompus par des épisodes de dépression plus légère et des phases d'épuisement.

Le trouble bipolaire est-il fréquent ?

Le trouble bipolaire survient chez environ 1 à 2% de la population (d'autres sources parlent de 5 à 6%) et aussi souvent chez les hommes que chez les femmes. Le risque augmente nettement en cas d'antécédents familiaux.

La maladie commence presque toujours entre l'âge de 15 et 35 ans, mais elle peut aussi débuter plus tard. Elle persiste durant toute l'existence.

Quelles sont les causes ?

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La cause exacte du trouble bipolaire n'est pas encore connue. On sait qu'il repose sur une combinaison de plusieurs facteurs, avec probablement une prédisposition génétique. Des éléments psychologiques, biologiques et sociaux peuvent le déclencher.

La prédisposition génétique

Il existe une prédisposition héréditaire familiale ou une vulnérabilité au développement du trouble bipolaire. Plus des deux tiers des patients ont au moins un membre de leur famille proche atteint d’un trouble de l'humeur. Les personnes dont un parent au premier degré (père, mère, frère, soeur...) ont un trouble bipolaire présentent plus de risque de le développer à leur tour.

Le risque que les enfants d'un parent avec un trouble bipolaire en souffrent serait d'environ 20%. Si les deux parents ont un trouble bipolaire, la probabilité que les enfants développent le trouble peut atteindre 50%. Chez les jumeaux monozygotes, ce risque peut atteindre 70%. Le lien avec la maladie chez des parents au second degré n’est pas clairement établi.

Différents gènes semblent jouer un rôle, indépendamment les uns des autres. Un test ADN est donc inutile à ce stade. De nombreuses recherches sont en cours à ce sujet.

Les facteurs physiologiques ou biochimiques

Chez les patients bipolaires, des changements dans certaines parties du cerveau ont été démontrés. L’équilibre des substances chimiques responsables du transfert du signal dans le cerveau, comme la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine, est perturbé. Un autre rythme jour - nuit a également été observé chez les personnes atteintes de trouble bipolaire.

Des troubles physiques peuvent parfois aussi jouer un rôle, comme une maladie thyroïdienne, un accident, une lésion cérébrale...

Les facteurs psychologiques

La personnalité et le caractère déterminent la gestion du stress, de la perte ou des expériences traumatisantes. Parmi ces facteurs, on trouve la difficulté à résoudre les problèmes, un manque de confiance en soi et une tendance au perfectionnisme. Le risque de développer un trouble bipolaire est également plus élevé chez les personnes avec des dépressions récurrentes et chez les femmes qui ont vécu une dépression post-partum.

Selon les théories psychanalytiques, au cours de l'éducation de l'enfant, une relation amour - haine peut se développer entre l'enfant et la mère / le père lorsque l'enfant devient indépendant. Il est demandé à l'enfant d'obéir, même si cela se fait au détriment de ses besoins et de ses désirs. L'enfant veut répondre aux attentes de ses parents, mais en même temps, il est en colère contre leurs exigences. Le trouble bipolaire pourrait renvoyer au développement perturbé de l’ego.

Les facteurs sociaux

Des événements peuvent provoquer une dépression ou une manie chez certaines personnes sensibles : divorce, difficultés financières, naissance d'un enfant, décès d'un proche, problèmes au travail, amour intense, négligence ou abus durant l'enfance...

Quels sont les symptômes ?

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La présentation du trouble bipolaire peut varier considérablement d'une personne à l'autre. Un symptôme typique est l'alternance et la récurrence des épisodes d'humeur. Entre ces phases, on observe généralement des périodes sans symptôme, au cours desquelles tout paraît normal.

Le trouble bipolaire, selon la gravité et la durée des épisodes, affecte de nombreux domaines de la vie. Les épisodes graves peuvent entraîner des ruptures temporaires ou à long terme avec l'école ou le travail. L'entourage, parents, conjoint, amis..., peut être sous pression en raison du trouble. La nature variable de la maladie empêche souvent de savoir comment approcher la personne bipolaire. Une aide extérieure doit être demandée. Durant les périodes stables, retrouver l'équilibre de la relation peut être difficile.

Les épisodes maniaques

Un épisode maniaque se manifeste par une joie excessive, de l'excitation, de l'hyperactivité, de la colère, de l'euphorie et de l'impulsivité. Il existe une forte désinhibition et un sentiment accru d'estime de soi. Cela provoque des problèmes dans le fonctionnement quotidien et le contact avec les autres. Les patients peuvent s'exposer et exposer leur entourage à toutes sortes de dangers. Cette période peut durer des semaines, parfois des mois.

• Les symptômes émotionnels

- exaltation, euphorie
- irritabilité, agressivité et crises de colère
- trop d’optimiste
- intolérance
- Intrusion

• Les symptômes cognitifs.

- augmentation de la confiance en soi, excès de confiance, illusion de grandeur
- problèmes d'attention
- passage du coq à l’âne, dispersion dans les tâches

• Les symptômes physiques

- très peu besoin de sommeil
- hyperactivité

• Les symptômes comportementaux

- grande facilité de conversation
- hyperactivité, augmentation de la créativité ou de la productivité
- impulsivité
- prise de risques
- achats inconsidérés, transactions commerciales trop confiantes
- libido élevée

Dans les cas extrêmes, une psychose peut survenir, dans laquelle se produisent des délires et des hallucinations et le contact avec la personne se perd.

Les épisodes hypomaniaques

L'hypomanie est une forme légère de manie. Il y a hyperactivité, euphorie, impulsivité et / ou irritabilité, mais pas de symptômes psychotiques ou de sentiment de mégalomanie et l'épisode n'interfère pas avec les relations sexuelles normales et la vie quotidienne.

Habituellement, les personnes atteintes ont besoin de beaucoup moins de sommeil, certaines connaissent une poussée de créativité ou de productivité. Souvent, il y a une augmentation de la libido.

Un épisode hypomaniaque peut durer des semaines ou des mois.

Les épisodes dépressifs

Les épisodes dépressifs du trouble bipolaire sont caractérisés par un sentiment persistant d'abattement, de perte de désir de vie et d'énergie. Ces périodes peuvent également durer des semaines, voire des mois.

• Les symptômes émotionnels

- découragement, tristesse
- sentiment de culpabilité
- désespoir
- irritabilité
- léthargie, désintérêt général
- pensées suicidaires

• Les symptômes cognitifs

- perte de concentration
- capacité de réflexion réduite
- indécision

• Les symptômes physiques

- modifications de l'appétit, du poids
- altération du sommeil
- fatigue

• Les symptômes comportementaux

- isolement, solitude
- timidité, peur des interactions sociales

Les épisodes dépressifs sévères peuvent entraîner une psychose accompagnée de délires et d'hallucinations. Ces épisodes durent au moins 1 à 2 semaines et peuvent durer des mois s'ils ne sont pas traités.

Les épisodes mixtes

Les épisodes mixtes montrent des signes d'épisodes maniaques et dépressifs. Les exemples sont des pleurs pendant un épisode maniaque ou des pensées qui changent rapidement pendant un épisode dépressif.

Comment se présentent les crises ?

La présentation d'un trouble bipolaire varie d'une personne à l'autre.

• hypomanie en plus de la dépression, mais jamais une phase maniaque sévère
• d'abord une période maniaque et ensuite une période dépressive, ou l'inverse
• périodes de manie et de dépression à la fois
• normalité pendant une longue période entre les phases
• dans des cas rares, la manie et la dépression se succèdent rapidement

D'autres problèmes de santé ?

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Le trouble bipolaire peut être associé à d'autres problèmes de santé (comorbidités).

• Chez l'enfant, le TDA/H et la dépression peuvent être un signe du développement ultérieur d’un trouble bipolaire.

• Chez l'adulte, il existe un risque élevé de toxicomanie avec abus ou dépendance à l'alcool ou aux drogues. Cela se produirait chez plus de la moitié des personnes souffrant de trouble bipolaire. Un trouble de l'alimentation est également un problème commun.

• Parfois, le trouble bipolaire est associé à des crises de panique et à des troubles de la personnalité.

• Des changements dans les processus cognitifs sont souvent observés, tels que la baisse de l'attention et des capacités d’exécution, ainsi que des problèmes de mémoire.

Et le risque de suicide ?

Le trouble bipolaire augmente le risque de suicide. Au moins la moitié des patients font une tentative de suicide. Il est donc très important de reconnaître et de traiter la maladie à temps, également pour prévenir le risque suicidaire.

Comment pose-t-on le diagnostic ?

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On parle de trouble bipolaire si la personne a déjà vécu au moins un épisode maniaque et un ou plusieurs épisodes dépressifs, ou un épisode hypomaniaque et un ou plusieurs épisodes dépressifs.

Le trouble bipolaire est parfois difficile à distinguer d'un trouble dépressif, d'un trouble de la personnalité ou d'un trouble psychotique. Par conséquent, des années peuvent s'écouler entre les premiers symptômes et la diagnostic de trouble bipolaire.

• Certains symptômes peuvent être des signes d'alerte, surtout en cas d'antécédents familiaux de trouble bipolaire : troubles du sommeil, hyperactivité et impulsivité, labilité émotionnelle, sautes d'humeur, symptômes dépressifs, irritabilité, anxiété, panique et symptômes psychotiques. Mais ces symptômes peuvent être transitoires ou liés à une autre maladie mentale.

• On demandera toujours aux personnes souffrant de dépression récurrente (chronique) s'il y a eu des périodes antérieures d'intensification de l'humeur, d'activité accrue et/ou de comportement désinhibé. Les symptômes maniaques légers sont souvent difficiles à distinguer du fonctionnement normal et ils ne sont pas toujours reconnus. Parfois, il est également nécessaire de questionner la famille.

• Les antidépresseurs peuvent causer des symptômes maniaques. Ceux-ci peuvent aussi survenir en cas d'arrêt (soudain) d'un antidépresseur. Dans de tels cas, il faut examiner plus avant l'hypothèse d'un trouble bipolaire.

• Le médecin tente de former une image du fonctionnement psychologique, sur le moment, mais aussi les semaines précédentes. Pour savoir si la patient traverse une phase maniaque, il pose des questions sur une augmentation de l'activité ou de l'agitation physique, un bavardage accru, un manque d'inhibition, un besoin diminué de sommeil, un sentiment de « penser plus vite » ou « plus », une augmentation de l'estime de soi ou de ses propres capacités, des comportements imprudents, une augmentation de la libido...

• Parce qu'il est important de faire la distinction avec un trouble dépressif, le médecin demandera toujours, en cas de symptômes dépressifs, s'il y a eu des périodes d'« euphorie » (c'est-à-dire de manie) dans le passé. Le traitement est complètement différent pour ces deux maladies.

• Le médecin essaiera également d'établir l'influence de la consommation d'alcool, de médicaments ou de drogues.

• Enfin, les troubles cérébraux peuvent également mener à un épisode maniaque, surtout si le premier épisode maniaque s'est déclaré à un âge avancé (> 50 ans).

Quel traitement ?

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Le trouble bipolaire est une maladie mentale grave et l'aide professionnelle d'un psychiatre est essentielle. Le traitement doit aborder à la fois des épisodes maniaques et dépressifs, ainsi que des épisodes mixtes avec des changements d'humeur rapides. Il est également important que de nouveaux épisodes soient évités.

Il n'existe pas de traitement curatif du trouble bipolaire, mais la plupart des patients peuvent espérer un meilleur contrôle de leurs sautes d'humeur et les symptômes connexes.

Le traitement du trouble bipolaire se compose de 3 phases.

Phase 1. Au début, les médicaments visent à atténuer les symptômes maniaques et dépressifs. Une admission temporaire en milieu hospitalier est souvent requise. Cette première phase du traitement dure quelques semaines.

Phase 2. Elle consiste à permettre de continuer à vivre aussi normalement que possible.

Phase 3. C'est le traitement d'entretien, afin d'assurer que l'humeur reste stable et de prévenir les rechutes. Ce traitement dure généralement plusieurs années, ou même à vie.

Le traitement le plus efficace contre le trouble bipolaire consiste en une combinaison de médicaments, de psychothérapie et de psychoéducation.

Les médicaments

Habituellement, plusieurs médicaments sont combinés. Avec des médicaments tels que le lithium, des tests sanguins réguliers sont nécessaires.

• Les stabilisateurs de l'humeur sont utilisés pour prévenir les épisodes. Le lithium est l'agent le plus couramment utilisé. D'autres agents peuvent également être prescrits.

• Les antipsychotiques sont utilisés pour le traitement de la manie.

• Les antidépresseurs sont utilisés pour le traitement de la dépression. Mais il y a un risque d’hypomanie.

• En plus de ces substances, des anxiolytiques et des calmants sont également utilisés.

La psychothérapie

Elle apprend à gérer les émotions et les conflits, en abordant des aspects supplémentaires, tels que l'anxiété et la toxicomanie.

La psychoéducation

Il est important que le patient et sa famille comprennent mieux la maladie, les facteurs de risque qui déclenchent une humeur, les premiers signes d'un nouvel épisode, et qu'ils apprennent à y faire face.

Que peut-on faire soi-même ?

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Le patient peut agir par lui-même pour se traiter aussi bien que possible et réduire le risque de sautes d'humeur.

• Garder un bon rythme veille - sommeil, en particulier se coucher et se lever à heures régulières. Les horaires de travail irréguliers ou le travail de nuit ne sont pas recommandés. Une personne bipolaire peut aussi être très sensible au changement d'heure (heures d'hiver et d'été, décalage horaire...).

• Pratiquer une activité physique (marche, vélo, natation...).

• Faire des exercices de relaxation : ils peuvent réduire l'anxiété et aider à mieux dormir.

• Ne pas consommer d'alcool ou de drogue (même douce).

• S'entourer (famille, amis...) : attention à l'isolement.

• Gérer le stress de la vie quotidienne et professionnelle.

• Apprendre à connaître les signes avant-coureurs des épisodes.

• Prendre ses médicaments avec soin : ne jamais arrêter ou changer le dosage de sa propre initiative.


publié le : 07/06/2018 , mis à jour le 06/06/2018
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