Mélatonine chez l'enfant : quel âge, quels risques, quelle efficacité ?
- Points-clés : mélatonine chez l'enfant
- Qu'est-ce que la mélatonine ?
- La mélatonine de synthèse : à quoi sert-elle ?
- Complément alimentaire ou médicament : quelle différence ?
- Peut-on donner de la mélatonine à un enfant pour l'aider à dormir ?
- Mélatonine et TDAH : dans quels cas peut-elle être prescrite ?
- Risques et effets secondaires de la mélatonine chez l'enfant ?
- Comment aider un enfant qui dort mal ?
- Augmenter sa production de mélatonine par l'alimentation ?
- Quand faut-il consulter ?
dossier
La mélatonine est une hormone produite naturellement par le cerveau pour signaler au corps qu'il est l'heure de dormir. Elle est aussi vendue sous forme de complément alimentaire ou de médicament contre les troubles du sommeil. Peut-on donner des compléments de mélatonine de synthèse à un enfant qui dort mal ? En Belgique, les autorités déconseillent la mélatonine avant 12 ans, sauf chez certains enfants atteints de TDAH et uniquement sur prescription médicale. On fait le point.
Points-clés : mélatonine chez l'enfant
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Qu'est-ce que la mélatonine ?
La mélatonine est une hormone produite principalement par la glande pinéale, dans le cerveau. Sa production augmente lorsque la luminosité diminue, généralement en soirée, et atteint son maximum pendant la nuit avant de diminuer progressivement au matin.
Ce n'est pas un « somnifère », mais plutôt une signal biologique qui indique à l’organisme que la nuit est arrivée et qui contribue à synchroniser notre horloge biologique (veille-sommeil).
Une exposition importante à la lumière le soir, notamment celle des écrans, peut retarder la sécrétion naturelle de mélatonine et décaler l'endormissement.
Voir aussi l'article : Les troubles du sommeil chez l’enfant
La mélatonine de synthèse : à quoi sert-elle ?
La mélatonine utilisée dans les médicaments et certains compléments alimentaires est une mélatonine de synthèse (fabriquée en laboratoire). Elle possède la même structure que la mélatonine produite naturellement par l’organisme.
D'abord vendue pour atténuer les effets du décalage horaire, elle est aujourd'hui largement utilisée contre les troubles du sommeil.
Dans la mesure où elle agit comme un synchroniseur de l'horloge biologique, elle n'est vraiment utile que lorsque cette horloge est déréglée, comme chez l'adolescent qui s'endort de plus en plus tard ou chez certaines personnes de plus de 55 ans.
Voir aussi l'article : De combien d'heures de sommeil un enfant a-t-il besoin ?
Complément alimentaire ou médicament : quelle différence ?
En Belgique, la mélatonine est considérée comme un médicament à partir de 0,3 mg par jour (0,2 mg pour les comprimés à faire fondre en bouche). En dessous, elle peut être vendue sous forme de complément alimentaire. La différence compte : un médicament est soumis à des contrôles stricts de qualité et de dosage. Un complément est considéré comme une denrée alimentaire. Leur efficacité n'est pas évaluée avant leur mise en vente et leur étiquetage comme le suivi de leurs effets indésirables sont beaucoup moins encadrés. |
Peut-on donner de la mélatonine à un enfant pour l'aider à dormir ?
Non. Pas de sa propre initiative, même sous forme de complément alimentaire. En Belgique, l'AFMPS déconseille les suppléments de mélatonine avant 12 ans. En France, l'Anses recommande aux enfants et aux adolescents de ne pas en consommer. Il s'agit d'un principe de précaution : les effets de la mélatonine sur le développement de l'enfant sont encore mal connus.
Certaines situations médicales particulières peuvent toutefois justifier un traitement prescrit et suivi par un médecin.
Voir aussi l'article : Quels sont les bienfaits de la couverture lestée ?
Mélatonine et TDAH : dans quels cas peut-elle être prescrite ?
Depuis 2025, deux médicaments à base de mélatonine sont autorisés en Belgique pour traiter l'insomnie des enfants et adolescents de 6 à 17 ans atteints de TDAH, uniquement si les bonnes habitudes de sommeil n'ont pas amélioré la situation.
Lorsqu'un traitement est envisagé, il doit être initié et suivi par un médecin ayant l'expérience du TDAH et/ou des troubles du sommeil chez l'enfant. La dose doit être adaptée individuellement et le traitement réévalué régulièrement.
La mélatonine est-elle vraiment efficace ?
Le bénéfice est modeste. Dans la principale étude, menée chez des enfants de 6 à 12 ans atteints de TDAH, elle leur a permis de dormir environ une demi-heure de plus et de s'endormir une demi-heure plus vite, sans améliorer leur comportement ni leur qualité de vie.
Le CBIP estime que la balance bénéfice-risque dans l'insomnie associée au TDAH reste très incertaine : le bénéfice clinique est modeste et les données de sécurité à court et à long terme sont limitées.
Risques et effets secondaires de la mélatonine chez l'enfant ?
Ce n'est pas parce que les compléments alimentaires à la mélatonine sont en vente libre dans les pharmacies et sur internet, qu'ils sont sans danger.
La mélatonine – aussi bien les médicaments que les suppléments – peut provoquer des effets secondaires chez les enfants, notamment des maux de tête, des nausées, des vomissements, des vertiges, une somnolence ou des douleurs abdominales. Des effets neurologiques, comme une agitation ou, plus rarement, des convulsions, ont également été rapportés, notamment en cas d’ingestion excessive. Les intoxications accidentelles constituent d’ailleurs un risque particulier chez les jeunes enfants, surtout lorsque la mélatonine est présentée sous forme de gommes ou de comprimés attractifs pour les plus petits.
De plus, on manque de recul sur une prise prolongée de mélatonine chez l'enfant : ses effets sur le développement hormonal et la puberté sont encore mal connus, même si aucun effet néfaste n'a été démontré jusqu'à présent.
Comment aider un enfant qui dort mal ?
Une bonne hygiène du sommeil comprend notamment :
- Des horaires réguliers : maintenir autant que possible des heures de lever et de coucher régulières.
- Une exposition suffisante à la lumière pendant la journée, idéalement à la lumière naturelle le matin. À l'inverse, réduire la lumière vive en soirée peut aider à maintenir un rythme veille-sommeil régulier.
- Une activité physique régulière pendant la journée, tout en évitant les activités très stimulantes juste avant le coucher.
- Une chambre calme, sombre et à une température confortable.
- Limiter les écrans en soirée, en particulier les activités très stimulantes sur smartphone, tablette, ordinateur ou console. Une période calme avant le coucher est préférable.
- Un rituel du coucher prévisible et relativement court : histoire, musique calme, câlin… La répétition des mêmes étapes aide l'enfant à anticiper le moment du sommeil.
Ces mesures constituent la base de la prise en charge. Dans certains cas, une intervention une thérapie cognitivo-comportementale adaptée peut être proposée.
Si les difficultés persistent, il est important d'en parler au médecin généraliste ou au pédiatre plutôt que de recourir spontanément à la mélatonine.
Augmenter sa production de mélatonine par l'alimentation ?
Le tryptophane, présent dans les œufs, les produits laitiers, les légumineuses, les noix, la viande ou le poisson, sert bien à fabriquer la mélatonine. On en trouve aussi dans la volaille, la banane, l'avoine ou le riz complet. Certains aliments, comme la cerise acidulée ou le kiwi, contiennent même un peu de mélatonine.
Pour autant, aucune preuve solide ne montre qu'un aliment améliore le sommeil d'un enfant. Les rares études portent sur de petits groupes d'adultes. Et une alimentation variée apporte déjà assez de tryptophane : en manger davantage ne fait pas produire plus de mélatonine.
L'alimentation joue en revanche un rôle via d'autres biais :
- préférez un dîner ni trop tardif ni trop copieux, pour ne pas gêner l'endormissement,
- pas de boissons contenant de la caféine (cola, thé glacé, boissons énergisantes), surtout l'après-midi et le soir,
- évitez le sucre le soir,
- optez plutôt pour une collation légère si besoin, comme un laitage ou une banane, si l'enfant a faim au coucher.
Voir aussi l'article : Le lait chaud pour bien dormir ?
Quand faut-il consulter ?
Votre enfant présente des troubles du sommeil ? Parlez-en à votre médecin généraliste ou à votre pédiatre si :
- les difficultés durent plus de quelques semaines malgré une bonne hygiène du sommeil,
- votre enfant est fatigué, irritable ou a du mal à se concentrer en journée,
- il ronfle fort, fait des pauses respiratoires ou dort la bouche ouverte,
- il se réveille souvent, fait des terreurs nocturnes répétées ou bouge beaucoup les jambes le soir,
- son sommeil a changé brutalement,
- vous envisagez de lui donner de la mélatonine, même en complément.
Voir aussi l'article : Manque de sommeil chez l'enfant : symptômes et conséquences
- La mélatonine n'est pas un somnifère mais aide à régler le rythme circadien.
- Pas de mélatonine pour un enfant sans avis médical.
- En Belgique, les compléments sont déconseillés avant 12 ans.
- Elle peut être prescrite dans des cas précis, comme l'insomnie liée au TDAH chez les 6-17 ans.















