Douleur anale sans hémorroïdes ni saignement : à quoi est-ce dû ?

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Ce n’est pas un hasard si les anglophones utilisent l’expression a pain in the ass pour désigner une chose ou une personne particulièrement irritante, embêtante ou frustrante. Une douleur fulgurante à l’anus est une expérience aussi pénible que désagréable. 

La douleur anale désigne une douleur localisée dans ou autour de l'anus, voire juste au-dessus, au niveau du rectum. Le terme médical employé est proctalgie fugace lorsqu'il s'agit de crises brèves et soudaines, ou syndrome des muscles releveurs de l'anus si la douleur persiste. Un point essentiel à retenir : dans cette forme de douleur anale, l'examen médical ne révèle aucune cause visible, ni hémorroïdes, ni fissure, ni inflammation. Le mal ne provient donc pas d'une lésion à proprement parler, mais d'un dysfonctionnement passager dans la coordination entre les muscles et les nerfs de cette région.

Causes de la douleur anale

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© Getty Images

Les scientifiques comprennent bien les mécanismes qui sont à l’origine de la douleur anale même si tous les cas ne sont pas encore complètement clarifiés. Cette douleur n'est en effet pas une maladie en soi, mais un symptôme qui peut avoir des causes multiples. 

Les principales causes identifiées :

  • Une lésion de la muqueuse, comme dans le cas d'une fissure anale. Elle met à nu de nombreuses terminaisons nerveuses sensibles à la douleur. La moindre plaie peut donc déclencher d’intenses douleurs.
  • Des spasmes musculaires du sphincter anal. Dans certaines pathologies, ce muscle se contracte de façon prolongée, ce qui réduit l'irrigation sanguine locale. Ce phénomène peut à la fois intensifier la douleur et ralentir la cicatrisation.
  • Une inflammation, causée par exemple par une infection, un abcès ou une maladie inflammatoire chronique de l'intestin. Les substances inflammatoires accroissent la sensibilité des fibres nerveuses à la douleur.
  • Une pression ou un gonflement, comme lors d'une thrombose hémorroïdaire externe, où la tension accrue des tissus engendre la douleur.
  • Une douleur neuropathique. Elle provient parfois de nerfs irrités ou hypersensibles, sans qu'aucune plaie ni inflammation ne soit décelable.
  • Un dysfonctionnement du plancher pelvien. Des muscles pelviens hyperactifs ou mal coordonnés peuvent provoquer une douleur profonde, sourde ou de type crampe autour de l'anus.

Chez certaines personnes, la douleur persiste alors qu'aucune anomalie évidente n'est détectée. Les spécialistes pensent qu'une combinaison de facteurs entre alors en jeu, notamment :

  • une hypersensibilité du système nerveux, appelée sensibilisation centrale,
  • des modifications dans le traitement de la douleur par le cerveau et la moelle épinière,
  • une tension prolongée des muscles du plancher pelvien,
  • d'éventuelles modifications du microbiote intestinal ou des processus inflammatoires locaux, bien que ces pistes restent encore à l'étude.

Ces mécanismes sont décrits dans différents articles scientifiques.

Les douleurs anales sont-elles fréquentes ?

Les douleurs à l’anus sont plus courantes qu'on ne l'imagine : selon les estimations, de 4 à 18 personnes sur 100 y sont un jour confrontées, sans qu'il y ait pour autant matière à s'inquiéter. Certains profils y sont toutefois un peu plus exposés,

  • les adultes de 30 à 60 ans (le problème n’affecte quasi jamais les enfants),
  • les personnes souffrant du syndrome de l'intestin irritable,
  • les personnes fréquemment constipées.

Certaines circonstances précises peuvent également déclencher une crise, comme un rapport sexuel, une selle difficile ou les règles. Chez de nombreuses personnes, le problème s'atténue d'ailleurs spontanément avec l'âge.

Le stress peut-il provoquer des douleurs à l’anus ?

Oui, le stress joue souvent un rôle. Si vous êtes stressé, votre corps se contracte inconsciemment, y compris les muscles pelviens. Pour les personnes sensibles, cette tension peut être la goutte qui fait déborder le vase et déclencher une crise douloureuse.

La recherche confirme que le stress et l’angoisse précèdent fréquemment une crise de douleur à l’anus. Cela ne signifie pas que le patient imagine sa douleur ni qu’elle est psychosomatique. La douleur est bien réelle. Le stress est tout simplement un des facteurs qui rend l'organisme plus sensible à la douleur, tout comme il peut aggraver les maux de tête ou les douleurs abdominales.

Que faire en cas de douleur anale ?

La prise en charge dépend de la fréquence et de l'intensité des symptômes.

  • En cas de crise brève (de quelques secondes à quelques minutes) : aucun traitement n'est généralement nécessaire. Un bain chaud ou l'application de chaleur sur la zone (avec une bouillotte, par exemple) peut aider à détendre le spasme musculaire.
  • Consulter pour se rassurer : en cas de symptômes persistants, consultez toujours d'abord un médecin afin d'écarter une autre cause, comme des hémorroïdes ou une fissure. Savoir qu'il n'y a rien de grave suffit souvent, à lui seul, à relâcher la tension et donc à atténuer la gêne.
  • Médicaments en cas de crises prolongées : certains médicaments, comme les inhalateurs de salbutamol, normalement employés contre l’asthme, ou une crème relaxant le sphincter, peuvent raccourcir ou apaiser une crise. Cette option se décide toujours en concertation avec un médecin.
  • La rééducation du plancher pelvien (biofeedback) : auprès d'un kinésithérapeute spécialisé dans le traitement du bassin, vous apprenez à relâcher consciemment les muscles concernés. C'est le traitement le mieux validé scientifiquement pour les douleurs qui persistent dans la durée.
  • La gestion du stress : le stress pouvant déclencher une crise, il est utile de pratiquer des exercices de relaxation, de bouger suffisamment et, si nécessaire, de solliciter un accompagnement professionnel en cas de stress ou d'anxiété persistants.

Ces traitements ont fait l’objet d’études cliniques et sont conseillés par les articles de revue. Ils sont repris dans les directives médicales.

Conclusion

  • La douleur anale est généralement une affection bénigne mais gênante, caractérisée par des crampes musculaires, des nerfs hypersensibles et parfois une sensibilité accrue des intestins ainsi qu’une combinaison de ces facteurs.
  • Les femmes, les patients atteints du syndrome du côlon irritable et les personnes exposées au stress sont plus exposés.
  • Dans la plupart des cas, la douleur passe d’elle-même. L’application de chaleur et l’apaisement sont efficaces. Si les symptômes reviennent régulièrement, plusieurs traitements existent, la rééducation du plancher pelvien étant le mieux documenté.
  • Il est toujours préférable de vous faire examiner par un médecin si vous souffrez de symptômes récurrents ou durables.

Sources :

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Carrington, E.V., Popa, S.-L. & Chiarioni, G. (2020) ‘Proctalgia syndromes: update in diagnosis and management’, Current Gastroenterology Reports, 22(7), article 35.
Chiarioni, G., Asteria, C. & Whitehead, W.E. (2011) ‘Chronic proctalgia and chronic pelvic pain syndromes: new etiologic insights and treatment options’, World Journal of Gastroenterology, 17(40), pp. 4447–4455.
Wesselmann, U., Burnett, A.L. & Heinberg, L.J. (1997) ‘The urogenital and rectal pain syndromes’, Pain, 73(3), pp. 269–294.
Zhang, Q., Liu, Y., Zhang, Q., Zhang, Y., Wu, S., Jiang, B. & Ni, M. (2020) ‘Impaired anorectal afferents is a potential pathophysiological factor associated to functional anorectal pain’, Frontiers in Neurology, 11, article 577025.
Eckardt, V.F., Dodt, O., Kanzler, G. & Bernhard, G. (1996) ‘Treatment of proctalgia fugax with salbutamol inhalation’, American Journal of Gastroenterology, 91(4), pp. 686–689.
Chiarioni, G., Nardo, A., Vantini, I., Romito, A. & Whitehead, W.E. (2010) ‘Biofeedback is superior to electrogalvanic stimulation and massage for treatment of levator ani syndrome’, Gastroenterology, 138(4), pp. 1321–1329.

Source: Dr. ir. Eric De Maerteleire auteur : Sofie Van Rossom - journaliste santé

Dernière mise à jour: septembre 2026

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