Infections à hantavirus en Belgique : symptômes et fièvre hémorragique à syndrome rénal

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L’hantavirose est une infection rare causée par l’hantavirus, un virus transmis par les rongeurs. Les souches belges et européennes provoquent le plus souvent des symptômes pseudo-grippaux. Mais certaines souches d'Amérique, d'Asie ou d'Europe de l'Ouest peuvent être responsables de formes graves, voire mortelles.

Souches d'hantavirus plus ou moins dangereuses

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© Getty Images

Il existe de nombreuses souches d’hantavirus différentes. Ils se distinguent selon leur répartition géographique, leur hôte (rats, souris, campagnols), leur virulence et les symptômes qu’ils provoquent.

  • Les hantavirus européens sont responsables d’infections le plus souvent bénignes, mais qui peuvent toutefois entraîner une atteinte rénale légère (virus Puumala) ou une fièvre hémorragique avec un syndrome rénal sévère (virus HantaanDobrava, Seoul...). Ces souches ne se transmettent pas d'homme à homme. Leur taux de mortalité est faible.
  • Les hantavirus d’Amérique sont plus virulents que ceux d’Europe. Ils peuvent causer un Syndrome Pulmonaire à hantavirus (SPH). En moyenne, 30 à 40 % des patients atteints d'un SPH décèdent. Parmi ces souches, une seule – le virus des Andes – peut se transmettre d'homme à homme par contacts étroits et prolongés.

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Actualité mai 2026

L'épidémie d'hantavirus en cours sur le navire de croisière néerlandais MV Hondius est due au virus des Andes. Un variant américain capable de provoquer un syndrome pulmonaire mortel. Il s'agit de la seule souche transmissible d'homme à homme lors de contacts étroits et prolongés, par exemple entre personnes vivant sous le même toit ou, comme ici, dans un environnement confiné comme celui d’un navire de croisière ou d'un avion.

Infection à hantavirus en Belgique

En Belgique, c'est le campagnol roussâtre (Clethrionomys glareolus) qui est le principal responsable de la propagation d’une souche de l'hantavirus appelée Puumala orthohantavirus. Ce petit rongeur mesure de 8 à 12 cm de long. Il a le dos brun roux et le ventre gris crème. Sa queue est courte. Il vit dans les forêts de feuillus, en lisière de forêts, dans les broussailles, dans les haies, dans les parcs... Il s’invite souvent dans nos maisons en hiver.

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© Getty Images - Campagnol roussâtre (Clethrionomys glareolus)

Dans notre pays, des années épidémiques alternent avec des années intermédiaires. Le sud du pays est le plus souvent concerné par l’hantavirose, mais la région de Bruxelles et les provinces d'Anvers et du Limbourg ne sont pas en reste. Le pic d’infection a généralement lieu entre les mois de mai et juillet. Voici les dernières données disponibles chez nous : 

  • En 2023, 144 cas ont été recensés. La province de Namur a compté le plus de cas.
  • En 2022, 87 cas ont été rapportés. La province du Hainaut était la plus touchée.
  • En 2021, 138 cas ont été signalés, en particulier dans le Limbourg.

Dans les pays scandinaves et en Allemagne, les cas d’hantavirose sont plus fréquents. Ils se comptent par centaines, voire par milliers chaque année.

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Comment peut-on être infecté par l’hantavirus ?

L’hantavirus d’Europe ne se transmet pas d’homme à homme. Les humains sont principalement infectés par l’inhalation de particules virales présentes dans l’urine, les excréments et la salive des rongeurs infectés. On peut également être infecté par contact direct avec des rongeurs contaminés, principalement par une blessure cutanée, en touchant leurs excréments ou par une morsure du rongeur. Cependant, le risque d’être infecté de cette manière est très faible.

Vous êtes plus susceptible de respirer des particules virales par temps sec. Par exemple, lorsque vous remuez une terre poussiéreuse en jardinant. Faire le ménage dans une cave ou un grenier habité par des campagnols peut également générer des nuages de poussière contaminés. 

Symptômes d’une infection à hantavirus

Une infection à hantavirus se déclare après une période d’incubation qui varie entre 2 et 4 semaines, voire maximum 8 semaines. Chez certaines personnes, l’hantavirose passe inaperçue : elle est asymptomatique. Chez d’autres patients symptomatiques et infectés par le virus Puumala, elle peut provoquer une fièvre hémorragique et une insuffisance rénale aiguë.

Premiers symptômes d'une infection à hantavirus

Les premiers symptômes sont généralement communs à tous les types d’hantavirus. Ils surviennent brusquement et ressemblent à ceux d’une grippe :

  • fièvre soudaine,
  • frissons,
  • malaise général,
  • maux de tête,
  • douleurs musculaires,
  • maux de dos (lombalgies),
  • douleurs au niveau du thorax...

Après 3 à 6 jours, le tableau clinique peut évoluer selon le virus concerné :

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© Getty Images - Des douleurs au niveau des lombaires peuvent être un signe d'atteinte rénale.

Fièvre Hémorragique avec Syndrome Rénal (FHSR) 

En plus des symptômes précédemment cités, la fièvre hémorragique avec syndrome rénal provoque les symptômes suivants : 

  • Des maux de dos, en particulier des douleurs au niveau des lombaires (atteinte rénale) ;
  • Des douleurs abdominales ;
  • Des douleurs thoraciques ;
  • Des étourdissements ;
  • Des troubles de la vue : vision floue, douleurs oculaires ;
  • Une diminution du volume des urines : évocatrice d’une insuffisance rénale ;
  • Des symptômes hémorragiques modérés : pétéchies, hémorragie conjonctivale, ecchymoses, présence de sang dans les urines ;
  • Parfois des troubles respiratoires légers : toux, dyspnée.

Dans les cas graves, une chute soudaine de la tension artérielle peut évoluer vers un état de choc et une tendance hémorragique. Une insuffisance rénale aiguë avec un déséquilibre électrolytique grave est détectée dans une minorité des cas et environ 5% des cas traités à l'hôpital nécessitent une dialyse rénale. La FHSR est mortelle dans 5 à 15 % des cas.

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En Belgique, le virus Puumala est associé à une forme légère de Fièvre Hémorragique avec Syndrome Rénal (FHSR), parfois appelée Néphropathie Épidémique (NE). Elle a généralement une évolution clinique moins sévère et est rarement hémorragique. Mais le risque de complications graves existe bel et bien. Cette forme est rarement mortelle (<1%).

Syndrome pulmonaire à hantavirus

Sur le continent américain, les hantavirus (Sin Nombre, Andes) peuvent causer un Syndrome Pulmonaire à hantavirus (SPH) ou cardiopulmonaire à hantavirus. Après la phase pseudo-grippale, qui peut durer environ trois à six jours, les patients présentent une toux et un essoufflement qui peut rapidement s’aggraver à cause de la présence de liquide dans et autour des poumons. Ce phénomène conduit à une détresse respiratoire aiguë et/ou un choc. Le SPH peut atteindre un taux de mortalité proche des 50 % des cas.

Traitement d’une infection à hantavirus Puumala

Il n’existe actuellement aucun traitement pour soulager la Fièvre Hémorragique avec Syndrome Rénal. Le traitement est essentiellement symptomatique.

En général, il suffit de traiter la fièvre et les maux de tête, de préférence avec des analgésiques contenant uniquement du paracétamol. Il est recommandé d’éviter les médicaments toxiques pour les reins (aspirine, ibuprofène et autres anti-inflammatoires non stéroïdiens).

En cas d’insuffisance rénale aiguë avec une diminution du volume des urines, des séances de dialyse sont parfois nécessaires.

Le pronostic est généralement bon. Le patient peut récupérer dans les 2 à 3 semaines suivant l’apparition des premiers symptômes, bien que la fatigue puisse persister longtemps.

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Facteurs de risque d’une infection à hantavirus

  • Les personnes qui travaillent le bois représentent la catégorie professionnelle la plus touchée (bûcherons, gardes-chasse, scieurs de planches, etc.).
  • Les personnes qui travaillent dans les forêts ou qui vivent à proximité d’une forêt sont également touchées par le virus.
  • Les personnes qui effectuent des travaux de jardinage ou des travaux dans la maison (rénovation d'habitations anciennes, nettoyage de caves, greniers, garde-manger ou poulaillers, réouverture d'une pièce fermée pendant l'hiver…)

Les hommes représentent 2 tiers des cas d’infections à hantavirus. Cela s’explique par la nature des métiers à risque d’infections (métiers forestiers, agriculture, travaux de rénovation…). Les enfants de moins de 10 ans contractent rarement l’hantavirose. Les séjours occasionnels en forêt à titre de loisir (promenades, excursions touristiques, jogging) ne sont pas clairement associés à une augmentation du risque. Les personnes qui ont déjà été infectées par le hantavirus semblent développer une immunité durable.

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Prévention d’une infection à hantavirus

Actuellement, aucun vaccin n'est disponible sur le marché en Europe.

Si vous habitez dans ou à proximité d’une zone à risque : 

  • Luttez contre la présence de campagnols à l’intérieur des maisons et de leurs dépendances (granges, remises, etc.), ainsi que des tas de bois de chauffage.
  • Portez des gants en plastique ou en caoutchouc lors de la manipulation de rongeurs vivants, de leurs nids, de leurs carcasses ou de pièges,
  • Lors de l'ouverture d'une pièce ou d'un hangar après l'hiver, vérifiez que le lieu n'est pas contaminé par des déjections de rongeurs ; si tel est le cas, aérez d’abord bien la zone pendant au moins 30 minutes,
  • Attention à la formation de nuages de poussière contaminés : aérez les locaux fermés avant et pendant leur nettoyage, utilisez un masque lors du nettoyage, humidifiez la poussière à l’aide de désinfectant ou d’eau de javel avant de balayer, évitez l’usage du balai.

Si vous travaillez dans un secteur à risque : 

  • Évitez l’exposition à des poussières potentiellement contaminées par le virus lors du travail.
  • Utilisez des masques et des gants pendant le travail du bois et de la terre en forêt et en
  • bordure de forêt ou, au moins, travaillez le dos au vent. En particulier, durant la saison chaude.
  • Lavez-vous les mains (eau et savon) avant les repas, les pauses et en fin de journée de travail. Soignez vos plaies et recouvrez-les d’un pansement imperméable, avant de manipuler du
  • bois ou de travailler la terre en forêt ou à proximité.
  • Nettoyez régulièrement les vêtements de travail, gants, bottes…

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Sources
https://www.sciensano.be
https://matra.sciensano.be
https://www.aviq.be
https://www.ecdc.europa.eu
https://www.pasteur.fr
https://edition.cnn.com
https://www.health.belgium.be
https://www.who.int

auteur : Olivia Regout - journaliste santé

Dernière mise à jour: mai 2026

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