Passionnel, romantique, physique... : la chimie de l'amour

Dernière mise à jour: avril 2019 | 1696 visites
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Passionnel, romantique, physique... : la chimie de l'amour

dossier Passionnel, romantique ou physique, l’amour est le résultat d’une mécanique complexe, mêlant pulsions et envie, colorée d’interdits et d’inhibitions. De l’attirance à la passion puis à l’attachement, de l’envie au sexe, de l’obsession au manque, notre cerveau déclenche, module et active un système de circuits de neurones compliqué dont les scientifiques s’efforcent de décrypter le fonctionnement.

Dès 1937, James Papez, neuranatomiste, décrit et matérialise le circuit des émotions, qui met en jeu les régions du cerveau impliquées dans la répulsion ou l’attirance, dans le désir ou le refus. Les émotions que l’on perçoit, c’est le corps qui parle. Les sentiments que l’on ressent, c’est le mental qui juge. La petite musique qui rythme la danse de ces partenaires étroitement enlacés est efficacement orchestrée pour faire tendre la rencontre vers son but ultime : la reproduction de l’espèce… Le cerveau chorégraphie cette évolution, intégrant, évaluant, réagissant et modifiant les nombreuses informations qu’il reçoit via les sens pour adapter nos comportements en conséquence.

Pour ce faire, les neurones sont sa baguette de chef d’orchestre. Via des messagers chimiques (les neurotransmetteurs), ils activent, ralentissent ou bloquent certaines voies de communications nerveuses, afin de permettre au cerveau de s’adapter aux stimulations extérieures, et de modifier nos comportements en conséquence : faire savoir que l’autre nous plaît, nous indiffère, nous séduit… Ces réseaux de neurones constituent le système limbique, aussi appelé «? cerveau émotionnel ».

La biologie n’est pas romantique, mais heureusement notre cerveau invente, colorie, habille et construit le sentiment d’amour !

Les étapes de l’amour

Comment expliquer que, traversé par une pensée soudaine, l’on puisse se retrouver submergé par une impression, une odeur, une image, un souvenir ? Ce phénomène repose sur l’équilibre fragile qui existe entre des systèmes excitateurs et des systèmes calmants, qui rend nos comportements souvent spontanés et immédiats. Au cœur de l’envie d’entrer en relation avec l’autre se trouve un messager essentiel du cerveau : la dopamine, véritable hormone du désir.

L’amour se déroule en plusieurs étapes, qui s’échelonnent dans le temps. Tout débute par l’attirance, cette alchimie subtile qui est le signe d’une rencontre réussie. L’envie de séduction et le désir qui en résultent, souvent concrétisés par le sexe, peuvent mener ensuite à la passion, puis évoluer vers un attachement durable.


La chimie des sentiments, conférence donnée par le Pr Bernard Sablonnière.

Le stress de la rencontre

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Que se passe-t-il dans le cerveau lors d’un coup de foudre ? Tout commence par une réaction d’alerte. Il faut entrer dans l’intimité de l’autre, une personne inconnue, le trac s’installe, on ne sait pas ce qui peut se passer… Notre organisme réagit en libérant de la noradrénaline, un messager chimique du stress. Proche de l’adrénaline, la noradrénaline est, comme elle, produite par les glandes surrénales. Accroissant notamment la vigilance, l’excitation et favorisant l’apprentissage, elle est responsable de certains symptômes du coup de foudre : le cœur qui bat la chamade, les pupilles qui se dilatent… La noradrénaline nous empêche aussi de dormir et diminue notre appétit.

Les symptômes du coup de foudre sont renforcés par le déversement d’adrénaline qui survient également à ce moment. Notre rythme cardiaque s’emballe, nous rougissons, nous avons mal au ventre… Notre corps reçoit une décharge d’énergie, comme s’il s’apprêtait à devoir fuir. Heureusement pour la survie de notre espèce, la dopamine contrebalance cet effet. Hormone du plaisir et de la motivation, libérée notamment lorsque nous nous livrons à une activité agréable, la dopamine permet de passer l’étape de stress initial : le désir est le plus fort, et la rencontre est réussie.

L’acteur central de cette réponse involontaire de nos organes, que l’on ressent, littéralement, dans nos tripes, se trouve au cœur du cerveau : c’est l’hypothalamus. Cette petite région de la taille d’une noisette est impliquée dans d’importantes fonctions physiologiques, telles que le sommeil, les sensations de faim et de soif, le sommeil, ou encore la régulation de la température corporelle. Lors de la rencontre, c’est l’hypothalamus qui envoie aux glandes surrénales le signal de production de noradrénaline et d’adrénaline. Et donc, qui nous stresse, tant le cerveau est pressé que ça marche !

L’amour passionnel

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La libération de dopamine commande le comportement de désir et freine, en partie, le cerveau du jugement. Conséquence : le premier soir, on est fou amoureux et l’autre ne possède aucun défaut. C’est fait, l’amour est bien monté à la tête ! C’est le moment de foncer, et pas le moment de regarder les petits défauts du partenaire. Après la rencontre survient donc, avec une intensité variable, une phase d’amour passionnel.

Ce comportement, qui frôle parfois l’obsession, active le circuit cérébral du désir, ce qui se manifeste par des conduites souvent compulsives : on ne cesse d’appeler son ou sa partenaire, on est impatient, bref le désir est à son maximum.

Toutefois, très vite, cette phase s’estompe, car la relation amoureuse permet l’arrivée de la récompense : le plaisir partagé. Celui-ci peut se conjuguer de différentes manières, baiser, étreinte, rencontre empathique, relation sexuelle… Le cerveau active alors un circuit baptisé «? désir-plaisir ?», dont les mécanismes sont maintenant parfaitement connus des psychologues et des neurobiologistes.

Le sexe, et l’apaisement

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Si la relation déclenche une relation sexuelle, celle-ci met en jeu un cocktail chimique : testostérone et dopamine se conjuguent, chez les deux partenaires, pour déclencher l’acte sexuel. La mécanique de l’acte n’est commandée que par quelques neurones situés dans l’hypothalamus, encore lui. D’où le surnom que lui donnent parfois les neurobiologistes : «? la cave aux plaisirs » ! Mais que se passe-t-il lors de l’orgasme ? Le lobe de l’insula, situé près du cerveau des émotions, un carrefour de l’intégration de multiples informations sensorielles, se met à activer fortement tout un réseau de neurones. On assiste alors à un véritable orage électrique : l’extase érotique.

Une fois le couple formé, une intimité s’établit et le cerveau active les circuits du plaisir. Il inhibe toute réaction de stress, et favorise une relation calme, apaisée, mais encore mêlée de désir. Le principal messager chimique déclencheur est l’ocytocine, véritable hormone de l’intimité. Elle supprime le stress, et active à son tour des hormones libérées par différentes régions du cerveau pour percevoir le plaisir : les endorphines (littéralement des «? morphines endogènes ?»), l’anandamide et la sérotonine.

L’anandamide est particulière, car c’est une substance naturelle du cerveau dont le cannabis mime les effets. Elle supprime la mémorisation des faits déplaisants et procure un sentiment d’extase et de plaisir.

La passion amoureuse n’est pas encore complètement expliquée par les neurobiologistes. Elle repose sur un subtil équilibre entre de nombreuses molécules, dont les récepteurs ne fonctionnent pas exactement de la même façon chez les uns et les autres. Nous sommes donc tous inégaux par rapport à la perception des comportements qu’elle induit, leurs effets, leur déroulé, leur efficacité, leur durée…

Quoi qu’il en soit, à la passion, qui s’épuise après quelques années, succède un comportement de confiance, d’empathie et de relation longue : c’est l’amour des couples qui dure. Confiance et empathie, qui alternent avec la tendresse, stimulent et maintiennent une libération régulière d’ocytocine, véritable messager cérébral de l’attachement. Ses effets positifs, qui réduisent le stress, stimulent la communication et l’empathie, participent à la perception d’un ressenti de bonheur.

Alors vive l’amour, à consommer sans modération !

The Conversation

Bernard Sablonnière, neurobiologiste, professeur des universités - praticien hospitalier, faculté de médecine, université de Lille.

► Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.


publié le : 25/04/2019 , mis à jour le 24/04/2019
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