Le trouble bipolaire : définition, symptômes et traitement

Dernière mise à jour: octobre 2015
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Le trouble bipolaire : définition, symptômes et traitement

dossier Le trouble bipolaire (ou psychose maniaco-dépressive) affecterait environ 1 à 2% de la population. Les premiers symptômes apparaissent généralement à un âge jeune (entre 16 et 25 ans). Comment se manifeste ce trouble de l'humeur, quelles en sont les causes et comment le soigne-t-on ?

Le trouble bipolaire concerne aussi bien les hommes que les femmes. Les répercussions sur l'existence quotidienne des patients comme de leurs proches peuvent être extrêmement perturbantes en raison des fluctuations constantes de l'humeur. Le trouble peut cependant être pris en charge assez efficacement par des médicaments, par une psychothérapie, ou par une combinaison des deux approches.

De quoi s'agit-il ?

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Le trouble bipolaire se caractérise par des dérèglements excessifs de l’humeur, avec une alternance de phases maniaques (exaltation, excitation, euphorie...) et de phases dépressives, entrecoupées par des périodes de stabilité (euthymie ou normothymie).

La fréquence, l'intensité et la durée des épisodes varient d'une personne à l'autre. Le stress peut être un facteur déclenchant de l'une ou l'autre phase, mais elles peuvent survenir sans raison apparente. Les épisodes peuvent être mixtes, marqués à la fois par des symptômes de manie et de dépression (excitation et tristesse ressenties en même temps).

Lorsque les fluctuations de l'humeur surviennent à intervalles rapprochés, on parle de trouble bipolaire à cycles rapides. Cela concerne 15 à 20% des patients.

La phase maniaque

• estime de soi augmentée ou idées de grandeur
• énergie débordante et bonheur intense ou irritabilité excessive
• réduction du besoin de sommeil
• débit de la parole accéléré ou besoin de parler sans arrêt
• pensées rapides ou sensation d'un trop-plein d'idées
• incapacité à fixer son attention
• suractivité sociale, professionnelle ou scolaire
• agitation, augmentation de l'énergie
• recherche excessive et risquée de plaisirs : achats, sexualité, investissements financiers...
• idées délirantes et hallucinations possibles

Cet épisode dure au minimum une semaine, altère de manière significative le fonctionnement quotidien, et peut conduire à l'hospitalisation.

La phase hypomaniaque

Contrairement à la manie, cette phase - qui dure en général quelques jours - n'a pas de répercussions négatives sur la vie quotidienne : au contraire, la personne se sent bien mieux que d'habitude, plus efficace, plus fonctionnelle. Elle ressent plus d'énergie, une meilleure concentration, une plus grande sociabilité. Les idées s’accélèrent, la fatigue est moins ressentie, la libido est augmentée, la créativité est renforcée...

La phase dépressive

Elle dure au moins deux semaines.

• tristesse
• perte d'énergie et fatigue
• perte de l'intérêt et du plaisir
• troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie)
• troubles de l'appétit (avec perte ou gain de poids)
• agitation ou ralentissement de l'activité
• baisse de concentration, indécision
• sentiment de culpabilité
• repli sur soi, retrait social
• réactions agressives
• pensées morbides, suicidaires

La phase mixte

Elle mêle simultanément des symptômes associés à la manie et d'autres liés à la phase dépressive.

La classification

Il existe plusieurs classifications du trouble bipolaire. La plus commune repose sur trois types.

Le trouble bipolaire de type 1 : alternance d'épisodes maniaques ou mixtes et de phases dépressives d'intensité variable. L'épisode maniaque prime.

Le trouble bipolaire de type 2 : épisodes hypomaniaques et épisodes dépressifs majeurs. Le trouble dépressif est au premier plan.

Le trouble bipolaire de type 3 : soit épisodes maniaques ou hypomaniaques induits par des traitements antidépresseurs, soit épisodes dépressifs (forme unipolaire) associés à des antécédents familiaux de trouble bipolaire.

La cyclothymie : il s'agit d'une forme atténuée du trouble bipolaire caractérisée par une humeur fluctuante, une alternance de phases d’hypomanie et de phases de dépression.

Le trouble bipolaire peut s’accompagner d’autres difficultés d'ordre psychiatrique (trouble anxieux, désordre alimentaire...), d'addictions (alcoolisme, toxicomanie...), alors qu'il expose à un risque important de suicide.

Les causes

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L'origine du trouble bipolaire est dite multifactorielle, et englobe des facteurs biologiques, génétiques et psychosociaux.

Les facteurs biologiques concernent des anomalies de la structure cérébrale, qui ne causeraient pas la maladie mais fragiliseraient la personne face à certains facteurs de risque, ainsi que la perturbation du fonctionnement de neurotransmetteurs comme la noradrénaline, la dopamine et la sérotonine. Certains médicaments peuvent aussi être des facteurs déclenchant d’accès dépressifs ou maniaques.

La vulnérabilité génétique a pu être démontrée par des études réalisées dans les familles de patients bipolaires et sur des jumeaux. Ainsi, le risque de développer la maladie est multiplié par dix lorsqu'un parent au premier degré est atteint. Plusieurs gènes interviennent.

Les éléments psychosociaux renvoient à la fois aux aspects psychologiques et aux facteurs environnementaux. L’explication psychologique essaie de comprendre la manière dont la personnalité de l’individu s’est construite et comment le trouble bipolaire pourrait être lié à des traumatismes psychiques plus ou moins précoces. Les facteurs environnementaux se rapportent aux événements de l’existence. Les personnes souffrant de trouble bipolaire seraient particulièrement vulnérables aux événements traumatiques, douloureux et stressants (divorce, décès, perte d’emploi, déménagement…) et plus sensibles aussi, ce qui peut paraître paradoxal, aux événements heureux (naissance, mariage…).

Le diagnostic

Il peut s’écouler plusieurs années avant que le trouble bipolaire soit diagnostiqué. Ceci s'explique par la conjonction de plusieurs éléments. Ainsi, les premiers symptômes passent souvent inaperçus, en ce sens qu'ils ne sont pas clairement marqués. Ensuite, parce qu'il est nécessaire que plusieurs phases aient alterné. En outre, les patients recherchent surtout de l'aide lorsqu'ils sont déprimés, puisque la phase (hypo)maniaque est plutôt ressentie de manière positive. Enfin, le trouble bipolaire est parfois difficile à dissocier d’autres troubles, comme la dépression ou la schizophrénie.

Il n'existe pas d'examen (scanner cérébral...) ou d'analyse (prise de sang...) permettant d'établir le diagnostic de trouble bipolaire. Le médecin peut cependant recourir à des tests destinés à écarter d'autres causes possibles de symptômes semblables à ceux du trouble bipolaire : problème d'alcool ou de toxicomanie, trouble de la thyroïde, tumeur au cerveau...

Le diagnostic repose sur une évaluation des symptômes, leur progression, l'existence d'antécédents familiaux... Le psychiatre dispose aussi de questionnaires qui lui permettent d'affiner son diagnostic.

Les traitements

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Il n'existe pas de traitement curatif du trouble bipolaire, mais la maladie peut être assez bien contrôlée par les médicaments et/ou la psychothérapie. Le suivi scrupuleux du traitement est extrêmement important. S'il n'est pas traité, le trouble bipolaire peut s'aggraver au fil du temps, en fréquence et en intensité.

La psychothérapie

Elle soulage les patients par le dialogue et l'extériorisation des sentiments. Elle permet aussi d'identifier des éléments déclencheurs, de modifier les habitudes et les comportements négatifs, d’apprendre à gérer son stress et d’adopter un mode de vie plus sain. La psychothérapie peut être individuelle, collective ou familiale.

La thérapie cognitivo-comportementale aide la personne à mieux comprendre les schémas de pensées négatives à l’origine de sa détresse. L’accent est mis sur la reconnaissance précoce d’un épisode de trouble bipolaire et sur la manière de réagir efficacement à ces symptômes naissants, notamment par le biais de l’introspection et de techniques d’autorégulation. L’objectif est de parvenir à remplacer les idées négatives et les comportements inadaptés par des pensées et des réactions en adéquation avec la réalité.

La thérapie interpersonnelle repose sur le postulat que les troubles psychiatriques surviennent dans un contexte social et interpersonnel particulier. L’objectif consiste à amener le patient à comprendre de quelle façon la variation et l’intensité de ses symptômes sont reliés à ce qui se passe dans sa vie et à trouver des moyens de résoudre ses difficultés relationnelles pour retrouver des sensations de bien-être et éviter les récidives. Cette thérapie se déroule généralement en quatre phases échelonnées sur plusieurs mois.

La thérapie familiale repose sur l’hypothèse qu’un environnement hostile peut influencer négativement le cours du trouble bipolaire. Une attitude trop critique ou une préoccupation exagérée des proches d’un patient est ainsi susceptible d’augmenter le risque de récidive. Le traitement comprend de la psycho-éducation, de la formation à la communication et à la résolution de problèmes. L’accent est mis sur l’écoute et l’adoption d’attitudes positives. Lors des diverses consultations, des instructions précises sont données aux membres de la famille et il est demandé à chacun de respecter le rôle qui lui a été imparti.

Les médicaments

Les médicaments sont un élément nécessaire dans la lutte contre le trouble bipolaire. Le traitement se compose de deux volets : le traitement aigu - lors des épisodes de dérèglement de l’humeur - et le traitement préventif. Celui-ci doit être poursuivi à vie, afin de limiter les risques de récidive.

Le groupe le plus important de médicaments est celui des stabilisateurs de l’humeur, aussi appelés « prophylactiques de phase », car ils peuvent atténuer ou éviter les phases maniaques ou dépressives.

Le lithium est souvent le premier choix pour traiter un accès aigu de manie ou de dépression, mais le médecin peut aussi prescrire de la carbamazépine, de l’acide valproïque ou de la lamotrigine.

On dispose aussi des antipsychotiques (manie) et des antidépresseurs (ISRS - inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine - et ATC, antidépresseurs tricycliques), mais toujours en combinaison avec d’autres médicaments.

Le type de médicament prescrit dépendra évidemment du type de trouble bipolaire, de l’âge du patient, ainsi que de la fréquence des épisodes. Chaque traitement est personnalisé et devra être suivi scrupuleusement.

La balance risques - bénéfices de ces médicaments est délicate : le dosage optimal doit être finement évalué et les effets indésirables possibles (reins, foie, thyroïde...) sont à considérer avec attention.

L’électroconvulsivothérapie (ECT)

Elle est envisageable dans les formes sévères résistantes aux médicaments et à la psychothérapie. Le traitement par électrochocs consiste à délivrer, sous anesthésie générale, un courant électrique d'intensité variable. Le nombre de séances varie entre 6 et 12, au rythme de 2 ou 3 par semaine. Sans que le mécanisme soit parfaitement connu, l’ECT permet d'améliorer certaines pathologies psychiatriques comme la dépression mélancolique, l'état maniaque ou encore le délire paranoïaque. Elle a en tout cas permis d’obtenir des résultats probants dans une proportion importante de cas.

Les autres traitements

La luminothérapie peut être indiquée lors d’un trouble bipolaire avec un modèle saisonnier, comme une dépression hivernale.

La privation du sommeil peut s’avérer brièvement efficace dans le cas d’une dépression, mais elle peut également provoquer la manie.

Les préparations à base de plantes sont parfois utilisées pour combattre la dépression, mais il existe peu de données attestant de leur efficacité. On attribue ainsi au millepertuis une action antidépressive, mais il n’a jamais été testé contre le trouble bipolaire.

Les oméga-3, que l’on trouve notamment en grandes quantités dans les poissons gras et leurs huiles, auraient un effet bénéfique limité sur le cours d’un épisode dépressif.

Les conseils

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• Instaurer un rythme de vie régulier. Se lever à heure fixe, manger trois repas par jour et ne pas aller se coucher trop tard. Respecter ses heures de sommeil.

• Eviter les situations qui génèrent du stress et entraînent du surmenage. Adapter si besoin - et si possible - son rythme de travail.

• Limiter sa consommation d’alcool.

• Apprendre à détecter les éléments déclencheurs et les signaux d’alerte ainsi que la manière de réagir lorsqu’ils se présentent. Pour y aider, on peut tenir un journal de bord reprenant les événements, les activités..., et leur influence sur l'humeur, ce qui aidera à identifier les situations à risque.

• Demander de l’aide à temps si l'on craint que les choses tournent mal.

• Evoquer ouvertement son problème avec son entourage, qui enverra rapidement un signal d'alarme lorsqu’un épisode maniaco-dépressif semble s'annoncer.

• Participer à des groupes de parole avec d'autres patients, afin de confronter les expériences.

Les personnes souffrant de trouble bipolaire courent plus de risques de connaître d’autres soucis de santé : migraine, maladie cardiovasculaire, diabète, obésité... L’explication de cette association n’est pas très claire, mais ce qui est sûr, c'est qu'au-delà du traitement, il est important de respecter un mode de vie aussi sain que possible, reposant sur une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et un suivi de ses paramètres de santé.

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