L'instinct de nidification: tout ranger et nettoyer avant d'accoucher

123-schoonmakprod-hyg-05-17.jpg

© Getty

dossier

Vous accouchez dans quelques jours/semaines, et vous ressentez le besoin irrépressible de nettoyer, balayer, astiquer, ranger? C'est normal. Ou en tout cas, tout à fait explicable... bien qu'il faille relativiser le côté naturaliste du phénomène. Ça s'appelle le syndrome de nidification, ou nesting: le besoin de faire son nid avant le jour J.

Voilà un phénomène étrange, digne d'un documentaire animalier. À quelques jours de votre accouchement, vous êtes obsédée par le ménage, le rangement, la chambre de bébé qui doit être parfaitement prête avant que vous ne partiez pour la maternité. Et si être une fée de logis frénétique n'est pas dans vos habitudes, cette lubie toute nouvelle a de quoi dérouter, surtout si vous vous retrouvez en train de laver les rideaux du salon ou de récurer les joints des meubles de la cuisine et que donc, a priori, ça n'a pas grand chose à voir avec bébé.

Le syndrome de nidification: de la préparation de la chambre de bébé au choix de la maternité

Selon une étude canadienne publiée en 2013 dans le magazine Evolution & Human behaviour, « Ce besoin que l’on appelle la « nidification » n’est absolument pas irrationnel: c’est le résultat d’un mécanisme instinctif qui nous pousse à protéger le bébé qui va arriver » explique le Dr Marla Anderson de l’Université Mc Master, au Canada, diplômée du département de psychologie, neuroscience et comportement. En d'autres termes, la "femelle humaine", comme n'importe quel mammifère, préparerait son nid pour l'arriver de son petit.

"Des articles dans la presse populaire affirment que les femmes ressentent des pulsions de "nidification", sous la forme de comportements de nettoyage et d'organisation. Les données anthropologiques suggèrent que le contrôle de l'environnement est une caractéristique clé de la préparation à l'accouchement chez les humains, y compris les décisions concernant le lieu de l'accouchement et les personnes qui seront les bienvenues dans l'environnement de l'accouchement", explique le résumé de l'étude.

Le tri dans les relations

Car ce comportement fréquemment observé en fin de grossesse ne se limite pas aux aspects matériels et pratiques. Selon les chercheurs qui ont participé à l'étude, il n'est pas rare qu'en fin de grossesse, les femmes deviennent plus sélectives dans leurs relations, et fassent du tri pas seulement dans leurs placards. Exit la copine toxique.

Selon Marla Anderson, l'activité de nidification n'est donc pas une activité frivole: "Elle nous relie à notre passé ancestral. Le fait de fournir un environnement sûr contribue à favoriser la création de liens et l'attachement entre la mère et le nourrisson", explique-t-elle dans un article de Science Daily. "Nous avons constaté qu'elle atteint un pic au cours du troisième trimestre, à l'approche de la naissance du bébé, et qu'il s'agit d'une tâche importante qui a probablement le même objectif chez les femmes que chez les autres animaux."

Et il est vrai que, du choix du lieu d'accouchement à cette pulsion de tout cleaner, en passant par le tri dans les relations, une femme qui fait l'expérience de ce nesting a vite fait de comprendre que, dans sa frénésie de rangement/tri/nettoyage, se joue bien des choses, au-delà d'un simple besoin que tout soit propre pour son enfant.

Instinct biologique ou influence des stéréotypes de genre?

Malgré ce ressenti très primaire, pour ne pas dire primitif, de la part des femmes enceintes, et malgré les travaux d'Anderson, certains chercheurs remettent en cause l'existence réelle d'un instinct biologique. Ce comportement ne serait-il pas l'expression d'une autre façon de sexuer les tâches ménagères? C'est la question que pose Arianne Shahvisi, Docteure en philosophie de la physique dans un article du Women's Studies International Forum, qui relativise les conclusions de l'étude de Marla Anderson. Dans un article pour la revue Psyche, elle explique: "(...) il n'y a aucune preuve d'une nidification biologiquement obligatoire chez les humains. Au cours de mes recherches, je n'ai trouvé qu'une seule étude suggérant que les femmes sont plus enclines à nettoyer et à ranger pendant le troisième trimestre de la grossesse. Mais les résultats de cette étude sont basés sur un questionnaire qui demande aux femmes de déclarer elles-mêmes leur comportement, et ses conclusions sont donc susceptibles d'être entachées par les préjugés internes des femmes."

Et la chercheuse va même plus loin, selon elle, "biologiser" les rituels liés à la vie domestique poserait un vrai problème en termes de réflexion sur le genre, en confirmant l'idée que faire le ménage, c'est dans nos gènes, en quelque sorte. "Si les tâches ménagères sont déterminées par les hormones, alors il n'est pas sexiste que les femmes en fassent la plus grande partie: nous pouvons nous réfugier dans le mythe que la nature nous a faits ainsi." Conclut-elle.

Marla Anderson avait, quelque part, elle-même relativisé ses travaux, en expliquant qu'elle devait poursuivre ses recherches aux femmes en cours d'adoption ainsi qu'aux futurs papas. Alors, le syndrome de nidification, mythe ou réalité?

Témoignage

Juliette, maman de deux enfants, raconte: "Les deux dernières semaines avant l'accouchement de mon premier enfant, et alors que j'avais un ventre énorme qui me permettait de reléguer la corvée poubelles entièrement à mon compagnon, j'ai ressenti un très fort besoin que tout soit parfaitement nickel dans l'appartement, avant mon départ pour la maternité. C'était littéralement incontrôlé, presque vital! Moi qui, pourtant, suis loin d'être maniaque. Une maison propre et rangée me rassurait. Je me disais "ok, c'est bon, je suis prête". Impossible de laisser une vaisselle sale dans l'évier ou une tâche de café sur la table. Si je n'avais pas été enceinte j'aurais pu penser que je commençais à avoir des TOC! Dix jours avant d'accoucher j'ai décidé de couper les ponts avec une amie proche mais toxique. Comme ça, du jour au lendemain, alors que je n'avais jamais arrêté une amitié. C'était, là aussi, presque vital, je sentais que je n'avais plus de place pour elle dans ma vie, et l'idée qu'elle puisse être chez moi les jours précédant mon accouchement ou venir me rendre visite à la maternité me terrifiait littéralement. Alors j'ai rompu tout contact et ne l'ai jamais regretté."

auteur : Amélie Micoud - journaliste santé

Dernière mise à jour: février 2024
Vous voulez recevoir nos articles dans votre boîte e-mail ?

Inscrivez-vous ici à notre newsletter.

vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez
Nous traitons vos données personnelles conformément à la politique de confidentialité de Roularta Media Group NV.
volgopfacebook

volgopinstagram