Covid et fermeture des centres PMA: la double peine des patients

dossier Après un premier confinement qui avait stoppé net bien des parcours de procréation médicalement assistée, la menace d'une nouvelle mise à l'arrêt des centres PMA sonne, pour bien des patients, la fin de tous leurs espoirs. Entre tristesse et impuissance, certaines de ces femmes qui attendent de devenir mère depuis des années parfois, nous ont confié leur désarroi. "Je suis en colère, déprimée, incomprise, impuissante. Je pense parfois abandonner, ou bien j’ai des idées noires qui vont très loin... Personne ne peut comprendre notre souffrance et je trouve scandaleux que nous ne soyons pas considérés comme un cas urgent, car c'est bien toute notre vie qui dépend du covid actuellement. C’est un baby-boom pour plein de gens, ces confinements, mais vraiment pas pour nous. Nous sommes tellement tristes... " Lina, 32 ans, et son mari, 35 ans, ne peuvent devenir parents sans une aide médicale. Alors après plusieurs années d'examens, de rendez-vous, de diagnostics, et surtout après un premier confinement qui avait déjà mis à rude épreuve leur projet d'enfant, une fermeture des centres, pour Lina, est un véritable coup de massue. "Je le vis comme une négligence totale vis à vis de nous, personnes qui devons subir la PMA." Ajoute-t-elle.

Un service non vital

Victimes collatérales de la crise sanitaire du coronavirus, les soins des patients en PMA sont considérés comme non vitaux. Les couples et femmes célibataires engagés dans un parcours de procréation médicalement assistée s'étaient déjà vus, pour la majorité d'entre eux, en pause forcée lors du premier confinement. Traitements stoppés net, et espoirs d'avoir un enfant envolés. Pour les femmes dont l'âge limite de prise en charge du traitement par les caisses de sécurité sociale et mutuelle, 43 ans, approche dangereusement, l'arrêt des activités des centres de PMA sonne parfois le glas de leur projet bébé. C'est ce que craint Jasmin: "Je vais avoir 42 ans en février, donc les mois sont bien comptés pour moi". Jessica, de son côté, espère que, justement, ses 42 ans lui permettront d'être prioritaire. C'est, en tout cas, ce que lui a dit la secrétaire de l'hôpital Érasme, à Bruxelles. "Mais elle me dit qu'ils sont dans l'incertitude également, ils ne savent pas ce que la direction va décider dans deux semaines. C'est vraiment la catastrophe".

La PMA, un combat contre la montre

Le pire, c'est de penser que cette crise puisse durer. Des mois, un an, deux ans... Jusqu'à quand? Certaines femmes souffleront leur 43e bougie dans quelques mois, l'année prochaine, dans deux ans. Et l'âge limite n'est pas qu'administratif, sur le plan physiologique, le temps qui passe est l'ennemi numéro 1 de la fertilité. La procréation médicalement assistée est un coup de pouce, mais elle ne permet pas, hélas, d'améliorer une réserve ovarienne de mauvaise qualité ou d'empêcher la détérioration du sperme. En gros, elle ne rajeunit pas les individus, hommes et femmes. Et puis il y a le facteur psychologique. Le temps est déjà une constante omniprésente lorsque vous êtes engagés dans une aide médicale à la procréation, avec une longue suite d'échéances. Attendre un rendez-vous, des résultats, un autre rendez-vous, un examen, des résultats, une intervention, des résultats... Les délais sont parfois longs, l'attente douloureuse, les échecs encore plus. Le tout avec des traitements hormonaux souvent lourds, non sans conséquences sur la santé et le moral. Tout ça pèse sur l'individu et sur le couple.

Vies suspendues

La pandémie est une double peine pour ces personnes dont on ne peut imaginer la souffrance sans l'avoir vécue. Non seulement elles n'arrivent pas à avoir d'enfant et doivent passer par la case PMA - qui est, on le redit, tout sauf un parcours de santé - mais en plus, toute leur vie est mise en suspens, dépendante de l'évolution de la crise sanitaire et des décisions prises par les instances de santé. Sur cet aspect, chaque structure prend ses propres mesures, en adéquation avec les recommandations nationales, bien entendu.
"Elle m'a juste dit de suivre l'évolution dans les médias et de téléphoner tous les mois pour voir..."
Alors certains des patients se sont déjà vus annoncer un arrêt de leur suivi, quand, pour d'autres, il n'en n'est pas encore question. "J'ai voulu récupérer mon traitement au Grand Hôpital de Charleroi mais ils m'ont dit que ça ne valait pas la peine que j'aille le chercher car les ponctions sont suspendues. Les médecins et blocs opératoires sont réquisitionnés jusqu'à mi-janvier, d'après l'infirmière. Elle m'a juste dit de suivre l'évolution dans les médias et de téléphoner tous les mois, pour voir..." Raconte Victoria, 41 ans, qui voit ses espoirs de devenir maman se réduire à cause de tout ce précieux temps perdu, qu'on ne rattrape jamais.

De l'importance des échéances

Mais difficile d'avoir une info claire pour bien des patients, dont le gynécologue de référence n'est, lui-même, pas forcément plus avancé. Certains centres annoncent à leurs patientes une reprise en janvier, d'autres en mars... Comme à peu près tout le monde en ces temps d'incertitude face à un virus pas prêt de vouloir partir, aucun centre n'est, en tout cas, en mesure d'annoncer une date ferme de reprise. Or, dans le parcours du combattant de la PMA, les dates de rendez-vous sont précieusement notées et entourées sur le calendrier. Elles permettent de se projeter et sont une lumière au bout du tunnel quand les échecs et difficultés surviennent. Alors, forcément, l'inquiétude est grande chez les femmes et couples qui arrivent en bout de course, parfois après des années d'essais infructueux. Et les quarantenaires ne sont pas les seules concernées. Bien des femmes plus jeunes connaissent cette angoisse de voir leur projet d'enfant diminuer à mesure que le temps passe. C'est le cas de Lucie, 28 ans: "J’ai déjà perdu deux filles, la deuxième en février 2019. Cette nouvelle grossesse, nous l’attendons impatiemment surtout que j’ai un cancer qui peut récidiver à tout moment et qui marquerait la fin de nos espoirs (ablation de l’utérus en cas de récidive). De plus, j'ai subi une intervention chirurgicale pour mon endométriose le 5 octobre dernier. Les premiers mois sont les meilleurs niveau fertilité, et je ne pourrai même pas bénéficier de ce bienfait alors que je me suis faite opérer dans ce but-là! Au CHU Ambroise Paré, à Mons, notre gynécologue nous a confirmé que les FIV étaient suspendues (avec une supposition d'arrêt jusqu'en mars!). Je vivais déjà mal mon deuil, et avec cet espoir qu’on me réduit, c’est encore plus difficile. Ça fait 4 ans que nous espérons agrandir la famille."

Covid +

Enfin, il y a celles et ceux qui sont touchés par le coronavirus au moment du traitement. Céline, 39 ans, en PMA depuis deux ans à Libramont, a été testée positive avec son compagnon alors qu'ils n'avaient aucun symptôme. Son centre vient de la contacter pour lui dire de stopper la prise de progestérone, le transfert d'embryon prévu ne pouvant évidemment se faire car elle est Covid +. "Je suis anéantie. Le gynéco m'a fait savoir qu'ils avaient déjà suspendu les protocoles FIV, qu'ils terminaient les TEC (transfert d'embryons congelés) et IAD (insémination artificielle avec donneur) des patientes en cours de traitement, mais qu'ils allaient stopper cela aussi. Du coup me voilà à nouveau sans rien. Mes quatre embryons sont au congélateur et moi je n'ai rien en moi. Je suis vide, malheureuse, je vais avoir 40 ans en 2021 et cela fera trois ans que nous nous sommes lancés. Le Covid nous pourrit la vie quotidienne mais en plus nous bloque dans notre projet." Souhaitons que ce cauchemar se termine vite pour tous ces hommes et ces femmes pour lesquelles, bien entendu, la PMA est vitale.
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auteur : Amélie Micoud - journaliste santé

Dernière mise à jour: juillet 2022
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