Cancer de l’ovaire : des symptômes vagues et un diagnostic tardif

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Chaque année, plus de 800 femmes sont diagnostiquées avec un cancer de l’ovaire en Belgique. Après le cancer de l’utérus, c’est la tumeur gynécologique la plus fréquente. Au premier stade, le cancer se limite aux ovaires et se manifeste par de très vagues symptômes. Le diagnostic tombe plus tard lorsque le cancer s’est déjà métastasé dans l’abdomen. La maladie est alors beaucoup plus difficile à traiter. Le cancer de l’ovaire coûte la vie à 600 femmes chaque année dans notre pays.

« Paradoxalement, les cancers qui peuvent être facilement dépistés, comme le cancer du sein ou le cancer du côlon, bénéficient d’une plus grande attention que les cancers pour lesquels il n’existe pas de dépistage systématique. Le cancer de l’ovaire fait partie de cette dernière catégorie », relate le Pr Dr Toon Van Gorp, responsable du département d’oncologie gynécologique à l’UZ Leuven. 

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Le cancer de l’ovaire : « un tueur silencieux »

Le Dr Van Gorp explique : « Les ovaires et les trompes de Fallope sont situés trop haut dans l’abdomen pour que l'on puisse détecter un cancer à un stade précoce. Nous devons donc nous fier aux symptômes de nos patientes. Et c'est précisément là que le bât blesse, car les symptômes du cancer de l’ovaire sont vagues et orientent les recherches vers d’autres organes. La femme tarde donc à consulter son médecin traitant ou un spécialiste. Et lorsqu’elle s’y résout, il faut souvent attendre 6 à 12 mois avant qu’une échographie ou un scanner permette de poser le bon diagnostic. Trois cancers des ovaires sur quatre sont donc dépistés à un stade avancé. C’est ce qui lui vaut son surnom de tueur silencieux ».

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Quels sont les symptômes du cancer de l’ovaire ?

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© Getty Images

Selon le Dr Van Gorp, s'il y a des symptômes à observer, ce sont les suivants : « des symptômes abdominaux diffus, comme des ballonnements ou un gonflement de l’abdomen, une douleur vague qui ne passe pas, l’impression d’être rapidement rassasiée et/ou une perte d’appétit, un besoin d’uriner plus urgent et/ou plus fréquent que d’habitude. Ces symptômes surviennent toutefois à un stade avancé, ce qui retarde le diagnostic ».

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Un kyste ovarien peut-il évoluer en cancer ? 

Un kyste est une poche de liquide qui se forme dans un ovaire. Il passe généralement inaperçu, à moins qu'il ne grossisse. Dans ce cas, il provoque des maux de ventre ou une pression du bas-ventre. Les relations sexuelles peuvent parfois devenir douloureuses.

Le kyste est habituellement inoffensif. Il évolue rarement en cancer mais il faut le surveiller s’il y a des antécédents familiaux de cancer de l’ovaire. Si l’échographie révèle que le kyste est cancéreux, on procède à une intervention chirurgicale.

Quels sont les différents types de cancer de l’ovaire ?

Il existe différents types de cancer de l’ovaire, qu’on distingue en fonction des cellules dans lesquelles il se développe :

  1. Carcinome épithélial de l'ovaire ou carcinome séreux : quatre patientes sur cinq présentent cette forme de cancer ovarien. La tumeur se développe dans les cellules externes de l’ovaire et/ou des trompes.
  2. Tumeur du stroma de l’ovaire : le carcinome prend naissance dans le stroma, la couche tissulaire qui produit les hormones.
  3. Tumeur germinale : le cancer se développe dans les cellules germinales (les cellules qui produisent les ovules) sont à l’origine de ce cancer. 

Le cancer de l’ovaire est-il héréditaire ?

Le Dr Van Gorp : « 15 à 20% des patientes présentent une anomalie héréditaire, soit une mutation du gène BRCA. Ces femmes courent un risque élevé de développer un cancer de l’ovaire. Nous leur conseillons d’ailleurs de procéder à l’ablation préventive des ovaires et des trompes de Fallope. Puisqu’une détection précoce est impossible, nous devons anticiper la formation du cancer ».

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Comment soigne-t-on le cancer de l’ovaire ?

A un stade précoce du cancer de l’ovaire, en l’absence de métastase, l’ablation peut suffire. Plus tard, du stade 2 au stade 4, la tumeur s’est propagée dans l’abdomen ou même à d’autres endroits du corps. On combine alors intervention chirurgicale et chimiothérapie, éventuellement complétées par une radiothérapie.

La chimiothérapie peut être administrée avant l’opération pour réduire la taille du carcinome ou après celle-ci, pour accroître les chances de rémission. A un stade très avancé, la chimiothérapie permet d’alléger les symptômes. Il s’agit alors de chimiothérapie palliative.

On a heureusement réalisé des progrès considérables dans le traitement du cancer de l’ovaire, précise le Dr Van Gorp. « Les nouvelles avancées ne concernent pas l’immunothérapie – malheureusement, celle-ci n’est pas aussi efficace dans le traitement du cancer de l’ovaire que d’autres formes – mais depuis peu, nous disposons des inhibiteurs de PARP. Ce sont des comprimés qui retardent ou même préviennent les rechutes dans la moitié des cas. Notre département a mis au point un nouveau test capable de prédire l’efficacité de ces médicaments. On l’appelle le test HRD ».

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Quelles sont les chances de survie en cas de cancer de l’ovaire ?

Le pronostic vital dépend notamment du stade auquel le cancer de l’ovaire est dépisté, de l’âge et de l’état général de la patiente. La rapidité avec laquelle on procède à l’ablation de la tumeur joue également un rôle important.

87% des personnes dépistées au stade 1 sont toujours en vie après cinq ans, contre 68% au stade 2. Le pronostic vital sur cinq ans n’est plus que de 28% au stade 3 et de 14% au stade 4.

Contrairement à nos pays voisins (France, Pays-Bas, Royaume-Uni, Scandinavie, etc.), la Belgique n’a pas encore mis en place de prise en charge centralisée du traitement du cancer ovarien. Le Dr Van Gorp nous explique : « 100 hôpitaux soignent le cancer de l’ovaire en Belgique. A titre de comparaison, ils ne sont qu’une dizaine aux Pays-Bas. Or, cela a un énorme impact sur les chances de survie. Une étude du Belgian Health Care Knowledge Centre (KCE) a démontré que les personnes traitées dans des hôpitaux confrontés à un grand nombre de patientes vivaient en moyenne deux ans et demi de plus que celles soignées dans des établissements moins expérimentés. Une centralisation des soins nous permettrait aussi d’améliorer l’encadrement de nos patientes : suivi du traitement, psychologues, kinésithérapeutes, AYA (Adolescents & Young Adults qui soutiennent les patients souffrant de cancer), etc. Cela constituerait une avancée considérable ».

Témoignage : Linda a eu un cancer de l’ovaire


« J’ai été en proie à une série de symptômes très vagues début 2014 - quelques pertes de sang et d’urine, un léger mal de ventre - qui m’ont incitée à multiplier les consultations gynécologiques. A ma demande expresse, on m’a toujours confirmé qu’il ne s’agissait pas d’un cancer. Toutefois, en octobre 2014, j’ai subi une ablation de l’utérus car mes symptômes ne disparaissaient pas. Malheureusement, mon pire cauchemar s’est concrétisé : durant l’opération, le médecin a constaté une grave anomalie. Un cancer de l’ovaire au stade 3c ». Linda a subi plusieurs traitements de chimiothérapie mais elle lutte toujours contre le cancer aujourd’hui. « Jamais je n’aurais espéré être encore en vie huit ans après le diagnostic. Je me rends compte que les options thérapeutiques s'épuisent progressivement, mais je dois à ma belle famille de continuer à espérer et à me battre. » Un examen génétique a révélé que Linda était porteuse du gène BRCA1. « Mes trois enfants ont donc également été testés. Mes deux filles ne sont pas porteuses mais mon fils bien. S’il souhaite des enfants, il devra avoir recours à la fécondation in vitro, afin de ne transférer que les embryons sains »

Sources :
https://www.kanker.be
https://www.kanker.nl
https://www.uzleuven.be
https://esperanza-lotgenotengroep.be


auteur : Sofie Van Rossom - journaliste santé

Dernière mise à jour: mai 2023
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