10 questions sur la dépression

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La dépression est l’une des maladies les plus fréquentes. En Belgique, les derniers chiffrent sont en hausse. En 2023, près de deux personnes sur dix seraient victimes de dépression. Voici 10 questions pour comprendre la dépression.

1. Tout le monde peut-il un jour souffrir de dépression ?

Personne n’est à l’abri de développer un jour la maladie. La dernière étude réalisée par la « cohorte Belge Santé et Bien-être (BELHEALTH) » en 2023 indique que 17% de la population belge présente des symptômes de dépression.

Certains groupes seraient plus susceptibles de présenter des symptômes : les femmes, les adultes entre 18 et 29 ans, les personnes isolées, les personnes sans emploi ou encore les personnes avec un diplôme de l'enseignement secondaire uniquement.

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2. La dépression est-elle facilement reconnaissable ?

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© Getty Images

Non ! Très souvent, les symptômes de la dépression ne sont pas perçus par la personne qui en souffre et encore moins par son entourage. Lorsque l'on pense à la dépression, on imagine nécessairement un état de profond abattement associé à des crises de larmes et des idées suicidaires. Or, bien souvent, la réalité clinique est bien différente. Une dépression peut se manifester par d'autres symptômes comme des troubles du sommeil, de la mémoire, de la concentration, une fatigue intense le matin, une lenteur psychomotrice, un manque d’appétit ou encore des problèmes de poids.

Tous les cas de dépression ne sont pas imputables à un deuil (ce qui est le cliché) ou à une catastrophe précise comme par exemple une perte d’emploi, un divorce… Au contraire, la dépression est très souvent la conséquence d’une succession de gros stress, de problèmes relationnels, professionnels ou encore de santé qui rendent l’individu plus sensible, plus fragile et qui le pousse graduellement à un affaiblissement psychique. Enfin, notez que la dépression peut apparaître sans que l’on ait pu localiser un facteur déterminant.

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3. La dépression est-elle due à un manque de force de caractère ou de courage ?

Non ! Une véritable dépression n’a rien à voir avec un manque de courage ! Evidemment, il ne faut pas confondre la dépression avec un coup de blues passager ou une baisse de moral comme nous en connaissons tous de temps à autre. Pour que l’on parle réellement de dépression, il faut que ces symptômes persistent au moins durant 15 jours et qu'ils nous empêchent de vivre normalement.

Ces symptômes concernent non seulement l'état d'esprit (tristesse, découragement, manque d'intérêt ou de plaisir dans les activités quotidiennes, culpabilité, pensées suicidaires), mais aussi la sphère biologique (troubles du sommeil, fatigue matinale, perte d'appétit, troubles de l'attention, de la mémoire et de la concentration, perte ou prise de poids, inhibition psychomotrice).

Des études scientifiques ont démontré que la dépression est une véritable maladie qui perturbe gravement le fonctionnement de l’organisme. Il ne s’agit pas d’un simple perte "d'envie" suite à un événement de la vie. Elle nécessite un traitement adéquat pour en guérir.

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4. Quand faut-il consulter son médecin généraliste ?

Il faut consulter son médecin dès que vous est confronté à ce type de problème et que vous souhaitez en parler. Une fatigue intense, des crises de larmes inexpliquées, un sentiment d'abattement, des idées suicidaires mais également des troubles du sommeil, des réveils précoces sans pouvoir se rendormir facilement, une perte de poids ou au contraire une prise de poids sans raison apparente, la mémoire qui flanche, des troubles de la concentration, un manque d’énergie et de tonus, … sont autant d'éléments et de symptômes qui doivent être abordés avec votre médecin.

De telles plaintes ne doivent pas être traitées isolément et le médecin adaptera le traitement au cas par cas après une discussion avec vous.  Des vitamines, des tranquillisants, des oligo-éléments ou encore des somnifères peuvent être prescrits en complément d’antidépresseurs afin de traiter certains symptômes isolés. N'attendez pas pour consulter. Un traitement démarré très tôt portera très rapidement ses fruits.

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5. Faut-il choisir entre psychothérapie et antidépresseurs ?

Non ! Généralement, la psychothérapie doit être entamée de concert avec des antidépresseurs. Dans la grande majorité des cas, le traitement médicamenteux est préconisé en première instance. Ce traitement ne sera réellement efficace qu’après 2 à 6 semaines. Une aide psychologique s’avère donc essentielle pour compléter la prise en charge des patients dépressifs. Le médecin expliquera généralement au patient et à sa famille ce qu’est la dépression et comment il faut la traiter. La guérison vient du patient lui-même mais passe aussi par son entourage. Lors des séances de psychothérapie, le praticien tentera de découvrir et d’analyser les facteurs psychologiques et existentiels à l'origine de la dépression.

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6. Les antidépresseurs induisent-ils une dépendance ?

Les antidépresseurs sont des psychotropes qui agissent sur le système nerveux central et le fonctionnement du cerveau. Ce ne sont en aucun cas des drogues bien qu'ils soient souvent étiquetés comme tels. Contrairement aux benzodiazépines (tranquillisants et somnifères), la plupart des antidépresseurs ne présentent pas de dépendance physique. Néanmoins, une certaine accoutumance psychologique peut s'installer. Il est toujours conseillé de diminuer progressivement le traitement et non de l’arrêter d’un coup.

Les antidépresseurs n’entraînent aucun changement de la personnalité et n’occasionnent généralement pas d’agressivité ou d’actes de violence. Mais ce ne sont pas des médicaments anodins : ils nécessitent un suivi médical régulier. Ce suivi se fait de préférence par l'intermédiaire du médecin généraliste ou du psychiatre.

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7. Peut-on arrêter le traitement dès l'amélioration des symptômes ?

Certainement pas ! L’action d’un antidépresseur n’est pas immédiate. Quelques semaines sont parfois nécessaires pour que le traitement soit pleinement efficace. Au début, les effets secondaires peuvent être invalidants au point que le patient souffre de nausées, de vomissements, de maux de tête, de vertiges, d'irritabilité, de nervosité, de transpiration excessive… Ces effets secondaires disparaîtront généralement après une dizaine de jours.

Les premiers effets positifs du traitement ne se feront ressentir qu’après 3 semaines. Dans certains cas, principalement chez les patients âgés, il faudra attendre jusqu'à six semaines pour observer un effet thérapeutique. Il ne faut absolument pas arrêter le traitement dès qu'une amélioration clinique se produit. Toutes les directives scientifiques préconisent au moins un traitement de 6 mois pour que les troubles biologiques disparaissent.

Lorsque les patients souffrent d'une dépression caractérisée par des rechutes fréquentes, un traitement antidépresseur continu de deux ans est souvent recommandé. L'objectif du traitement est alors de prévenir le risque de rechute. Par ailleurs, certains patients peuvent avoir besoin de prendre des antidépresseurs à vie.

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8. Faut-il être gêné de consulter un psychiatre ?

Dans certaines circonstances, votre médecin généraliste vous adressera à un psychiatre. Cela ne doit en aucun cas être considéré comme un refus de sa part de s'occuper de votre problème, mais plutôt comme un souci de rechercher l'avis le plus professionnel possible pour traiter votre dépression de la meilleure façon possible.

De par sa formation, le psychiatre est parfaitement capable de prescrire un traitement psychopharmacologique, en particulier des antidépresseurs, et d'apporter un soutien psychothérapeutique adéquat à votre problème. Dans certaines circonstances, il fera appel à un psychothérapeute pour prendre en charge cette dernière partie de manière appropriée.

Consulter un psychiatre ne signifie donc pas que l'on est "mentalement dérangé" ou que l'on finira automatiquement dans une institution psychiatrique. Ce n'est qu'en cas de problème psychologique ou physique grave, ou lorsqu'il apparaît que la famille n'est pas en mesure de prendre en charge le patient de manière adéquate, que l'on procédera à une admission dans un hôpital psychiatrique ou dans un service psychiatrique d'un hôpital général. Dans tous les cas, cette hospitalisation ne sera décidée qu'après une justification approfondie et généralement avec le consentement du patient.


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9. Peut-on guérir soi-même de la dépression ?

L’impact de la dépression sur le patient mais aussi sur l’entourage peut être important. Le partenaire, la famille ne comprennent souvent pas ce qui cloche. Pourquoi cette indifférence ? Pourquoi cette apathie ? Pourquoi ces larmes ? Pourquoi cette fatigue constante sans rien faire ? Cela peut conduire à des reproches de la part de l'entourage. Le dépressif ressentira encore davantage les symptômes de culpabilité, d’inutilité, de dépréciation qu’il éprouve déjà en suffisance. Il devra aussi faire face à la longue à une culpabilité de l’entourage qui se demande ce qu’il a bien pu faire de mal pour susciter de telles réactions négatives, un tel dédain voire une telle apathie.

Il est donc très important que le partenaire et même les enfants consultent le médecin en même temps que le patient dépressif, qu'ils finissent par reconnaître que le patient est bien dépressif et qu'il s'agit d'une maladie et non d'un manque d'affection, d'une crise conjugale ou de tensions familiales.

Les premières semaines du traitement sont souvent compliquées pour le patient. Le soutien de l’entourage sera capital pour le dépressif.

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10. Faut-il secouer le dépressif ou le laisser vivre à son rythme ?

C’est totalement inutile. Secouer un dépressif qui n’a pas envie de se bouger ne sert à rien. Il faut simplement que le dépressif et son entourage soient totalement impliqués dans le traitement et qu’ils considèrent qu’il s’agit d’une maladie et, non d’une faiblesse, d’un manque de courage ou de caractère. Il est donc inutile de vouloir forcer la guérison ou les choses sous prétexte « qu’il ne faut pas que le dépressif se laisse aller, qu’il doit voir du monde, être actif ».

Cela ne pourrait qu’accentuer le sentiment que les dépressifs ont déjà d’être incompris. Au début du traitement, il faut bien entourer le dépressif, être présent sans être étouffant, parler s’il le souhaite et petit à petit l’inviter à participer à des activités de détente, des loisirs. L’impliquer au fur et à mesure dans des tâches de la vie quotidienne. Un congé de maladie sera bénéfique car un dépressif est souvent professionnellement inefficace et travailler peut être dangereux pour lui.

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Dernière mise à jour: avril 2023
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