Trop de viande rouge : vraiment mauvais pour le coeur et les artères ?

dossier

La viande rouge, comme le bœuf, est souvent citée comme un facteur favorisant les maladies cardiovasculaires. Des recherches épidémiologiques montrent qu’une consommation élevée de viande rouge peut être associée à un risque plus important de problèmes cardiaques. Mais est-ce vraiment aussi simple ? Des recherches récentes nuancent ce tableau et montrent que ce n’est pas seulement la quantité de viande qui compte, mais surtout votre régime alimentaire global. Le Dr Eric De Maerteleire, auteur de plusieurs livres sur l’alimentation saine et le vieillissement en bonne santé, nous apporte des explications.

La viande rouge est-elle mauvaise pour le cœur et les vaisseaux sanguins ?

Getty_rundvlees_biefstuk_2026.jpg

© Getty Images

« Les observations montrent que les personnes qui consomment beaucoup de viande rouge sont plus susceptibles de développer des problèmes cardiovasculaires. Il est toutefois difficile d’établir clairement que la viande est la seule responsable, car de nombreux facteurs entrent en jeu : le reste de l’alimentation, le mode de vie et la prédisposition génétique.

Il est important de noter que le bœuf non transformé, comme un steak maigre ou du rosbif, peut avoir des effets différents de ceux produits par les produits carnés transformés comme les saucisses ou le salami. Le Conseil supérieur de la santé en Belgique recommande donc de limiter la viande rouge non transformée à 300 grammes maximum par semaine, et de réduire la consommation de charcuteries transformées autant que possible (moins de 30 grammes par semaine).

L’une des substances associées aux problèmes cardiovasculaires est l'oxyde de triméthylamine (TMAO). Le TMAO se forme dans l’organisme après la dégradation de certains nutriments présents dans les produits d’origine animale, comme le bœuf, les œufs, le poisson et la volaille. »

Voir aussi l'article : Qu'est-ce que la viande maigre ?

Qu'est-ce que le TMAO et quel est son impact sur la santé cardiaque ?

Dans le gros intestin, les bactéries intestinales décomposent la choline, la carnitine, la bétaïne et la phosphatidylcholine en triméthylamine (TMA), un gaz à forte odeur de poisson. Cette TMA est ensuite convertie en TMAO dans le foie. Chez l'humain, des observations montrent qu'un taux sanguin élevé de TMAO est associé à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de décès.

TMAO et risque de maladie cardiovasculaire

Des études montrent que le TMAO peut contribuer aux problèmes cardiovasculaires de plusieurs manières :

  • Il stimule la formation de cellules spumeuses dans les vaisseaux sanguins
  • Il favorise l'inflammation des vaisseaux.
  • Il affecte le fonctionnement de l'endothélium vasculaire
  • Il perturbe le transport du cholestérol

Peut-on réduire les niveaux de TMAO par l'alimentation ?

« Absolument. De grandes études de population montrent qu’une alimentation saine peut atténuer les effets négatifs du TMAO, tandis qu’une alimentation malsaine peut les renforcer. Ce sont les bactéries intestinales qui déterminent la quantité de TMAO produite à partir d’une même quantité de viande. Les aliments sains, comme les noix, les légumes et les protéines végétales, peuvent influencer le microbiote de manière à produire moins de TMAO. Une alimentation variée de type méditerranéen aide ainsi à maintenir l’équilibre intestinal et à protéger le cœur. »

Influence d'un régime méditerranéen sur les taux de TMAO

Une étude récente de l'Université d'État de Pennsylvanie a examiné comment différentes quantités et types de bœuf, dans le cadre d’un régime méditerranéen, influencent les niveaux de TMAO.

Dans cette étude, 30 jeunes adultes en bonne santé ont suivi quatre périodes de quatre semaines, durant lesquelles ils ont reçu des repas contrôlés avec différentes variantes alimentaires :

  • un régime méditerranéen avec 14 g de bœuf maigre par jour
  • un régime méditerranéen avec 71 g de bœuf maigre par jour
  • un régime méditerranéen avec 156 g de bœuf maigre par jour
  • un régime alimentaire américain moyen avec 71 g de bœuf non maigre par jour

Grâce à ce plan croisé, chaque participant a suivi toutes les variantes alimentaires, ce qui élimine l’influence des différences individuelles.

Les résultats ont montré que :

  • les niveaux de TMAO restaient faibles avec le régime méditerranéen contenant 14 ou 71 g de bœuf maigre ;
  • le régime américain avec du bœuf non maigre entraînait des niveaux plus élevés de TMAO ;
  • toutes les variantes du régime méditerranéen augmentaient la diversité du microbiote intestinal, un facteur important pour la santé intestinale et cardiovasculaire.

Les chercheurs ont conclu que la qualité de l’alimentation est plus importante que la quantité de bœuf consommée, et qu’une consommation modérée de bœuf maigre non transformé dans un régime méditerranéen est sans danger pour le cœur.

Voir aussi l'article : Cancers : l'impact de la viande rouge et de la viande transformée

La viande rouge peut-elle faire partie d'une alimentation saine ?

« C'est tout à fait possible. Les morceaux de bœuf maigres et non transformés, comme le steak, le rosbif ou le haché extra maigre, peuvent faire partie d’une alimentation saine pour le cœur, jusqu’à environ 500 g par semaine.

C’est particulièrement vrai s'ils sont associés à une grande quantité de fruits, de légumes, de légumineuses, de céréales complètes et de bonnes graisses comme l'huile d'olive, les noix et l'avocat.

En revanche, il vaut mieux limiter les viandes non maigres ou transformées, comme les saucisses et le salami.

Un régime méditerranéen varié aide à maintenir l’équilibre du microbiote, ce qui est crucial pour une bonne santé cardiovasculaire. Une fois cet équilibre atteint, une consommation quotidienne normale de bœuf maigre n’augmente pas le risque de maladies cardiovasculaires. »

Conclusion : Le bœuf et la santé cardiaque

La viande rouge n'est pas nécessairement mauvaise pour le cœur. Votre alimentation globale et sa qualité sont plus importantes que la quantité de bœuf maigre que vous consommez. Une consommation modérée de bœuf maigre non transformé, dans le cadre d'un régime méditerranéen, s'intègre parfaitement à un mode de vie sain pour le cœur

Sources :

Zeraatkar D, Han MA, Guyatt GH, Vernooij RWM, El Dib R, Cheung K, et al. Red and processed meat consumption and risk for all-cause mortality and cardiometabolic outcomes: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. Ann Intern Med. 2019;171:703–710.
Micha R, Wallace SK, Mozaffarian D. Red and processed meat consumption and risk of incident coronary heart disease, stroke, and diabetes mellitus: a systematic review and meta-analysis. Circulation. 2010;121:2271–2283.
Lee Y, Nemet I, Wang Z, Lai HTM, de Oliveira Otto MC, Lemaitre RN, et al. Longitudinal plasma measures of trimethylamine N-oxide and risk of atherosclerotic cardiovascular disease events in community-based older adults. J Am Heart Assoc. 2021;10:e020646.
https://www.hgr-css.be/file/download/8614064f-1c75-4466-8248-160caba7af2a/lzBmxRlBaheRALhbTnjK2WSm7El56ipyZYXOHNULNU3d.pdf" target="_blank">https://www.hgr-css.be/ ;
Lee Y, Nemet I, Wang Z, Lai HTM, de Oliveira Otto MC, Lemaitre RN, et al. Longitudinal plasma measures of trimethylamine N-oxide and risk of atherosclerotic cardiovascular disease events in community-based older adults. J Am Heart Assoc. 2021;10:e020646.
Wang M, Li XS, Wang Z, de Oliveira Otto MC, Lemaitre RN, Fretts A, et al. Trimethylamine N-oxide is associated with long-term mortality risk: the multi-ethnic study of atherosclerosis. Eur Heart J. 2023;44:1608–1618.
Zachary S DiMattia et al. (2025). Effect of Varying Quantities of Lean Beef as Part of a Mediterranean-Style Dietary Pattern on Gut Microbiota and Plasma, Fecal, and Urinary Metabolites: A Randomized Crossover Controlled Feeding Trial. J Am Heart Assoc.; Oct 7;14(19):e041063.
Jennifer A Fleming, Kristina S Petersen, Penny M Kris-Etherton, David J Baer (2025). A Mediterranean-Style Diet with Lean Beef Lowers Blood Pressure and Improves Vascular Function: Secondary Outcomes from a Randomized Crossover Trial. Curr Dev Nutr.; Feb 22;9(4):104573.
Guasch-Ferre M, Satija A, Blondin SA, Janiszewski M, Emlen E, O'Connor LE, et al. Meta-analysis of randomized controlled trials of red meat consumption in comparison with various comparison diets on cardiovascular risk factors. Circulation. 2019;139:1828–1845.

auteur : Sofie Van Rossom - journaliste santé

Dernière mise à jour: mars 2026

volgopfacebook

volgopinstagram

[ X ]

Restez informés !

Inscrivez-vous à notre newsletter:



Non, merci