Pourquoi mon enfant est-il si fatigué ?

Dernière mise à jour: août 2015

dossier La fatigue de l’enfant et de l’adolescent constitue un motif fréquent de préoccupation et de consultation. Des causes physiques et psychologiques entrent en jeu.

« Il s’agit de symptômes peu spécifiques, à l’interface entre la pathologie somatique et psychiatrique, qui peuvent également résulter d’une perturbation de l’environnement de l’enfant », indique le Dr Diane Purper-Ouakil, pédopsychiatre attachée à l’hôpital Robert-Debré (Paris).

De fait, un entretien approfondi avec le jeune patient et ses parents, complété par un examen clinique détaillé, sont nécessaires pour orienter le diagnostic. On précisera que, davantage que de « fatigue », les médecins parleront plutôt d’ « asthénie », c’est-à-dire un affaiblissement de l’état général.

L’histoire des troubles

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L’objectif consiste à cerner au plus près la genèse de l’asthénie. Une série d’éléments doivent retenir l’attention des parents, comme du praticien.

• Les manifestations de fatigue ont-elles débuté de manière brutale ou progressive et leur évolution est-elle continue ou par périodes ?

• Peut-on identifier un élément déclenchant, comme une maladie infectieuse, un changement de rythme de vie, l’émergence d’un facteur majeur de stress ?

• Comment la fatigue s’exprime-t-elle tout au long de la journée : est-elle permanente, ou plutôt le matin, plutôt le soir… ?

• Le repos améliore-t-il ou non l’état de l’enfant ?

• Le môme est-il accablé par de la somnolence diurne, par des endormissements soudains… ?

Quels sont les symptômes associés ?

Toujours dans le but de comprendre les raisons de cet état inhabituel de fatigue.

Signes physiques : fièvre, troubles respiratoires (dyspnée), pâleur, altération de la vigilance, ronflements, obésité, maigreur, douleurs, troubles de l’appétit, troubles du sommeil…

Signes psychiatriques : tristesse, anxiété, désintérêt, repli, énurésie (pipi au lit), incapacité à ressentir des émotions positives (anhédonie)…

Les habitudes de vie et la qualité du sommeil

Un volet fondamental.

En l’occurrence, les habitudes de vie recoupent celles liées au sommeil : heures de coucher et de réveil, siestes et périodes de repos, rituels d’endormissement, habitudes alimentaires en fin de journée et en soirée, activités extrascolaires… ; que l’on croisera avec des données portant sur l’insomnie ou l’hypersomnie (dormir beaucoup et profondément), le somnambulisme, les réveils nocturnes… « En cas de signes d’appel sur ce plan, il est utile que les parents et/ou l’adolescent réalisent un agenda du sommeil, dans lequel seront consignées ces caractéristiques », indique le Dr Diane Purper-Ouakil.

Concernant la qualité de vie, il est important, bien entendu, d’évaluer le retentissement des symptômes liés à la fatigue persistante, et en particulier leur impact sur la scolarité et sur la vie de famille. Sur ce dernier point, les antécédents familiaux de troubles du sommeil ou de difficultés émotionnelles doivent être explorés.

A la recherche d’une maladie physique

L’asthénie peut trouver son origine dans une maladie physique, dont elle peut d’ailleurs être le révélateur. L’examen clinique est destiné à valider ou à écarter cette piste (en sachant qu’il est difficile d’exclure complètement une composante physique).

Que va rechercher le médecin ?

• Des troubles de l’hématose, c’est-à-dire le processus d’oxygénation du sang dans les poumons, qui peuvent révéler une maladie respiratoire.

• Des troubles de l’oxygénation tissulaire, traduisant une maladie cardiaque, une anémie...

• Un hypercatabolisme (l’organisme épuise ses réserves énergétiques), qui peut être lié à une maladie infectieuse aiguë ou chronique (tuberculose, hépatite, affection parasitaire…), à des causes endocriniennes (thyroïde, diabète…), à une origine tumorale, ou encore à une maladie inflammatoire chronique (arthrite juvénile, lupus…).

• Une affection rénale.

• Une atteinte neurologique (traumatisme crânien, encéphalite…).

• Des carences nutritionnelles (malnutrition, anorexie, troubles de l’absorption…).

A la recherche d’une origine psychiatrique

La cause psychiatrique engendre souvent des troubles du sommeil, et l’état de fatigue qui les accompagne, mais peut aussi déclencher directement l’asthénie. Le Dr Purper-Ouakil s’intéresse longuement à ces situations, qu’elle détaille en quatre points.

Les troubles anxieux. « La plupart peuvent s’accompagner de troubles de l’endormissement, liés à l’état d’hyper-vigilance et de tension interne », explique la spécialiste. « Chez l’enfant, l’anxiété de séparation et l’anxiété de performance sont souvent en cause. »

Dans le premier cas, l’anxiété de séparation, « l’enfant redoute le sommeil en tant que moment de séparation avec ses parents et cherche souvent à venir dans leur lit ou prolonge indéfiniment les rituels du coucher ». Quant à l’anxiété de performance, « elle concerne surtout des situations scolaires (interrogations, contrôles) qui génèrent des ruminations anxieuses gênant l’endormissement ».

Dans le même contexte, poursuit le Dr Diane Purper-Ouakil, « au-delà de la peur du noir, banale chez le jeune enfant, des troubles phobiques (anxiété intense déclenchée par une situation ou un objet donné) et des attaques de panique nocturnes (crise d’angoisse aiguë sans facteur déclenchant) peuvent perturber le sommeil. » De fait, dans l’anxiété généralisée, « l’endormissement est généralement très pénible en raison d’un état de tension permanent et de ruminations anxieuses incessantes ».

Les troubles dépressifs. Ils peuvent s’accompagner d’une asthénie et de troubles du sommeil. Chez l’adulte comme chez l’enfant, il s’agit d’insomnie matinale avec un réveil précoce, ou de réveils nocturnes.

Le tableau clinique de la dépression est similaire à tous âges (tristesse, perte d’appétit, sentiment d’ennui, dévalorisation, repli sur soi, absence d’intérêts…) ; sachant cependant que chez l’enfant, « une baisse inhabituelle du rendement scolaire, le désinvestissement des loisirs et le repli social sont évocateurs ». Ajoutons que « chez l’adolescent, certaines dépressions se caractérisent par une hypersomnie et un grignotage ».

Les épisodes psychotiques aigus (idées délirantes) « peuvent s’accompagner d’insomnie et de clinophilie » (rester allongé au lit, la journée, pendant des heures, tout en restant éveillé). Le Dr Purper-Ouakil rappelle que « les schizophrénies avérées se caractérisent par un déficit d’élan vital et un manque d’initiative pouvant être confondus avec une asthénie ».

La consommation de toxiques « doit être recherchée devant une somnolence ou un état d’asthénie chez le sujet jeune ». Tabac, alcool, cannabis, cocaïne, ecstasy : ces substances peuvent induire des troubles du sommeil, potentiellement sévères. « Outre les toxiques, il faut rechercher l’automédication par hypnotiques et/ou tranquillisants, parfois même administrés par les parents », relève la pédopsychiatre.

Le syndrome de fatigue chronique

Contrairement à ce que beaucoup pensent, le syndrome de fatigue chronique (SFC) n’affecte pas que les adultes, loin s’en faut.

L’origine exacte du SFC n’est pas connue, mais elle est probablement multifactorielle, associant des éléments somatiques (immunologiques, infectieux…) et psychologiques (anxiété, dépression, refus scolaire chez l’enfant…). Les répercussions de cet état chronique sont souvent considérables, en particulier sur la scolarité. La prise en charge est complexe.

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