Vitamine B17 : des bienfaits non prouvés, des dangers bien réels
- Qu'est-ce que la vitamine B17 ?
- Quels sont les bienfaits allégués de la vitamine B17 ?
- Dans quels aliments trouve-t-on la vitamine B17 ?
- Vitamine B17 et cancer : que dit vraiment la recherche ?
- Pourquoi la vitamine B17 peut-elle être dangereuse ?
- Peut-on acheter de la vitamine B17 en pharmacie ?
- Existe-t-il une posologie de vitamine B17 ?
- Symptômes d'alerte : quand consulter un médecin ?
dossier
Qu'est-ce que la vitamine B17 ?
© Getty Images
Le terme « vitamine B17 » est trompeur. Il désigne principalement l'amygdaline, une molécule naturelle de la famille des glycosides cyanogènes, présente notamment dans les noyaux d'abricot et de certains autres fruits, ainsi que dans diverses plantes. Le laétrile est est un composé chimique semi-synthétique dérivé de l'amygdaline. Les deux termes sont souvent employés comme synonymes, mais ils ne désignent pas exactement le même produit.
Dans les années 1950, le biochimiste américain Ernst Krebs Jr. popularise l'appellation « vitamine B17 » pour désigner le laétrile. Mais cette appellation n'est pas celle d'une vitamine reconnue : aucune carence en « vitamine B17 » n'a été identifiée et le terme ne correspond pas à un nutriment essentiel reconnu.
Quels sont les bienfaits allégués de la vitamine B17 ?
Sur internet, l'amygdaline est souvent présentée comme un remède naturel contre le cancer, capable de détruire les cellules tumorales sans toucher les cellules saines. D'autres allégations lui attribuent des effets sur diverses maladies ou symptômes.
Dans les faits, les résultats obtenus en laboratoire ou chez l'animal ne prouvent pas une efficacité chez l'être humain :
- l'hypothèse d'un effet anticancer n'a pas été confirmée chez l'être humain
- les données issues d'expériences en laboratoire ou sur des animaux ne constituent pas une preuve d'efficacité chez les patients
- aucune donnée clinique solide ne permet aujourd'hui de recommander l'amygdaline ou le laétrile comme traitement du cancer
Le National Cancer Institute indique que les études cliniques disponibles n'ont pas démontré d'efficacité anticancer de l'amygdaline ou du laétrile.
Autrement dit : les bienfaits prêtés à la « vitamine B17 » n’ont pas pu être démontrés par la recherche.
Dans quels aliments trouve-t-on la vitamine B17 ?
© Getty Images - Les pépins de pomme, comme les pépins de poire, contiennent de l’amygdaline.
L'amygdaline se trouve notamment dans :
- les noyaux d'abricot,
- les noyaux de certains fruits du genre Prunus, notamment la pêche et la prune,
- les amandes amères,
- certaines autres plantes et pépins (pomme ou poire).
Le National Cancer Institute mentionne également certaines noix et graines, ainsi que les haricots de Lima, parmi les végétaux contenant de l'amygdaline ou des composés cyanogènes apparentés.
Rassurez-vous : manger la chair d'un abricot ou d'une pêche ne présente aucun risque. Le problème concerne la consommation des noyaux ou des amandes qu'ils contiennent, en particulier lorsqu'ils sont consommés en quantité ou sous des formes concentrées.
Voir aussi l'article : Pépins de pomme et cyanure : peut-on les manger sans risque ?
Voir aussi l'article : Pépin de raisin et cyanure : faut-il éviter d'en manger ?
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Et la noix de cajou ?On trouve parfois la recherche « vitamine B17 noix de cajou » en ligne, une confusion largement entretenue par des sites commerciaux vendant des compléments à base d'amygdaline. Les données de composition alimentaire ne montrent pas de présence significative d'amygdaline dans la noix de cajou, contrairement aux amandes amères, aux noyaux d'abricot ou à certaines graines de la famille des Rosacées (pêche, cerise, prune). Elle ne présente donc pas ce risque de libération de cyanure. |
Vitamine B17 et cancer : que dit vraiment la recherche ?
L'idée que l'amygdaline puisse « cibler » les cellules cancéreuses a été popularisée aux États-Unis, notamment dans les années 1970, lorsque le laétrile a été présenté comme un traitement anticancer. Cette théorie continue aujourd'hui d'être défendue par certains promoteurs des approches anticancer alternatives.
Selon cette hypothèse, l'amygdaline serait transformée en substances toxiques principalement au niveau des cellules cancéreuses, ce qui permettrait de les détruire tout en épargnant les cellules saines. Cette hypothèse n'a toutefois pas été confirmée chez l'être humain.
En 1982, un essai clinique financé par le National Cancer Institute et publié dans le New England Journal of Medicine a évalué l'amygdaline (laétrile) chez 178 patients atteints de cancer. Le traitement était associé à un régime alimentaire particulier ainsi qu'à des enzymes et des vitamines. Aucun bénéfice substantiel n'a été observé sur la guérison ou la stabilisation du cancer, les symptômes ou la durée de vie. Plusieurs patients ont par ailleurs présenté des signes de toxicité au cyanure.
En 2015, la Cochrane a publié une revue systématique des données disponibles sur le laétrile et l'amygdaline. La recherche documentaire a été actualisée en 2018, sans identifier de nouvelle étude répondant aux critères de la revue. Les auteurs concluent que les bénéfices anticancer allégués ne sont pas soutenus par des données cliniques solides et que le rapport bénéfice-risque est clairement défavorable, notamment en raison du risque d'intoxication au cyanure.
Quelques travaux plus récents menés en laboratoire sur des cellules cancéreuses ont observé certains effets biologiques de l'amygdaline. Mais des résultats obtenus sur des cultures cellulaires ne permettent pas de conclure à une efficacité ou à une sécurité chez l'être humain.
En clair : les données disponibles ne permettent pas de considérer l'amygdaline ou le laétrile comme un traitement du cancer, ni comme un moyen démontré de prévenir la maladie. La Fondation contre le Cancer indique elle aussi qu'aucune preuve ne démontre une efficacité de l'amygdaline contre le cancer ou pour sa prévention.
Voir aussi l'article : L'alimentation comme médicament contre le cancer ?
Pourquoi la vitamine B17 peut-elle être dangereuse ?
Le risque d'intoxication au cyanure est le principal risque documenté de la vitamine B17.
Après ingestion, l'amygdaline peut être dégradée dans l'organisme et libérer du cyanure, une substance toxique qui empêche les cellules d'utiliser correctement l'oxygène. Le risque dépend notamment de la quantité de produit consommée et de sa teneur en amygdaline.
L'EFSA a établi une dose de référence aiguë pour l'exposition au cyanure. Sur cette base, elle estime que, chez l'adulte, dépasser environ trois petites amandes d'abricot crues peut conduire à dépasser la dose de référence et causer une intoxication. Pour un jeune enfant, une quantité bien plus faible peut déjà causer un empoisonnement : environ la moitié d'une petite amande peut dépasser la valeur de référence.
La consommation normale de l'abricot lui-même n'est pas concernée : le risque vient de l'amande située à l'intérieur du noyau.
Les premiers symptômes d'une intoxication au cyanure sont :
- des maux de tête, nausées, vomissements,
- des vertiges et une baisse de la tension artérielle,
- de la confusion,
- des difficultés respiratoires,
- dans les cas sévères : une coloration bleutée de la peau, des convulsions, un coma et le décès.
Ce risque n'est pas théorique. En France, les centres antipoison ont recensé des cas d'intoxication liés à la consommation d'amandes de noyaux d'abricot. Certains consommateurs en consommaient plusieurs dizaines par jour dans l'objectif de prévenir ou de traiter un cancer.
Voir aussi l'article : Pourquoi les amandes peuvent être toxiques voire mortelles ?
Peut-on acheter de la vitamine B17 en pharmacie ?
Il faut distinguer les médicaments des produits vendus comme aliments ou compléments.
Comme médicament anticancéreux. L'amygdaline et le laétrile ne disposent pas d'autorisation de mise sur le marché comme médicaments anticancéreux. En Belgique, les médicaments autorisés sont répertoriés dans la base de données de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS). En France, l'autorisation des médicaments relève notamment de l'ANSM.
On peut trouver sur internet des produits vendus sous les noms de « B17 », « amygdaline » ou « laétrile ». Attention, leur présence en ligne ne constitue toutefois pas une preuve d'autorisation, d'efficacité ou de sécurité. Leur composition n'est ni vérifiée, ni garantie, et c'est précisément ce type de produit non encadré qui est à l'origine des intoxications les plus graves rapportées dans la littérature médicale.
Comme produit alimentaire. Les noyaux d'abricot et les amandes amères peuvent être trouvés légalement en magasin bio ou en ligne, mais leur teneur en cyanure est désormais encadrée par la réglementation européenne, précisément en raison des risques liés à leur consommation. Leur étiquetage ne peut légalement faire aucune référence à une quelconque « vitamine B17 » ni à des vertus contre le cancer : ces allégations santé ne sont pas autorisées pour ce type de produit.
Existe-t-il une posologie de vitamine B17 ?
Non. Il n'existe aucune dose thérapeutique reconnue de « vitamine B17 » pour prévenir ou traiter un cancer.
Les quantités parfois recommandées sur internet, notamment sous forme de noyaux d'abricot ou de compléments alimentaires, ne constituent pas une posologie médicale validée. Certaines recommandations en ligne vont jusqu'à plusieurs dizaines de noyaux par jour, alors que de telles consommations peuvent exposer à une intoxication grave au cyanure.
Il serait donc inexact et dangereux de proposer une « dose efficace » de vitamine B17 : aucune efficacité anticancer n'est démontrée et une consommation importante peut exposer à une intoxication au cyanure.
Voir aussi l'article : 15 conseils pour réduire votre risque de cancer
Symptômes d'alerte : quand consulter un médecin ?
Si vous ou un proche présentez, après avoir consommé des noyaux d'abricot, des amandes amères ou un produit contenant de l'amygdaline, des symptômes tels que des nausées, des maux de tête, des vertiges, une confusion ou des difficultés à respirer, une intoxication au cyanure doit être envisagée.
En cas de symptômes importants ou d'aggravation rapide, il faut contacter immédiatement les services d'urgence (112) ou un centre antipoison (Centre Antipoisons, 070 245 245).
Si vous envisagez de prendre de l'amygdaline ou du laétrile dans le cadre d'un cancer, parlez-en ouvertement avec votre médecin ou avec votre oncologue avant toute utilisation. Ces produits ne doivent pas être considérés comme un substitut aux traitements anticancéreux dont l'efficacité a été démontrée. Cette substance peut interagir avec les traitements en cours ou aggraver certains effets secondaires, et un suivi médical adapté vaut toujours mieux qu'une automédication non encadrée.















