L'argent fait-il le bonheur ? Que dit la science ?

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Alors que les réseaux sociaux mettent en avant des milliardaires, des yachts de luxe et des chariots de courses débordants, une nouvelle étude montre que l’argent en fait pas forcément le bonheur. Selon les scientifiques, le bonheur dépendrait peut-être moins de l’argent et des biens matériels que nous ne le pensons. Un style de vie simple procurerait même plus de satisfaction, des liens sociaux plus solides et un plus grand sens des valeurs. Mais dans quelle mesure le revenu influence-t-il réellement le bonheur ? Et existe-t-il une limite au-delà de laquelle l’argent ne nous rend plus plus heureux ?

Un mode de vie simple peut rendre plus heureux

Les chercheurs qui étudient la consommation et le bien-être remettent de plus en plus en question les idées préconçues sur la richesse et la réussite. À une époque où l’extrême richesse domine les réseaux sociaux et les titres de presse, une nouvelle étude suggère que consommer davantage ne mène pas automatiquement à une vie meilleure ou plus heureuse. Une étude de l’université d’Otago montre que les gens sont souvent plus heureux et plus satisfaits de leur existence quand ils optent pour un style de vie plus simple et plus durable, en mettant moins l’accent sur la consommation matérielle.

Les chercheurs ont analysé les données de plus de 1.000 Néo-zélandaisâgés en moyenne de 45 ans et disposant d’un revenu moyen de 50 000 dollars par an (environ 43 300 €). Il en ressort que la « simplicité volontaire » peut renforcer le bien-être, car elle laisse davantage de place aux contacts sociaux et à des relations profondes. Ces bénéfices se manifestent souvent dans des environnements comme le bénévolat, les clubs sportifs, les associations ou les activités de quartier, où les rencontres et le lien social sont centraux.

Les chercheurs néo-zélandais ont constaté que les femmes adoptent plus souvent que les hommes un mode de vie plus simple, sans que la raison de cette différence soit encore clairement établie.

L’autrice et professeure associée Leah Watkins explique que la société de consommation associe souvent le bonheur à un revenu plus élevé et à la possibilité d’accumuler toujours plus de biens matériels. Mais selon elle, les recherches montrent clairement qu’une attitude matérialiste ne mène pas automatiquement à davantage de bonheur ou de bien-être. Elle ne favorise pas non plus une consommation durable, pourtant essentielle pour la santé de la planète.

Impact sur l’environnement et tendances mondiales

Entre 2000 et 2019, la consommation mondiale de biens matériels a augmenté de 66 %. Depuis les années 1970, elle a même triplé pour atteindre 95,1 milliards de tonnes.L’augmentation des revenus et du niveau de vie s’est accompagnée d’une préoccupation croissante concernant l’impact environnemental de la consommation humaine.

Ces préoccupations, combinées au changement climatique et aux tensions sanitaires et financières persistantes après la pandémie, ont poussé chercheurs et décideurs politiques à mieux comprendre comment un mode de vie plus simple influence le bien-être.

Le professeur associé et co-auteur Rob Aitken souligne que cette approche ne signifie pas que les gens doivent renoncer à tous leurs biens matériels :

« Ce n’est pas tant l’engagement envers la simplicité matérielle qui mène au bien-être, mais plutôt la satisfaction des besoins psychologiques et émotionnels qui découle des relations, des contacts sociaux, de l’engagement communautaire et du sentiment de mener une vie utile et porteuse de sens. »

Selon lui, dans un monde marqué par le luxe et la surconsommation, la simplicité volontaire constitue une alternative puissante qui met l’accent sur la connexion et le sens plutôt que sur le statut et la possession.

Qu’est-ce qui détermine le bonheur ?

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© Getty Images

Cette question fait l’objet de nombreuses recherches depuis des décennies mais la réponse reste nuancée. 

Un revenu plus élevé est en moyenne associé à davantage de bonheur, mais pas de manière illimitée et pas pour tout le monde. Au sein d'un même pays, on constate presque toujours que les personnes plus aisées sont, en moyenne, plus heureuses que les personnes plus pauvres. C'est l'une des conclusions les plus constantes des recherches sur le bonheur. Un revenu plus élevé engendre généralement moins de stress financier, une plus grande sécurité, un meilleur accès aux soins de santé et davantage de possibilités d'épanouissement personnel.

Mais il y a aussi le fameux « paradoxe d'Easterlin ». L'économiste Richard Easterlin a observé dans les années 1970 que si les personnes plus aisées sont effectivement plus heureuses à un certain niveau, le niveau de bonheur moyen n'augmente pas nécessairement lorsque toute la société s'enrichit. Cela s'expliquerait, entre autres, par le fait que les individus se comparent constamment aux autres (ce qu'on appelle le revenu relatif) et par un phénomène d'accoutumance : ceux qui gagnent davantage s'habituent à ce niveau de vie plus élevé avec le temps.

C’est pourquoi les études modernes évoquent souvent un possible « plafond de bonheur », même si les chercheurs ne sont pas entièrement d’accord sur ce point.

  • La célèbre « Enquête nationale sur le bonheur » de l’Université de Gand, dirigée notamment par Lieven Annemans, conclut que le revenu joue un rôle, mais ne constitue qu’un facteur parmi d’autres. Les personnes aisées se déclarent plus souvent satisfaites, mais ne se sentent pas nécessairement plus heureuses au quotidien. L’utilisation de leur argent et l’organisation de leur vie semblent être des facteurs plus importants.
  • Une étude classique de 2010 menée par Daniel Kahneman et Angus Deaton a démontré que le bien-être émotionnel augmente avec le revenu, mais se stabilise autour de 75 000 dollars par an aux États-Unis. Cela représente environ 65 000 euros nets par an, soit environ 5 400 euros par mois. Leur conclusion : l’argent contribue principalement à réduire le stress et la souffrance, mais n’accroît pas le bonheur indéfiniment.
  • Une étude plus récente de 2021, menée par Matthew Killingsworth, aboutit à une autre conclusion : le bonheur continue à augmenter, y compris chez les plus hauts revenus, sans point net de saturation.
  • Une analyse conjointe de 2023 de Kahneman et Killingsworth a nuancé ce débat. Pour environ 80 % des personnes, un revenu plus élevé est associé à plus de bonheur, mais pour une minorité malheureuse, cet effet semble s’arrêter.
  • D’autres chercheurs, comme Betsey Stevenson et Justin Wolfers, ne trouvent même pas de seuil clair de saturation. Cependant, d’autres études continuent de confirmer le paradoxe d’Easterlin et suggèrent que la croissance économique à long terme ne se traduit pas automatiquement par plus de bonheur.

Bien plus que de l'argent

indépendamment de l’argent ? De nombreux travaux ont été consacrés à ce sujet. Les recherches montrent que le revenu n’est qu’un élément parmi un ensemble bien plus complexe. Les relations sociales, la santé, la satisfaction au travail, le sens de la vie et les inégalités sociales constituent des paramètres importants.

Certaines études vont jusqu’à suggérer que notre « capital social », soit la qualité de nos relations, est à terme plus important que l’argent.

Conclusion

  • Un revenu plus élevé est en moyenne associé à plus de bonheur, surtout pour les faibles revenus.
  • Cet effet diminue à mesure que les personnes s’enrichissent.
  • Le bonheur dépend étroitement d’autres facteurs que l’argent.
  • L’existence d’un plafond suscite la controverse : certaines études distinguent une limite, d’autres pas.

Sources :
https://journals.sagepub.com
https://researchonline.lse.ac.uk
Easterlin, R. A. & O’Connor, K. J. (2020). The Easterlin Paradox. IZA Discussion Paper No. 13923. 4 Easterlin, R. A. et al. (2010). The happiness-income paradox revisited. Proceedings of the National Academy of Sciences.
https://www.vlaamse-ouderenraad.be
Kahneman, D. & Deaton, A. (2010). High income improves evaluation of life but not emotional well-being. (PNAS)
Killingsworth, M. A. (2021). Experienced well-being rises with income. (PNAS)
Kahneman, D., Killingsworth, M., & Mellers, B. (2023). Income and emotional well-being: A conflict resolved.
Stevenson, B. & Wolfers, J. (2008). Economic Growth and Subjective Well-Being. NBER Working Paper 14282.

Source: Dr. ir. Eric De Maerteleire auteur : Sofie Van Rossom - journaliste santé

Dernière mise à jour: juin 2026

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