Les Belges sont de plus en plus grands

Dernière mise à jour: août 2015
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Les Belges sont de plus en plus grands

dossier Nos enfants grandissent à vue d’oeil. Réjouissons-nous : c’est un signe de bonne santé économique et sociale !

Depuis la première enquête, menée en 1830 par le statisticien belge Adolphe Quetelet, jusqu’à aujourd’hui, on n’a pu que constater l’augmentation constante de la taille des individus dans les pays industrialisés (Europe, États-Unis, Canada, et même le Japon depuis les années 60).

Un siècle d'évolution spectaculaire

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En cent ans, les Belges ont ainsi pris 9,8 cm, les Suédois ont 10,5 cm, les Danois 12 cm et les Hollandais 15 cm !

Martine Vercauteren, professeur de biologie et d’anthropologie à la Faculté des sciences de l’Université libre de Bruxelles (ULB), précise le phénomène. "Les études, qui ont été réalisées à partir de 1880 sur base de la taille des miliciens de 18 à 20 ans, ont clairement démontré l’évolution séculaire positive de la stature : à toutes les époques, les enfants sont devenus plus grands. Les pays scandinaves et la Hollande sont ceux où l’on a grandi le plus. Quant aux Belges, depuis 1830, ils ont pris en moyenne 1 cm tous les dix ans. C’est ainsi qu’actuellement, un enfant de 3 ans a la même taille qu’un enfant de 5 ans en 1830."

Plus précisément, un enfant de 3 ans et demi, qui mesurait en moyenne 86 cm en 1830, mesure aujourd’hui 99,65 cm ! Si la taille peut être considérée comme un baromètre de santé, individuel ou d’une population, c’est sans aucun doute parce que la croissance est le reflet de l’amélioration des conditions de vie, notamment environnementales, qui ont permis d’éliminer certains facteurs qui retardaient la croissance. Non seulement les enfants sont de plus en plus grands, mais leur croissance se fait dans un laps de temps de plus en plus court, comme le montre l’âge moyen d’apparition des premières menstruations : trois ans plus tôt qu’il y a cent cinquante ans ! Le facteur génétique n’intervient donc pas : en une génération, le fils dépasse le père!

La différence entre les garçons et les filles se maintient


Aujourd’hui, il semble toutefois que les populations arrivent tout doucement à leur potentiel génétique maximal… à part peut-être aux Pays-Bas où l’on continue mystérieusement à grandir.
Les Bataves sont d’ailleurs les plus grands au niveau européen et les seconds dans le monde, après les Dinkas (Soudan) qui atteignent une moyenne de 1,90 à 2 m! Précisons toutefois que l’on n’inclut pas, dans les calculs de croissance, les personnes qui détiennent des records de taille (comme le Turc Sultan Kosen qui mesure 2,46 m), car leur grand gabarit est malheureusement souvent lié à un problème de santé, comme une tumeur de l’hypophyse.

En Belgique, il semblerait que les Flamands mesurent en moyenne 1 cm de plus que les Wallons. Les Belges d’origine marocaine, eux, sont plus petits que la moyenne nationale, mais plus grands que les membres de leur famille restés au Maroc. Quant au dysmorphisme sexuel (les garçons sont plus grands que les filles), il est répandu partout : aujourd’hui, les filles arrêtent, en moyenne, de grandir à 16 ans et demi et les garçons entre 19 et 20 ans. À la fin de la croissance des uns et des autres, les garçons auront environ 13 cm de plus que les filles. À titre indicatif : vers 1830, les garçons grandissaient jusqu’à 25 ans.

La croissance ralentit

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Depuis une bonne vingtaine d’années, l’évolution séculaire positive ralentit : soit que l’on arrive à notre potentiel génétique maximal, soit que les conditions environnementales ne s’améliorent plus (alimentation plus grasse et plus sucrée, davantage de maladies chroniques comme les bronchites, l’asthme…). Dans ce cas, sauf abus de cortisone, la taille finale n’en sera pas pour autant plus petite, même si son développement a été ralenti, explique Martine Vercauteren.

Mais d’autres facteurs peuvent freiner les enfants dans leur croissance : la maltraitance physique ou psychologique, les périodes de guerre, un travail physique éprouvant ou la pratique, régulière et très intensive, d’un sport de haut niveau. Il suffit de voir les petites gymnastes de niveau international, leur croissance est ralentie et elles affichent en général également un retard pubertaire.

Qui mange bien grandit bien


L’alimentation joue son premier rôle de "booster" de taille chez le fœtus : le suivi médical de la grossesse, qui a commencé à se répandre dans les années 50, a permis de freiner certains retards de croissance des foetus, notamment ceux dus à l’anémie de la mère. Par ailleurs, les progrès de l’alimentation ont contribué à l’amélioration du niveau de vie et donc de la croissance des individus. Une étude comparant la consommation dans les années 50 et 80 a mis en évidence le fait que les enfants absorbent davantage de produits laitiers qu’autrefois, ce qui limite les carences en calcium et phosphore indispensables à la croissance des os.

Le critère n’est toutefois pas tout à fait pertinent dans le sens où tout surplus de calcium est éliminé par les urines : cela ne change donc rien d’en prendre au-delà de la limite “absorbable”. Ils mangent également plus de viande : la consommation moyenne annuelle par habitant est passée de 55 kg en 1950 à… 101 kg en 1988 !

Curieusement, les groupes d’enfants issus de milieux favorisés, qui étaient plus grands que les enfants d’ouvriers… mangeaient pourtant moins de viande ! Dans ce cas également, il doit y avoir une quantité optimale au-delà de laquelle la consommation ne sert plus à rien… sauf à grossir.

D’autres facteurs influencent la croissance des enfants : le climat et l’altitude (on est plus grand au Nord qu’au Sud et près de la mer qu’en haute montagne), la liberté de mouvement (même les pieds ont pris quelques millimètres en largeur et en longueur, depuis la généralisation du port des baskets dans les années 70), la qualité du sommeil et même le nombre d’enfants dans la famille. En effet, on observe que les enfants uniques (parce qu’on s’occupe plus d’eux ?) sont en moyenne plus grands que les autres.

De même, les aînés sont, à âge égal, plus grands que leurs cadets. Dans une famille nombreuse, on peut avoir ainsi, au moment de l’adolescence, un écart de 4 cm entre l’aîné et le benjamin au même âge. La différence se résorbera à l’âge adulte.

Il n’existe pas de statistiques sur les bébés de 0 à 3 ans d’avant 1900. Les enfants “de la guerre”, eux, mesuraient en moyenne 47 cm et pesaient 2,5 kg. Mais, de 1935 à aujourd’hui, on a constaté qu’en fait, les bébés ne naissent pas de plus en plus grands.

Sur les traces de Gulliver


Les industriels sont nombreux à frapper à la porte du professeur Martine Vercauteren. Ses études sur l’évolution de la taille humaine, plus particulièrement celle des Belges, peuvent en effet leur donner des indications intéressantes en matière de fabrication d’objets très divers.

Le recul des sièges dans les avions, la hauteur des plafonds et des chambranles de portes, la longueur des lits, la distance des pédales en voiture, la longueur des manches, les pointures des chaussures, la profondeur des piscines, la grandeur des baignoires, la hauteur des guichets bancaires, des éviers, voire des urinoirs… demandent aux industriels de s’adapter à la croissance de la taille des grands… tout en n’oubliant pas les petits.

Source: Myriam Bru
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