L'alimentation comme médicament contre le cancer ?
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Internet regorge de conseils et de régimes alimentaires censés aider à freiner, voire à guérir le cancer. Afin de distinguer le vrai du faux, nous avons interrogé le Dr Eric De Maerteleire, auteur de plusieurs ouvrages sur la nutrition, sur le rôle de l'alimentation dans la prévention et le traitement du cancer.
Existe-t-il un régime alimentaire capable d'arrêter ou de guérir le cancer ?
« Soyons clairs d'emblée : aucun régime alimentaire ne peut ralentir la progression du cancer chez l'humain, et encore moins le guérir. Aucune preuve scientifique ne démontre qu'un régime alimentaire spécifique puisse guérir le cancer ou remplacer les traitements conventionnels.
Ces dernières années, l'intérêt pour la nutrition et le cancer s'est considérablement accru. Les régimes à la mode, qu'ils soient complémentaires ou alternatifs, sont souvent très restrictifs et font fréquemment de fausses promesses quant à la guérison ou au traitement du cancer. Il est donc déconseillé d'éliminer des groupes alimentaires entiers, comme les produits laitiers ou les glucides, pendant un traitement contre le cancer. Supprimer ou remplacer plusieurs aliments peut entraîner des carences nutritionnelles et nuire à la capacité de maintenir un poids santé pendant le traitement, ce qui pourrait compromettre le protocole thérapeutique.
S'il existait un régime alimentaire, un aliment ou un complément alimentaire capable de ralentir ou de guérir efficacement le cancer, il serait déjà largement utilisé en médecine. Or, ce n'est pas le cas. Le cancer est un processus complexe et multifactoriel qui ne peut être causé ni guéri par un seul facteur. »
L'alimentation joue-t-elle un rôle dans l’apparition du cancer ?
« Environ 40 à 50 % des cancers et des décès par cancer sont liés à des facteurs de risque modifiables et évitables. Les principales causes sont le tabagisme (19 à 30 % des cas), l'obésité (7,8 %), l'alimentation et la consommation d'alcool (5,6 %). De plus, il semblerait qu'environ 90 à 95 % des cancers soient dus à des facteurs environnementaux et liés au mode de vie, tandis que seulement 5 à 10 % sont héréditaires.
Divers nutriments peuvent inhiber l'apparition du cancer, et même, dans certains cas, contribuer à le prévenir. Parmi ces nutriments, on peut citer les glucosinolates (présents dans les légumes crucifères), le thé vert, le café, divers fruits et légumes, le sélénium, la vitamine D3, et bien d'autres.
Par ailleurs, les aliments contiennent aussi des substances susceptibles de favoriser le développement du cancer. Citons par exemple les hydrocarbures aromatiques polycycliques et les amines hétérocycliques, qui se forment lors de la combustion d'aliments riches en protéines.
Pour être bien clair : les effets de ces nutriments doivent être considérés dans un contexte de prévention, et non comme un traitement d’un cancer existant. »
Pourtant, il existe des régimes alternatifs contre le cancer. Y a-t-il un fondement scientifique ou s’agit-il d’un phénomène de mode ?
« En effet, il arrive que l’on entende ou lise que certains régimes alternatifs peuvent ralentir le cancer, voire le guérir. Les trois plus cités sont le régime cétogène, le régime alcalin et le jeûne intermittent. Examinons-les de plus près. »
Le régime cétogène aide-t-il à lutter contre le cancer ?
« Le régime cétogène crée probablement un environnement métabolique défavorable aux cellules cancéreuses et peut donc être considéré comme une stratégie adjuvante au sein d'une thérapie multifactorielle personnalisée. La plupart des études précliniques et divers essais cliniques indiquent les bénéfices du régime cétogène en association avec les traitements standards, car il pourrait renforcer les effets anti-tumoraux de la chimiothérapie et de la radiothérapie classiques. De plus, le régime est généralement bien toléré, sûr et peut contribuer à une meilleure qualité de vie.
Il est toutefois important de souligner qu'aucune organisation majeure de lutte contre le cancer ne recommande le régime cétogène comme traitement unique pour les patients atteints de cancer. Ce régime n'est pas non plus recommandé à titre préventif. »
Le régime alcalin aide-t-il à lutter contre le cancer ?
« Le degré d’acidité ou d’alcalinité de votre sang est mesuré par l’échelle du pH et régulé avec précision par les reins et les poumons. Un pH de 0 indique un milieu fortement acide, un pH de 14 un milieu fortement alcalin et un pH de 7 un milieu neutre. Différentes parties du corps possèdent des valeurs de pH spécifiques pour un fonctionnement optimal. Par exemple, le sang est naturellement légèrement alcalin (pH d'environ 7,4), tandis que l'estomac est très acide (pH entre 1,5 et 3,5) pour faciliter la digestion. Il est impossible de modifier le pH sanguin par l'alimentation. Le régime alcalin repose sur l'idée qu'un milieu acide favoriserait des maladies comme le cancer, tandis qu'un milieu alcalin contribuerait à une bonne santé. Ce régime est devenu populaire dans les médias, mais les études rapportant de tels effets ont toutes été réalisées en laboratoire et ne s’appliquent pas directement au corps humain.
Il n'existe donc aucune preuve scientifique qu'un régime alcalin réduise le risque de cancer ou offre une protection contre cette maladie. Ce type de régime, qui exclut souvent la viande et les produits laitiers, ne modifie pas le pH du sang ni celui des autres organes. De plus, un régime restrictif peut entraîner une perte de poids indésirable et des carences en nutriments essentiels tels que le calcium, la vitamine D3, la vitamine B12 et les protéines, affectant la santé et le traitement.
Même si un régime pouvait théoriquement changer le pH sanguin, il faut garder à l’esprit qu’un environnement fortement alcalin peut en réalité réduire l'efficacité de la chimiothérapie. »
Le jeûne intermittent aide-t-il à lutter contre le cancer ?
« Ce type de régime consiste à jeûner ou à manger très peu pendant de longues périodes. Si vous avez reçu un diagnostic de cancer, ce régime est déconseillé. Le jeûne peut réduire votre capacité à absorber tous les nutriments essentiels. Si vous suivez un traitement contre le cancer, votre corps a besoin de beaucoup d'énergie, de protéines, de vitamines et de minéraux pour y faire face. Le jeûne augmente également le risque de perte de poids. Nous savons qu'il est important de maintenir son poids pendant un traitement contre le cancer, même en cas de surpoids. La recherche sur le jeûne intermittent en est encore à ses débuts et a été principalement menée sur des animaux et des cellules isolées. Par conséquent, les preuves scientifiques soutenant le jeûne intermittent sont limitées. Le jeûne est absolument déconseillé aux patients à risque de malnutrition ou atteints de diabète. »
Que doit manger et boire un patient atteint de cancer ?
« Une alimentation équilibrée est essentielle pendant le traitement du cancer. Les recherches montrent que la perte de poids due au cancer ou à son traitement peut réduire la réponse thérapeutique, aggraver les effets secondaires et diminuer le taux de survie global. De plus, une perte de poids involontaire est source de stress et peut avoir un impact considérable sur la qualité de vie.
Une alimentation saine comprend une variété d'aliments, notamment des glucides, des protéines, des lipides, des vitamines et des minéraux. Les régimes alimentaires riches en énergie et en protéines aident les patients à maintenir un poids santé pendant leur traitement. Cependant, les effets secondaires de la maladie ou du traitement peuvent rendre difficile le fait de s'alimenter et de maintenir un poids santé. »
Les hôpitaux fournissent souvent des guides pour présenter de manière pratique et accessible les informations sur l'alimentation des personnes suivant un traitement contre le cancer.
Quels sont vos conseils concernant la nutrition et le cancer ?
« Il n'existe aucun régime, super-aliment, vitamine ou boisson capable de guérir le cancer. Le cancer résulte généralement d'années de dommages génétiques aux cellules, causés par des facteurs environnementaux tels que la pollution et les choix de vie, et dans une moindre mesure par une prédisposition génétique. Une fois le cancer diagnostiqué, ni le chou kale ni les vitamines ne pourront faire disparaître la maladie.
Mon conseil concernant le cancer est clair : privilégiez la prévention, dans laquelle la nutrition joue un rôle important, et si vous êtes atteint d’un cancer, faites confiance à la médecine conventionnelle et aux traitements éprouvés actuellement disponibles. Ces dernières années, les techniques de traitement du cancer ont connu des progrès spectaculaires, augmentant considérablement les chances de guérison grâce à un dépistage précoce. D’importants investissements sont également consacrés à la recherche, comme en témoignent les efforts de la « Fondation contre le Cancer », qui investit chaque année des millions d’euros dans la recherche scientifique.
Par conséquent, ne vous fiez pas aux régimes douteux ni aux charlatans qui recommandent toutes sortes de compléments alimentaires, pilules ou pommades. Aucune preuve scientifique ne démontre l'efficacité de ces remèdes. Y recourir est très risqué : aucune amélioration ni guérison n'est garantie, et vous risquez par ailleurs de passer à côté de traitements précieux et éprouvés de la médecine conventionnelle. »
Références :















