Témoignage | J'ai perdu ma mère enceinte de mon deuxième enfant

dossier Laura est la maman de deux enfants. Quand elle était enceinte de son deuxième, sa maman est décédée. Elle a vécu, en l'espace d'à peine trois mois, deux des plus gros événements de la vie: la perte d'une mère et la mise au monde d'un enfant. Elle a accepté de nous raconter son histoire. "La mort de ma mère n'a pas été brutale. Elle a été la suite d'une longue maladie neuro-dégénérative atroce. D'ailleurs, quand mon test de grossesse a été positif, je lui ai dit immédiatement, exactement comme pour mon aîné. C'est le genre de situation de vie où tu n'attends pas un jour de plus. Chaque minute compte, on sait jamais si maman sera encore en vie demain. Je voulais qu'elle sache. Vite, c'est urgent!!

Les derniers jours

Nous avions assisté, avec mes frères, à sa paralysie et sa longue agonie. Les deux dernières semaines de sa "vie", nous étions tous réunis. Moi, mes frères, mon compagnon et notre fils ainé, alors âgé de presque trois ans. Et ce futur bébé, un garçon, qui grandissait dans mon ventre. J'étais enceinte de six mois révolus, j'entamais le dernier trimestre de ma grossesse. Nous sommes restés soudés autour de notre mère, essayant de l'accompagner au mieux dans ses derniers instants. Comme elle ne pouvait pas parler, il nous était difficile de savoir ce qu'elle voulait. Je me revois, avec mon gros ventre, me pencher pour essayer de comprendre un soupir, pour m'occuper d'elle, lui faire un brin de toilette dans son lit médicalisé, lui laver les cheveux tant bien que mal, mais aussi m'occuper de notre fils aîné dont l'anniversaire approchait: il allait avoir 3 ans, et réclamait une attention énorme, forcément. Parfois, je ne savais pas si elle m'entendait, mais je lui parlais quand même. On était en pleine recherche de prénoms, je lui demandais son avis, même si mes mots restaient sans réponse! J'avais envie qu'elle sente qu'elle pouvait partir en paix, la vie allait continuer après elle, grâce à elle. J'avoue avoir pas mal oublié que j'étais enceinte, les derniers jours de sa vie. Heureusement, dans mon malheur, j'avais la chance d'avoir une grossesse au top. À six mois, j'étais sortie des nausées intenses du premier trimestre, et je n'étais pas encore dans la dernière ligne droite où se mouvoir est parfois difficile. Je n'avais aucun souci de santé, bébé et moi allions bien. Je pouvais donc me permettre de ne penser qu'à ce qui était en train de m'arriver. Mon bébé me laissait libre de m'occuper de ma maman, et rien que de ma maman.

Mon bébé m'a aidée à tenir le coup

Et puis, un matin très tôt, elle est morte. Trois ans jour pour jour, presque heure pour heure, après la naissance de son petit fils. Eh oui, elle est partie le jour de l'anniversaire de mon grand! Les funérailles ont été magnifiques, très émouvantes, avec beaucoup de monde. J'avais acheté un pull noir qui laissait de la place à mon baby bump déjà gros, effet deuxième enfant sans doute. Je devais faire un petit discours le jour J. Quand j'y repense, je me revois avec ce ventre, que j'oubliais presque, dont j'avais parfois à peine conscience, en train d'enterrer ma mère. Je me souviens m'être dit "merde c'est con, je ne peux même pas picoler!!!"
Bientôt, j'allais connaitre une des plus grandes joies de la vie.
Les gens ont tendance à penser que, vivre la perte d'un être cher enceinte, c'est plus difficile qu'en temps "normal". Je devais le penser moi-même avant que ça ne m'arrive. On m'a demandé plusieurs fois si ce n'était pas trop dur, par rapport à mon état. En fait, c'était tout le contraire! Je me souviens d'un soir où, allongée sur mon lit, j'ai senti mon bébé bouger, donner des petits coups. J'ai touché mon ventre... et j'ai souri! J'ai réalisé que je souriais, que j'étais heureuse quelque part. C'était grâce à ce bébé que je sentais bouger. La vie continuait! J'ai pensé très fort que, tout bientôt, j'allais connaitre une des plus grandes joies de la vie. C'est resté comme un fil rouge durant toute cette période: c'est horrible ce que tu vis maintenant, mais bientôt, tu vas connaitre un grand bonheur.

La vie doit continuer

Et puis je ne pouvais pas me laisser aller! Hors de question de prendre des trucs pour dormir, de boire de l'alcool, de ne pas manger... J'étais obligée de continuer, de me nourrir correctement, de prendre soin de moi. En revanche, ce qui m'a beaucoup angoissée, c'est l'idée que mon bébé ressente mon chagrin et mon stress. J'avais beaucoup pleuré, il avait dû être secoué! Cette pensée était vraiment quelque chose d'horrible. J'entendais résonner ces voix qui vous disent, comme des oiseaux de malheur "faut pas stresser, c'est pas bon pour le bébé"... J'en étais même arrivée à penser que, peut-être, un chagrin intense pourrait tuer mon bébé dans mon ventre. Alors j'ai fait des recherches sur Internet sur l'impact du stress sur le fœtus. J'avais dû taper des requêtes du genre "le bébé peut-il ressentir la tristesse de sa mère?" Heureusement, ce que j'ai pu lire m'a plutôt rassurée. Mon bébé n'allait pas naitre traumatisé ou dépressif parce que sa grand-mère était morte pendant qu'il était dans mon ventre, et encore moins mourir. Et j'essayais de relativiser en me disant "le stress, c'est la vie!". Après tout, plein de femmes enceintes devaient connaitre des événements difficiles, c'était aussi ça, la vie. Très vite j'ai donc éloigné cette idée noire de mon esprit.

Être en deuil avec un nouveau-né

Le jour de mon accouchement, j'ai pensé très fort à ma mère. Je n'avais pas connu pareilles douleurs de l'enfantement au moment de mettre au monde mon premier enfant, puisque j'avais eu une césarienne. Mais là, cette fois, j'allais faire comme ma mère, et pendant que je poussais, je la sentais avec moi. Regarde maman, j'y arrive! Mon bébé est né. C'était le plus mignon petit bébé du monde. Calme, l'air serein, tétant et grossissant bien. Il nous faisait des sourires incroyables, et je me souviens avoir pensé "mon Dieu mais c'est comme si il ne s'était rendu compte de rien!" Un bébé facile, comme s'il ne voulait pas m'en rajouter une couche... Mon seul regret, évidemment, est que ma mère n'ait pas pu voir son petit-fils, à trois foutus mois près. Je ne lui souhaitais pas de vivre son calvaire encore longtemps, mais trois mois, juste trois petits mois... La mort et la vie se sont côtoyés de très près. Perdre l'être auquel je tenais le plus au monde, pour en "gagner" un autre... Mon deuil a été étrange. J'avais parfois de gros coups de blues - j'en ai encore! - mais je n'ai pas fait de déprime post-partum. Je me demande d'ailleurs comment, d'autant que, lorsque vous perdez quelqu'un, vous avez bien des choses pas marrantes à gérer par la suite. Mon bébé m'a peut-être donné une force, je ne sais pas. Je repense à ces mots que mon frère m'a dit, les jours qui ont suivi la mort de notre mère "Il y aura des jours meilleurs Laura". Ces jours meilleurs sont arrivés, trois petits mois plus tard." Suivez Minimi sur Instagram Lire aussi: Décès d'un proche : l'enfant et les funérailles Témoignages | Séjourner en maternité mais sans bébé Touche pas à mon deuil périnatal: le débat lancé par Cyril Hanouna sur Chrissy Teigen indigne

auteur : Amélie Micoud - journaliste santé

Dernière mise à jour: novembre 2020
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