Le mélanome : un cancer cutané très meurtrier !

Dernière mise à jour: mars 2011 | 67928 visites

dossier Le mélanome est la forme la plus agressive du cancer cutané. Il s’agit d’une lésion cancéreuse maligne qui est produite par les cellules pigmentaires de l’épiderme. Les autres formes de cancer de la peau appelé épithéliome proviennent des cellules épithéliales de l’épiderme. Le mélanome malin surviendra plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes. Les endroits de prédilection chez les femmes sont les jambes et chez les hommes, le tronc. On remarque que les hommes consultent généralement plus tard que les femmes et que leurs chances de survie sont donc plus minces. En comparaison avec d’autres cancers, le mélanome touchera davantage des personnes jeunes ou d‘âge moyen.

Depuis le début des années ‘60 jusqu’à la fin des années ’80, on a dénombré une recrudescence perpétuelle des cancers cutanés. Le nombre de nouveaux cas doublerait tous les 10 à 20 ans ! C’est ainsi que le mélanome est le cancer qui a auprès de la population blanche la plus grande incidence. On estime à 1000 voire 1200 nouveaux cas de mélanome malin recensés dans notre pays chaque année. Cette augmentation significative est à mettre en corrélation avec un changement dans les habitudes des gens : les vacances sont de plus en plus fréquentes, très souvent sous des latitudes ensoleillées, le port du bikini s’est généralisé…voire du monokini ou du bronzage intégral sans oublier le succès croissant des bancs solaires.

Au niveau mondial, le mélanome malin représenterait 1,2% de tous les cancers avec environ 70.000 nouveaux cas par an. Dans les pays industrialisés, le chiffre serait même de 7% chez les hommes et de 8,5% chez les femmes. L’Australie et la Nouvelle-Zélande détiennent le triste record mais il faut dire que le soleil y est particulièrement agressif et ce, suite au rétrécissement de la couche d’ozone.. En Océanie, le mélanome est le 4e cancer par ordre d’importance mais de sérieuses mesures de santé publique ont été prises ces dernières années - avec succès - au niveau de la sensibilisation et de la prévention ! Dans les pays scandinaves, aux Etats-Unis et au Canada, le mélanome arrive en 10e position alors qu’au Royaume-Uni, il n’est qu’en 18e position !

Les types de cancers cutanés

L’épithéliome basocellulaire évolue généralement très lentement. Les risques métastasiques sont faibles. Les pronostics de guérison sont assez bons même si une opération souvent assez mutilante est nécessaire pour procéder à l’ablation des cellules cancéreuses.

L’épithéliome spinocellulaire prend généralement forme sur une verrue ou un naevus, une kératose solaire ou une tache de vieillesse existante. L’évolution est assez rapide avec un risque élevé de métastases et une issue fatale. Une intervention rapide sera la garante d’une survie. Les traitements seront parfois très lourds.

Le mélanome malin est donc une tumeur cutanée qui touche à la fois l’épiderme, le derme mais aussi les tissus cutanés et les muqueuses. Un dépistage précoce est une garantie indéniable de pronostic favorable. Il existe un moyen mnémotechnique d’examiner soi-même ses taches de beauté ou de vieillesse pour voir leur évolution : la règle ABCD (voir plus loin).
Il est conseillé de consulter rapidement un médecin ou un dermatologue si vous constatez l’apparition d’un nouveau grain de beauté ou si une tache préexistante a changé d’aspect, de couleur etc.

Les effets du soleil

Le soleil - producteur de vitamine D nécessaire entre autres au bon fonctionnement de notre organisme, pour lutter contre la dépression et pour le squelette - ne doit pas être consommé à outrance. Il faut éviter si possible les bancs solaires ou en limiter les séances si on ne peut pas faire autrement. Pas de bancs solaires pour les enfants, les ados de moins de 18 ans, les femmes enceintes et les personnes qui ont déjà souffert d’un cancer cutané ou qui sont dites ‘à risque’ de par leur phototype de peau.

Pour rappel, il convient de distinguer au sein du spectre solaire, les divers rayons UV.
• Il y a les UVA qui ont une importante longueur d’ondes (de 320 à 400 nm),
• Les UVB qui ont une longueur d’ondes moyenne (280 à 320),
• Les UVC qui ont une courte longueur d’ondes (190 à 280 nm).

La peau modifie le trajet de la lumière solaire via 4 processus que sont la réflexion, la diffusion, la transmission et l’absorption. La barrière que forme la couche cornée est suite à une exposition solaire plus épaisse et nous protège donc des effets délétères liés aux quatre procédés susmentionnés. Le rôle de la mélanine est, quant à lui, fondamental. La mélanine se trouve sous forme de petites particules granuleuses (mélanosomes) dans la peau. Elle est fabriquée par des cellules spéciales, les mélanocytes. C’est elle qui donne une coloration bronzée à la peau, c’est ce qu’on appelle la pigmentation cutanée. Une telle pigmentation naturelle offre une protection à la peau face aux rayons solaires mais elle est limitée et varie considérablement d’une personne à l’autre en fonction du type de peau, de la couleur des cheveux et de la protection inhérente de la peau face aux rayons solaires… bref, en fonction du phototype.

La pénétration des rayons solaires sur la peau peut être schématisée de la façon suivante : 90% des UVB sont retenus et absorbés par l’épiderme, 20 à 30% des UVA et la lumière ambiante atteignent le derme où ils sont absorbés.

Les réactions au soleil

On distingue des réactions rapides comme par exemple une sensation de chaleur, la production de vitamine D via les UVB et un teint hâlé le soir (essentiellement dû à l’action des UVA).

Les réactions retardées sont essentiellement imputables aux UVB
• L’érythème solaire est le classique coup de soleil qui peut aller d’une légère coloration rouge à de grosses gourmes douloureuses. La gravité d’un coup de soleil dépend de l’intensité et de la durée d’exposition sans protection solaire adaptée et du phototype mais aussi de la réflexion ou de la latitude. Les UVA aggravent un coup de soleil suite à la photo-addition. Cela explique pourquoi le soleil de la fin de l’après-midi pauvre en UVB mais riche en UVA aggrave un coup de soleil encouru le midi !
• La pigmentation retardée ou le bronzage a lieu 2 jours après une exposition solaire et atteint son apogée après 20 jours pour diminuer graduellement s’il n’y a plus d’exposition solaire. Les rayons UVB sont ceux qui font le mieux bronzer alors que les UVA stimulent la production de mélanine donc la pigmentation.
• Un épaississement de l’épiderme et une diminution de l’immunité.

Les réactions tardives ou néfastes
Elles sont avant tout cumulatives et dépendent de la dose de soleil auquel l’organisme a dû faire face.

• Le vieillissement cutané est surtout dû aux rayons UVA. Les infrarouges et les UVB (bancs solaires) jouent un rôle défavorable puisqu’ils occasionnent une élastose solaire, c’est-à-dire une perte d’élasticité cutanée qui donne naissance une peau sèche, épaissie, jaunâtre avec de profondes rides voire des sillons et parsemées de taches brunes.

• Le cancer cutané qui est la conséquence la plus grave. Essentiellement dû aux UVB et aussi aux UVA dans une moindre mesure.

Se protéger contre le soleil

Les vêtements
Il y a 50 ans, le bronzage était décrié, c’étaient les paysans qui à force de travailler dans les champs avaient la peau burinée. Les femmes faisaient tout pour avoir une peau laiteuse. Ombrelles, chapeaux, parasols, vêtements à manches longues, gants de coton ou de dentelle avaient leurs faveurs. Aujourd’hui, cette mode est oubliée et pourtant les vêtements constituent toujours la meilleure protection contre les effets délétères du soleil. Long pantalon même en lin, casquette, chapeau de soleil, … offrent de bonnes protections. De plus, c’est très trendy. En Australie, on est parvenu à réduire de moitié le nombre de cancers cutanés par le simple fait de porter des vêtements protecteurs et une casquette ou un chapeau !

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La crème solaire
Il convient d’opter pour une crème solaire qui conviendra parfaitement à votre phototype mais aussi au type d’activités que vous souhaitez faire au soleil. En effet, il existe des crèmes solaires résistantes à l’eau qui offrent donc une protection supplémentaire contre la sueur quand on fait par exemple du sport.
• Si vous avez des cheveux foncés, une peau mate et que vous bronzez facilement sans coup de soleil, optez pour une protection avec un SPF de 6 à 12.
• Si vous bronzez plus difficilement ou après avoir eu des rougeurs, préférez un SPF de 20.
• Si vous êtes roux, avez une peau laiteuse, êtes allergique, bronzez très difficilement et avez toujours des coups de soleil, optez toujours pour un SPF de plus de 20 voire un écran total.
• Notez que la législation a changé en 2008 et que les indices de protection ont été harmonisés. Finis les indices ou Sun Protected Factors fantaisistes qui pouvaient atteindre des chiffres tels que 60+. Les indices sont de 10-12, 15, 20, 30 ou alors en écran total.
• Chez les enfants, il faut toujours optez pour un écran total sans parfum et hypoallergénique.

Les personnes qui travaillent au grand air comme par exemple les jardiniers, les sportifs, les moniteurs de sport, les ouvriers sur des chantiers en plein air etc. devront s’enduire d’une protection le matin (même en hiver) et renouveler l’application plusieurs fois en cours de journée en été. Les femmes peuvent utiliser une crème solaire comme crème de jour ou de base avant le maquillage. Une telle application quotidienne permettra d’éviter l’apparition de taches de sénescence (taches brunes de vieillesse).

En vacances, il convient d’appliquer le produit 15 à 30 minutes avant l’exposition au soleil et de renouveler les applications toutes les 2h, après chaque baignade ou toute activité sportive qui a entraîné beaucoup de sueur et ce, même si le produit solaire appartient à la catégorie des waterproofs.
Il ne faut pas oublier les zones délicates : nez, oreilles, plante des pieds, orteils, les mains, la nuque, les aisselles et les démarcations des bikinis ou maillots.

De fréquentes incompréhensions voire des malentendus
• Il est erroné de penser qu’un parasol offre une protection anti-UV de 100%. En effet, les rayons qui sont réfractés atteindront immédiatement votre visage sous le parasol. Il vaut mieux placer le parasol dans l’herbe car cette surface absorbera davantage les rayons qu’un parasol sur un piquet au bord d’une piscine!
• Ne pensez pas qu’un ciel nuageux ou couvert soit sans danger : même si vous ne sentez pas les rayons du soleil, un ciel couvert ou voilé peut entraîner de fameux dégâts cutanés.
Ne pas croire qu’une peau bronzée est parfaitement protégée des UV. Certes une peau impeccablement bronzée ne risque plus d’encourir des coups de soleil mais la peau ne sera pas protégée des effets délétères des UV. Il conviendra d’utiliser une protection solaire avec un indice de protection assez bas.
• Les autobronzants, même s’ils pigmentent artificiellement la peau, ne constituent en rien une protection contre les UV. Les autobronzants à la différence des bancs solaires ne sont pas nocifs pour ceux et celles qui voudraient afficher un hâle doré toute l’année mais ne protègent en rien la peau des effets des UVA et UVB.
• Les gélules au psoralène qui sont recommandées dans le cas de certaines pathologies et sous contrôle médical ou celles en nutricosmétique enrichies en bêta-carotène qui confèrent un hâle assez orangé n’offrent aucune protection cutanée contre les effets délétères du soleil. C’est un leurre. Il en va de même pour le bronzage acquis au banc solaire. Il empêchera seulement d’attraper plus vite des coups de soleil mais c’est tout !

Les groupes à risque

Il s’agit essentiellement de risques personnels comme le phototype, le nombre de taches pigmentaires, les antécédents familiaux, le nombre de coups de soleil enregistrés durant l’enfance, des facteurs environnementaux. Il existe également des facteurs qui prédisposent des individus au cancer cutané :
• Les personnes qui présentent un phototype clair (type I, II) avec des cheveux roux ou blonds comme les blés dont la peau présente de nombreuses taches de beauté dont 3 sont au moins de forme irrégulière, qui ont des antécédents familiaux, qui vont souvent sans protection solaire au soleil ou qui font des séances de banc solaire.

Les caractéristiques personnelles
• Le phototype est, pour rappel, la manière dont la peau réagit face à un coup de soleil. Le phototype I concerne les personnes à la peau très claire et aux cheveux roux. Elles ne bronzent jamais mais ont toujours des coups de soleil. Et cela va jusqu’ à des phototypes V et VI avec des personnes aux cheveux noirs, avec une peau mate et qui bronzent facilement sans coups de soleil. Les phototypes les plus fréquents sont les phototypes de type III et IV, c'est-à-dire des personnes qui ont une peau claire mais ni laiteuse ni pour autant mate, qui bronzent avec le temps et qui ont parfois des coups de soleil. Elles ont une chevelure blond foncé voire châtain.
• La présence d’un important nombre de taches pigmentaires joue un rôle prépondérant surtout en ce qui concerne les taches pigmentaires dites atypiques.

Cancer cutané et jeunes enfants

On estime à 50 voire 80% les dégâts de la peau qui ont été encourus avant l’âge de 15-20 ans. Alors que les enfants de nos jours durant leurs jeux sont bien surveillés et régulièrement enduits de crème, les ados de plus de 15 ans étant plus indépendants oublient, quant à eux, de s’enduire régulièrement de crème. La protection de la peau contre les effets délétères de l’astre doré s’apprend donc dès le plus jeune âge, c’est un réflexe à acquérir !
• Il convient d’éviter de faire du sport, des activités à l’extérieur, de bronzer ou de privilégier les baignades aux heures où le soleil est le plus vif (entre 11h et 15h sous nos latitudes),
• Portez chapeau, casquette ou bandana et surtout des lunettes solaires avec des verres anti-UV de bonne qualité,
• Plusieurs applications de produit solaire de SPF > 20,
• Eviter les coups de soleil,
• Ne pas faire de banc solaire,
• On observe à ce propos très peu de cas de mélanome durant l’adolescence par contre les jeunes adultes entre 20 et 30 ans voient les risques augmenter.
• Les caractéristiques d’une tache pigmentaire suspecte. En inspectant vos taches pigmentaires, grains de beauté etc… certaines taches pourraient vous paraître suspectes, se modifier, grossir. Il ne faut pas tarder à consulter un médecin voire un dermatologue dès que vous constatez une nouvelle tache pigmentaire ou toute modification d’un grain de beauté existant. Retenez simplement que des taches pigmentaires saines sont généralement symétriques c'est-à-dire qu’en traçant une croix sur la tache, 4 carrés de même grandeur apparaîtront. Lorsqu’elle est asymétrique, cela peut être synonyme de lésions suspectes mais d’autres caractéristiques peuvent encore entrer en ligne de compte comme des contours qui auraient changé, un changement de couleur voire une tache qui se met à saigner. Enfin, le diamètre revêt aussi une importance non négligeable. Il existe une règle mnémotechnique qui permet de retenir les caractéristiques qu’il faut tenir à l’œil et observer.

Les règles ABCD :

A. pour Asymétrie, comme susmentionné, la tache pigmentaire doit être symétrique.
B. pour Bord : quand les bords sont irréguliers.
C. pour Couleur : un mélanome a souvent une couleur foncée qui vire au bleu, mauve avec diverses colorations. Il peut y avoir un mélange de rouge, de gris…
D. pour Diamètre : il devra toujours être inférieur à 6mm.

D’autres signes peuvent attirer l’attention comme une tache pigmentaire qui change soudainement de grandeur, la disparition des lignes inhérentes à la peau, une desquamation, des saignements au niveau de la tache, une tache qui s’épaissit avec formation d’une croûte, un effritement de la pigmentation etc.
Malheureusement, certains mélanomes évolueront très vite et auront atteint le derme en profondeur dès le début. Ils ne correspondront pas à la règle ABCD mais se présenteront plutôt comme un petit nodule qui finira par grossir et saigner.
Attention: il ne faut pas voir un mélanome en toute tache pigmentaire mais ne pas se voiler la face non plus ! La vigilance est essentielle, l’auto-examen est de mise et il est recommandé de consulter une fois an un dermatologue pour qu’il vérifie tous les grains de beauté.

Dermatoscopie : un examen complémentaire dans le diagnostic des lésions pigmentaires

Le dermatologue à l’aide d’un dermatoscope qui, muni d’une lentille qui agrandit 10x l’image, examinera toutes les taches pigmentaires suspectes. Il y placera au préalable quelques gouttes d’huile qui pénètrera plus facilement dans la peau. Le praticien pourra ainsi examiner avec précision la lésion pigmentaire en profondeur... Et ainsi établir avec précision un diagnostic rapide et efficace.

Traitement du mélanome

Tout dépend du stade de la maladie. On définira la gravité de la maladie en examinant la grosseur de la lésion au microscope (mesures en millimètres - index de Breslow) et on découvrira aussi d’éventuelles métastases dans les ganglions lymphatiques ou d’autres organes via examens cliniques et radio.

Lorsque le mélanome en est au stade I, le praticien pratiquera l’ablation de la lésion suspecte et environ 1 à 2 cm de peau saine autour du mélanome. C’est le cas lorsque la lésion a un diamètre < 0,75 mm d’épaisseur.

Si la lésion est plus grosse qu’un millimètre, il faudra parfois procéder à l’ablation des ganglions lymphatiques qui se trouvent à proximité. Si le patient présente un risque de développer des récidives (souvent lorsque la lésion en stade IIb était supérieure à 4mm), on préconisera un traitement complémentaire en ôtant les ganglions lymphatiques et aussi l’administration d’interféron a. Ce médicament devra être pris durant 1 an.

Il en va de même lors du stade II avec métastases en transit ou au niveau des ganglions lymphatiques. Au stade IV, il y a des métastases au niveau des organes qui peuvent toucher le foie, les os ou d’autres organes. Des traitements en oncologie, lourds sont à prescrire. Chimiothérapie, interventions chirurgicales etc. sont souvent de mise. Hélas, le pronostic n’est que de 20 à 30% de guérison !

Une protection contre les UV s'impose dès le plus jeune âge et ce, toute la vie durant!


publié le : 07/01/2011 , mis à jour le 30/03/2011
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