Les symptômes bizarres du Covid-19

Dernière mise à jour: octobre 2021

dossier Orteils, langue, pénis, anus... Et si le Covid-19 ne touchait pas que le nez, la gorge et les poumons, comme on pourrait le penser a priori ? Petit tour du monde non exhaustif de ces symptômes étranges.

La pandémie a mis en évidence un phénomène qu’on a parfois tendance à oublier : toutes les maladies courantes peuvent avoir des complications plus ou moins rares et plus ou moins sévères, que ce soit pendant l’infection elle-même ou des mois (voire des années) après.

« La maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) présente un large spectre allant des symptômes respiratoires et nasopharyngés aux maladies cérébrovasculaires, en passant par les troubles de la conscience et les lésions des muscles squelettiques. Des preuves émergentes ont indiqué la propagation neuronale de ce nouveau coronavirus », résume une étude japonaise citée dans la suite de cet article.

Alors oubliez les classiques et presque trop simples maux de gorge, fièvre, toux persistante et pertes d’odorat : les symptômes ou conséquences du Covid qui suivent, tous rapportés dans la littérature médicale, ont de quoi surprendre, parfois les scientifiques eux-mêmes. Et l’on peut parier que, dans les mois et années à venir, nous découvrirons d’autres effets de la maladie.

Syndrome de l’anus sans repos

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Le cas d’un patient japonais de 77 ans a été rapporté dans un article du BMC Infectious Diseases en septembre dernier. L’homme avait été hospitalisé suite à une infection au Covid-19. Plusieurs semaines après sa sortie de l’hôpital, il a consulté pour une gêne anale profonde et permanente, apparue progressivement. A noter que les symptômes d’insomnie et d’anxiété étaient toujours présents chez le patient, malgré le traitement. « Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est un trouble neurologique et sensorimoteur courant, mais très peu diagnostiqué. (...) Ce cas remplissait les quatre caractéristiques essentielles du SJSR, à savoir l'envie de bouger, l'aggravation au repos, l'amélioration à l'exercice et l'aggravation le soir », résume l’article. Ce cas de « syndrome d’anus sans repos » semble être une première, en tout cas à l’observation, et peut constituer une nouvelle preuve que le virus aurait un impact sur l’état neuropsychiatrique, justifiant une surveillance au long cours.

Covid et troubles de l’érection

Une étude américaine récente publiée dans Sexual Medicine Reviews a confirmé l’hypothèse qu’une infection au coronavirus peut avoir un impact sur l’érection, une fois les patients symptomatiques rétablis. Pour des raisons biologiques d’abord : le virus affecterait les tissus du pénis, en pénétrant dans les cellules endothéliales, les cellules de la muqueuse des vaisseaux sanguins. En conséquence, certains mécanismes comme la vasodilatation sont  perturbés, et l’afflux sanguin permettant une érection n’a plus lieu normalement. Ce dysfonctionnement des vaisseaux sanguins est général, et peut indiquer des complications pulmonaires et cardiovasculaires. Par ailleurs, des raisons sociales et psychologiques à cette dysfonction érectile ont été avancées, en termes d’accès aux soins d’une part et de santé mentale d’autre part (dépression et anxiété dues à la crise sanitaire).

Lire aussi : Covid-19 et troubles de l’érection : une étude confirme l’impact de la pandémie sur la fonction érectile

Fantosmie et parosmie

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Ici rien de bien surprenant pour les scientifiques puisque la fantosmie, ou perception d’odeurs fantômes, et la parosmie, ou distorsion des odeurs, sont une conséquence courante des maladies respiratoires. La fantosmie correspond à une hallucination olfactive après une perte de l’odorat, ici consécutive au Covid-19. La perte de l’odorat, ou anosmie, est l’un des symptômes caractéristiques du Covid, notamment des formes (plus ou moins) légères de la maladie. Le virus affecte les récepteurs de la muqueuse olfactive, détruisant ses neurones, et même dans certains cas, la zone du cerveau liée à l’odorat. Heureusement, dans la majorité des cas, les personnes anosmiques recouvrent leur sens en quelques jours ou semaines.

Mais des troubles de l’odorat - et par ricochet, du goût - se retrouvent dans les Covid longs. Parmi eux, la fantosmie et la parosmie donc. « Mon vin préféré a maintenant un goût de vomi, tout comme l'ananas et les fromages à pâte molle », explique Karen, dans un article du Daily Mail. « Je demandais sans cesse à mon mari si quelque chose brûlait, mais il n'avait aucune idée de ce dont je parlais. Plus récemment, j'ai commencé à sentir l'essence. » Ce sont des odeurs désagréables qui, malheureusement pour les malades, sont en général perçues. Des odeurs de cigarette, ou votre parfum qui devient insupportable... Mais, a priori, ces odeurs fantômes seraient bon signe, puisqu’elles correspondraient à la régénérescence des cellules olfactives : « Les phénomènes de parosmie et de fantosmie découleraient d’ailleurs directement de ce processus de régénération : ils seraient le reflet d’une réorganisation un peu chaotique du tissu », peut-on lire sur le site de l’Inserm, dans un article sur les anosmies persistantes.

Orteils colorés

Constatant au plus fort de la pandémie une recrudescence de ce qui ressemblait à des engelures, les spécialistes ont rapidement établi un lien entre ces engelures et le Covid. Cette inflammation des orteils avec coloration rouge à violacée est alors principalement remarquée chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Mais parmi les patients présentant ces pseudo-engelures ou « orteils Covid », une trop petite proportion de personnes était infectée par le virus. Les experts ont alors douté du lien direct entre le Covid et ces pseudo-engelures. 

Mais récemment, des chercheurs français et suisses ont conclu que ces orteils Covid seraient en fait le symptôme d’une immunité innée forte au coronavirus. Le signe d’un « vaccin naturel », en quelque sorte : « Des clusters familiaux de Covid-19 avec plusieurs cas d’engelure au sein de la fratrie ont été rapportés, ce qui suggère une prédisposition génétique. Il est intéressant de noter que seuls les membres de la famille présentant des engelures avaient une PCR SARS-CoV-2 négative et sont restés séronégatifs », rapporte l'étude suisse. Les orteils Covid, plutôt bon signe donc ? 

Langue Covid

Tim Spector est un épidémiologiste britannique co-fondateur de l’application ZOE, une application servant à collecter des données sur les symptômes des malades du Covid. Nous vous en parlions dans notre article sur les symptômes du Covid-19 chez les vaccinés. En janvier dernier, Tim Spector et son équipe ont rapporté avoir constaté un nombre croissant de personnes présentant des modifications de la bouche et de la langue. Parmi les plaintes : la langue Covid, ou la présence de plaques voire cloques blanches sur l’organe.  « Une personne sur cinq atteinte de Covid présente des symptômes moins courants qui ne figurent pas sur la liste officielle du Public Health England - comme des éruptions cutanées. Nous voyons de plus en plus de langues Covid et d'aphtes étranges », avait alors tweeté le chercheur. 



Sur le site de l’étude ZOE COVID, il est précisé que « les chercheurs ont constaté que la sécheresse buccale était le problème le plus courant, suivi par la perte du goût (dysgueusie) et l'infection fongique (muguet buccal). Ils ont également signalé des changements dans la sensation de la langue, des douleurs musculaires lors de la mastication, un gonflement de la bouche et des ulcères sur la langue ou la surface interne de la bouche et des lèvres ».

A ce jour, plusieurs hypothèses sont émises pour expliquer cette langue Covid, et autres modifications buccales : un effet direct de la maladie (comme la toux ou le mal de gorge), une réponse immunitaire au virus ou encore une plus grande sensibilité des personnes infectées aux infections fongiques de la bouche, comme le muguet.

Priapisme : des érections de plusieurs heures

Autre impact du Covid sur le pénis : une érection qui dure plusieurs heures, pour les personnes gravement touchées par la maladie. Deux cas de priapisme ont ainsi été rapportés à ce jour dans The American Journal of Emergency Medicine : un patient de 69 ans, décédé aux soins intensifs, et un patient français de 62 ans qui, lui, s’en est sorti. Pour le premier, l’érection avait été constatée lors de sa rotation du ventre au dos, et avait perduré trois heures. Pour le second, l’érection a duré quatre heures. Une persistance de l’érection pouvant avoir de graves conséquences, les deux hommes ont été traités localement par apposition de glace et drainage sanguin. Le patient français a également reçu des anticoagulants. Les chercheurs décrivent ces cas de priapisme comme « une complication thromboembolique d'un COVID-19 sévère ». Heureusement, ces cas semblent, à ce jour, encore isolés.

auteur : Amélie Micoud - journaliste santé
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