Témoignage | Mes bébés miracles après 9 ans d'essais et 4 ans en PMA

dossier

Karine a 38 ans, son conjoint 41. Tous les deux sont les heureux parents de jumeaux de 10 mois, conçus par fécondation in vitro (FIV). Leur parcours pour avoir un enfant a été long, très long. Alors Karine a souhaité raconter son histoire comme un véritable partage d'espoir.

"À 38 ans, je connais des termes tels que TEC, ICSI, GEU, GNE, follicules, PDS, PMA, FIV... 9 ans sans contraceptif, 9 ans qui auront été nécessaires à la concrétisation de notre projet bébé. 4 ans en PMA, en passant par les mains d’ostéopathe-gynécologue, d'acupunctrice ou de kinésiologue. Accompagnée par de la spagyrie (médecine alternative entre phytothérapie et homéopathie, ndlr), subissant hystérosalpingographie, hyperstimulation et anesthésie... Tout ça en buvant du jus de raisin et d’ananas, en mangeant du lin et en lisant quotidiennement les mamans en PMA dans un groupe Facebook. À chaque rendez-vous médical c’est l’ascenseur émotionnel, sans trop savoir à quelle sauce je vais être mangée...

Le début d'un long parcours

Nous sommes entrés en PMA à l'automne 2017, après 6 ans d'essais (en réalité 5 ans, puisque durant 8 mois cette attente a amené notre couple à une rupture, avec une fatigue émotionnelle pour ma part), 6 ans de pistes avec mon gynécologue personnel, et 6 ans de traitements alternatifs. Je n'étais pas prête à affronter le monde médical (je n'ai jamais eu d'accident ni été hospitalisée) et les premiers examens n'avaient pas mis en évidence de problème particulier, de mon côté ou de celui de mon partenaire. Mais comme aucun début de grossesse n'avait pointé le bout de son nez durant toutes ces années, nous nous sommes tournés vers la PMA.

Des examens complémentaires nous ont alors informés que mon conjoint avait des spermatozoides auto-immunes et peu rapides, très peu nombreux. De mon côté, pas de problématique décelée, mais sur 4 TEC (transferts d'embryons congelés) j'ai fait 3 fausse-couches. Nous avons démarré avec les 3 inséminations artificielles remboursées en Suisse qui n'ont abouti à rien. Puis nous sommes passés à la FIV. La ponction a eu lieu en août 2018 avec un excellent résultat: 8 embryons et 7 ovocytes congelés. 

Ascenseur émotionnel

Un parcours PMA est rude. On souhaite des réponses en espérant un traitement efficace. On apprend à ne pas avoir de pouvoir d'action, on apprend la patience, on apprend la communication dans le couple... Le plus difficile est l'ascenseur émotionnel. Est-ce dû aux stimulations? Je pense que c'est un tout. À chaque rendez-vous, à chaque contrôle, je sortais en pleurs et j'appelais mon conjoint. J'ignorais à quoi je devais m'attendre et même lorsque mon corps réagissait bien, c'était vécu comme un échec (puisque hyperstimulation). On apprend à se blinder, on se forge une armure... qui n'empêche pas de pleurer à chaque rendez-vous.

Et puis il y a l'organisation, le temps nécessaire aux différents examens, l'impact financier, le combat administratif avec l'assurance puisqu'en Suisse, la FIV n'est pas du tout prise en charge, et j'ai dû me battre pour un financement du suivi de mes fausses couches. Au bout de 3 fausses couches, la question de tout arrêter approchait grandement. Au vu de l'âge, des finances, de la baisse d'espoir... Avant de passer à la FIV, nous nous étions posé la question d'un parcours à l'étranger. Mais la langue et les questions pratiques nous ont ralentis et je ne regrette pas d'être restée en suisse, dans un sentiment de sécurité finalement.

L'espoir malgré tout

Nous y avons cru à fond à la première grossesse. Je n'étais pas préparée à une grossesse non-évolutive (puis grossesse extra-utérine au 2e TEC, puis fausse couche précoce au 3e TEC). Ce qui m'a donné la force de continuer, c'est ce mini-espoir de me dire que oui, les transferts fonctionnent parfois. Et puis nous avons eu 4 transferts de 6 embryons congelés, avec un test positif les 4 fois. J'y croyais encore et n'imaginais pas ma vie sans enfants à moi, ma profession étant déjà de m'occuper des enfants des autres, en garderie.

Dans un parcours PMA, il n'y a pas véritablement de découverte de grossesse. Pour nous, c'était test sanguin et rien d'autre. Je n'ai jamais fait de test urinaire, car avant la PMA je n'ai jamais eu de suspicion d'être enceinte, et avec les traitements, j'avais trop peur d'un faux-positif. Du coup, l'annonce se fait par appel en début de journée, suite à une prise de sang vers 9h. Il me tenait à coeur de pouvoir annoncer la bonne nouvelle de manière préparée à mon entourage. Quant à la grossesse, il y a beaucoup de peur et d'appréhensions au moins jusqu'à 12 semaines. Je n'ai réussi à la verbaliser à voix haute qu'à 3 mois. La première fois, en le disant, j'ai tremblé et versé ma larme. Puis grossesse "facile et confortable". J'ai travaillé jusqu'à la fin et ai accouché à 38 SA+1 !

L'importance de bien s'entourer

Et à présent? Embryons 6 et 7 sont là, quotidiennement, dans nos bras. Avec un parcours qui se veut toujours caillouteux et épuisant mais tellement rempli d’amour. Ce que j'aimerais dire aux couples qui passent par là en ce moment? De se donner tous les moyens, et d'envisager toutes les pistes, médicales et paramédicales, avant de baisser les bras. Personnellement j'ai eu besoin de me dire "j'ai tout essayé" (kiné, psy, etc.).

Il peut aussi être utile de trouver des ressources et des exécutoires. J'ai pu être en contact avec une personne qui entrait aussi en PMA et nous nous suivions pour les inséminations; il y avait un écho de nos émotions. Elle est tombée enceinte avant moi, mais peu importe. Cette ressource était précieuse, c'était un temps pour moi. Entourez-vous! De professionnels ou non. Vous ne serez pas seule dans ce parcours. Vous allez tomber mais vous pourrez vous relever, armée à chaque chute d’une armure supplémentaire. Et votre ou vos bébés seront de vrais warriors!

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auteur : Amélie Micoud - journaliste santé

Dernière mise à jour: mai 2021
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