Pourquoi pleure-t-on ?

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Pleurer est l'un des comportements les plus frappants et, en même temps, les plus singuliers de l'être humain. Aucun autre animal ne verse de larmes en réaction directe à des émotions telles que la tristesse, l'émotion ou même la joie.

Les animaux peuvent afficher leurs émotions. Ils semblent éprouver du chagrin, du stress ou du plaisir mais jusqu’à présent, les pleurs assortis de larmes n’ont été démontrés de manière concluante que chez l’être humain, avec quelques exceptions intéressantes mais pas définitives chez le chien.

Bien que les pleurs soient un phénomène naturel pour la plupart des gens, la science n’a cherché à comprendre ses mécanismes que depuis ces dernières décennies.

Dans cet article, nous examinons les pleurs d'un point de vue physiologique et biologique : depuis la glande lacrymale et le système nerveux jusqu'aux réactions hormonales et à la signification sociale des larmes.

Qu’est-ce que pleurer au juste ?

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© Getty Images

Pleurer ne se résume pas à un seul processus. C’est une réaction coordonnée du corps impliquant le cerveau, le système nerveux et les glandes lacrymales.

Bien que les pleurs soient souvent associés à une perte de contrôle ou à de la faiblesse, des études récentes révèlent qu'il s'agit en réalité d'un processus physiologique complexe et fonctionnel. Les pleurs ont des effets mesurables sur :

  • le système nerveux
  • le système hormonal
  • et le comportement social des autres

Les trois types de larmes : toutes les larmes ne se ressemblent pas

Pour comprendre pourquoi nous pleurons, il faut opérer une distinction entre trois sortes de larmes :

  1. Les larmes basales : également appelées larmes de lubrification, elles sont produites en continu, en petites quantités. Elles assurent l’humidification de la cornée et protègent l’œil.
  2. Les larmes réflexes : elles coulent en réaction à une irritation par la fumée, la poussière ou les oignons. Elles rincent l’œil et évacuent les substances toxiques ou irritantes.
  3. Les larmes émotionnelles : ces larmes ne sont pas générées par un stimulus physique mais par un processus cognitif et psychologique, dans le cerveau. Des émotions comme le chagrin, la frustration, la colère, l’attendrissement ou la joie se traduisent par une réaction physique.

Les larmes émotionnelles diffèrent des autres d’un point de vue biochimique. Elles contiennent de plus fortes concentrations de protéines, d’hormones et de neuropeptides.  Les larmes émotionnelles ne sont donc pas similaires aux autres sortes de larmes : leur mécanisme biologique est différent.

Le cerveau et le contrôle de la glande lacrymale

La glande lacrymale est située dans le coin supérieur externe de l'orbite et est contrôlée par le système nerveux autonome via des fibres nerveuses parasympathiques qui longent le nerf facial (septième nerf crânien).

Lorsque le cerveau traite un stimulus émotionnel intense, l'amygdale et certaines parties du cortex préfrontal interviennent. Ces zones cérébrales envoient des signaux au tronc cérébral, qui active alors la glande lacrymale.

Une crise de larmes ne se limite pas à la production de larmes :

  • Premièrement, on observe souvent une activation du système nerveux sympathique (stress, augmentation du rythme cardiaque).
  • Cette phase est suivie d'une phase parasympathique (repos et apaisement).

Cela explique pourquoi une crise de larmes commence souvent par de la tension et se termine par un sentiment de soulagement ou de calme.

La biochimie des larmes émotionnelles

Les larmes émotionnelles présentent une composition unique. Elles contiennent de fortes concentrations de différentes substances, parmi lesquelles :

  • la prolactine
  • l’hormone adrénocorticotrope (ACTH)
  • le potassium et le manganèse
  • la leu-enképhaline (un opioïde endogène)

Prolactine et pleurs

La prolactine est surtout connue pour son rôle dans la production de lait mais elle semble également impliquée dans les pleurs. Cette hormone est associée à une sensibilité accrue à l’expression émotionnelle. Cela pourrait expliquer pourquoi les femmes pleurent plus souvent que les hommes, leur taux de prolactine étant plus important durant certaines phases de leur vie.

Hormones du stress (ACTH et cortisol)

La présence d’ACTH indique un lien avec le stress. Pleurer pourrait aider à « éliminer » les hormones du stress, même si ce mécanisme n’est pas encore complètement démontré.  

Endorphines et soulagement

La leu-enképhaline et d’autres endorphines ont un effet calmant et antidouleur. Cela peut expliquer pourquoi on peut se sentir soulagé, voire légèrement euphorique, après avoir pleuré.

Que se passe-t-il après les pleurs ?

Les effets des pleurs sur le corps ne s’arrêtent pas une fois les larmes séchées. Les pleurs libèrent souvent des substances comme l'ocytocine et la sérotonine. Ces hormones sont associées au calme, à l’attachement et au bien-être. De plus, l'ocytocine joue un rôle important dans la création de liens sociaux, notamment lorsqu'une personne pleure en présence d'un proche.

Cependant, pleurer n'est pas toujours « thérapeutique ». Des recherches menées à partir de journaux intimes portant sur plus d'un millier de crises de larmes montrent que les gens se sentent parfois mieux après avoir pleuré, mais parfois aussi moins bien.

Les facteurs importants à cet égard sont :

  • le soutien social pendant les pleurs
  • la cause du chagrin
  • la honte

La fonction sociale des pleurs

Indépendamment de leur aspect biologique, les pleurs ont également une puissante fonction sociale. Selon les théories de l’évolution humaine, les larmes constituent un signal marquant. Il est difficile de les simuler et elles indiquent une faiblesse et un besoin de soutien. Des études menées dans différentes cultures montrent que les personnes sont plus enclines à offrir leur aide à quelqu’un qui pleure, quel que soit son sexe ou sa situation.

Les personnes qui pleurent sont souvent perçues comme plus chaleureuses, plus vulnérables et plus humaines. C'est ce qu'on appelle le rôle de « ciment social » des larmes. Ainsi, pleurer influence non seulement notre propre corps, mais aussi le comportement d'autrui.

Voir aussi l'article : Quel est l’effet surprenant des larmes d'une femme sur l'homme ?

Les pleurs peuvent donc être considérés comme la combinaison de deux systèmes :

  1. Système de régulation interne : le corps réagit suite à l’action des hormones et du système nerveux pour diminuer les tensions et se calmer.
  2. Système de communication sociale : les larmes signalent notre besoin de soutien aux autres, déclenchant une interaction sociale et une aide.

Ces deux systèmes se renforcent et semblent liés sur le plan de l’évolution.

Conclusion : pourquoi pleure-t-on ?


Les pleurs sont bien plus qu’une simple manifestation émotionnelle ou un signe de faiblesse. Ils constituent un processus physiologique complexe impliquant le cerveau, le système nerveux, les glandes lacrymales et les hormones.
 
Enseignements importants :

  • Les pleurs sont un processus biologiquement actif et non passif.
  • Les larmes émotionnelles diffèrent des autres larmes.
  • Des hormones telles que la prolactine, les endorphines et l'ocytocine jouent un rôle.
  • Le contexte social détermine fortement l'effet des pleurs sur le corps.
  • Les larmes sont à la fois un mécanisme de régulation interne et un signal social.
 
Bien que le mécanisme exact n'ait pas encore été entièrement élucidé, il est clair que les pleurs constituent une partie essentielle du fonctionnement émotionnel et social humain.

Sources :
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Gracanin, A., Bylsma, L.M. & Vingerhoets, A.J.J.M. (2018). Why only humans shed emotional tears. Human Nature, 29(2), pp.104–133.
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https://en.wikipedia.org
Frey, W.H., geciteerd in: Bylsma, L.M., Gracanin, A. & Vingerhoets, A.J.J.M. (2019). The neurobiology of human crying. Clinical Autonomic Research, 29(1), pp.63–73.
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Source: Dr. ir. Eric De Maerteleire auteur : Sofie Van Rossom - journaliste santé

Dernière mise à jour: août 2026

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