Témoignage - La découverte de ma parodontite : « Pourquoi n’y-a-il pas plus de prévention ? »

Dernière mise à jour: octobre 2021
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témoignage Justine (*), 43 ans, a découvert il y a quelques mois qu’elle souffrait d’une maladie des gencives importante : une parodontite. Surprise par cette annonce - elle se rendait chez le dentiste très régulièrement - elle a décidé de témoigner pour prévenir, comme elle aurait aimé elle-même être prévenue. 

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« J’ai toujours fait très attention à mes dents. Suite à un accident, j’ai un implant dentaire en incisive centrale sur ma mâchoire du haut, donc en plein devant, qui me complexe énormément. La présence de cet implant m’oblige à avoir une hygiène dentaire (que je pensais irréprochable), et à consulter très régulièrement.

Mais depuis quelque temps, j’avais remarqué que deux de mes dents migraient légèrement. C’était très discret, mais un petit écart entre deux dents du bas était apparu, et l’incisive latérale à côté de mon implant semblait vouloir prendre une drôle de position. J’avais donc consulté mon dentiste dans le cabinet d’un confrère, lui-même présent. Les deux dentistes ont constaté la migration de l'incisive latérale, et une simple gouttière à porter la nuit m’a été prescrite, pour éviter que la dent continue de se déplacer.

Je ne me suis pas inquiétée. Je ne sentais pas mes dents bouger sous mon doigt, et rien n’indiquait que j’avais un (autre) problème. Pas de mauvaise haleine, pas de tartre apparent (à mes yeux) sur les dents. Des mois plus tard, j’ai finalement consulté une orthodontiste, qui m’a renvoyée vers une collègue parodontiste. Et là, le choc ! « Vous avez une maladie des gencives, c’est sérieux. »

(Ré)Apprendre à se laver les dents

Je suis tombée des nues. Moi qui avais l’impression d’avoir passé ma vie chez le dentiste ! La maladie était déjà bien présente, et avait commencé à grignoter de l’os, d’où la migration, certes discrète mais quand même, de certaines de mes dents. « Vous agissez à temps », m’a quand même rassurée la dentiste, me voyant penaude, au moment de partir. Mais les poches étaient déjà bien profondes, et j’avais besoin d’un curetage et surfaçage de toutes mes dents sans tarder. Je me suis aussi entendu dire que je ne savais pas me laver les dents, que ne pas avoir fait un détartrage l’année dernière - malgré le confinement - c’était pas bien, et que mon implant, ainsi que la dent d’à côté, étaient condamnés. J’ai dit que je ne fumais pas, que j’allais souvent chez le dentiste, que je me lavais les dents à la brosse à dents électrique deux fois par jour minimum sans jamais louper un brossage, rien à faire. J’avais l’impression d’être une mauvaise élève à l'hygiène douteuse, moi qui passais ma vie chez le dentiste.

Je suis repartie avec une brosse à dents, des brossettes inter-dentaires, et un cours sur le brossage des dents : incliner la brosse à 45° sur la gencive, puis brosser en appuyant légèrement de la gencive vers la dent. Et surtout pas comme on voit dans les films (et comme font la plupart des gens) : brosser énergiquement du haut vers le bas, dans un mouvement de va et vient.

Je n’ai jamais loupé un seul brossage

Je suis rentrée chez moi sonnée et passablement humiliée. Depuis plus de dix ans, je n’avais jamais loupé un seul brossage, jamais. Même si je rentrais à 5 heures du matin, même si je m’endormais devant la télé. Je n’ai jamais loupé un brossage. Je ne fume pas, je ne prends pas de traitement médicamenteux au long cours, je n’ai pas de diabète ou autre maladie métabolique. Comment était-ce possible qu’un truc pareil m’arrive ? Mes deux grossesses avaient-elles à voir là-dedans ? Était-ce génétique ?

Et surtout, la question qui tournait en boucle : pourquoi « mes dentistes » n’avaient rien vu toutes ces années ? Je leur en voulais. Ils auraient dû le voir, non ? Ma gencive présentait, visiblement, des caractéristiques d’inflammation. À part des petits saignements et ces deux dents qui semblaient avoir envie de changement, je n’avais rien remarqué moi-même. Mais un œil de pro n’aurait-il pas dû voir quelque chose ?

J’étais en colère, honteuse et terrorisée à l’idée de perdre mes dents. Pendant l’été qui a suivi l’annonce, j’en rêvais une nuit sur deux. Sur Internet, j’ai découvert des témoignages de gens, parfois très jeunes, qui se retrouvaient avec des dentiers complets à cause d'une paro découverte trop tard. Comment était-ce possible ? Et si ça m’arrivait aussi ? Quel cauchemar !

Il y a quelques semaines, mon curetage a enfin eu lieu et semble donner de bons résultats, ouf. J’ai une récession gingivale moche autour de l’implant, mais des solutions existent pour arranger ça, il me faut juste être patiente.

Lire aussi : Gingivite et parodontite : causes, symptômes et traitement

Pourquoi n’y-a-t-il pas plus de prévention ?

Depuis trois mois, je me répète « si seulement on m’avait prévenue, si on m’avait appris ». Je regrette qu’on ne m’ait jamais mise en garde. Je savais pourtant ce qu’était une parodontite, mais j’étais persuadée que c’était un truc de fumeurs, ou de gens qui sautaient l’étape lavage de dents le soir, ou de gens avec des antécédents familiaux... Ou de gens qui n'allaient jamais chez le dentiste, ce qui n'était pas mon cas.

Pourquoi n’y-a-t-il pas plus de prévention sur la parodontite (et sur les soins dentaires en général) ? C’est une maladie aux conséquences potentiellement graves : problèmes cardiovasculaires, risque d'accouchement prématuré... Sans parler, évidemment, de la perte totale des dents, avec les préjudices physiques et psychologiques que cela implique. Pourtant, quand je raconte mes mésaventures à mes amis, la majorité d'entre eux me demandent ce qu'est une parodontite. En creusant un peu, les gens finissent toujours par dire « ah oui mon père a eu ça », mais la plupart du temps, ça s'arrête là. On fait de la prévention pour le cancer ou les maladies cardiovasculaires, mais les maladies (potentiellement graves) dentaires... Pas grand chose. Peu de gens font les bons gestes, peu de gens se passent du fil dentaire ou des brossettes à chaque brossage, pas assez de gens font un détartrage tous les six mois.

Dans mon malheur, j'ai la chance que mon cas ne soit pas dramatique. J’ai agi à temps, avant qu’il ne soit trop tard. On ne m'a pas annoncé, lors de ce rendez-vous, qu'il allait falloir extraire toutes mes dents, ce qui aurait pu arriver. Mais une paro, c’est à vie, et je vais devoir faire attention jusqu’à la fin de mes jours. Je serai surveillée comme le lait sur le feu.

Aujourd’hui, j’ai bon espoir de garder de belles dents saines, en dehors de mon implant, mais il s’en est fallu de peu que j’arrive au point de non-retour. Alors soyez vigilants, allez chez le dentiste pour un détartrage une fois par an minimum, demandez à vos parents s’ils ont déjà eu une maladie des gencives, usez et abusez des brossettes inter-dentaires, et apprenez à vous laver les dents correctement. Ne croyez pas que, parce que vous n'avez pas de caries ou que vos gencives ne saignent pas, tout va bien. Ne croyez pas que, parce que vous avez de belles dents, tout va bien. La parodontite est une maladie sournoise qui évolue à bas bruit au départ. Je vous fiche la trouille ? Tant mieux. Mieux vaut une consultation pour rien que de vous entendre dire que vous allez perdre vos dents. Et parlez-en autour de vous, la prévention, finalement, c'est nous. »

(*) La personne qui a écrit ce témoignage souhaite rester anonyme. Son prénom a été modifié.

auteur : Amélie Micoud - journaliste santé
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