Morsure de tique : quel risque de maladie de Lyme ?

dossier La répartition de nombreuses espèces de tiques s’est modifiée depuis le début du XXe siècle, en raison des changements environnementaux provoqués par les activités humaines.

Or ces acariens qui se nourrissent de sang peuvent transmettre des virus, des bactéries et des parasites. Dans l’hémisphère nord, ce sont même les premiers vecteurs d’agents pathogènes, pour l’être humain comme pour les animaux ! À l’heure actuelle, le plus célèbre des microbes transmis par les tiques est probablement la bactérie Borrelia, qui provoque la maladie de Lyme, aussi appelée borréliose de Lyme.

Une multitude d’informations, parfois alarmistes et partiales, circulent quant au risque de contracter cette affection, ainsi que d’autres maladies, après une morsure de tique. Pourtant, il faut faire la part des choses : une tique même infestée de micro-organismes ne contamine pas forcément l’hôte sur lequel elle se nourrit.

Le risque varie selon le stade de développement

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En France, on dénombre pas moins d’une quarantaine d’espèces de tiques. La plus fréquemment rencontrée sur l’être humain est la tique Ixodes ricinus. C’est elle qui est responsable de la transmission de la maladie de Lyme, causée par des bactéries appartenant au genre Borrelia.

À chaque phase de son développement (larve, nymphe et adulte), aussi appelée « stase », la tique I. ricinus prend un unique repas de sang (à la stase adulte, seule la femelle prélève du sang, le mâle ne s’alimente pas, son unique rôle est la reproduction). Son repas sanguin dure entre 3 et 10 jours, suivant la stase. Chacun de ces repas peut constituer un risque de transmission de pathogène à l’être humain. En effet, lorsqu’une tique est infectée par Borrelia, il arrive qu’elle la transmette à son hôte au cours de son repas de sang.

Cependant, il faut savoir que si une tique qui s’infecte avec Borrelia durant sa stase larvaire reste infectée toute sa vie, moins de 1% des femelles adultes transmettent la bactérie à leur descendance. Les larves ne sont donc généralement pas infectantes au moment de leur repas de sang.

Le pic d’activité maximum des tiques s’étend généralement d’avril à juin (l’été est souvent trop sec pour elles), puis elles redeviennent un peu actives à l’automne. À ces périodes, les nymphes constituent le risque le plus élevé de contamination. Elles sont en effet les plus abondantes dans l’environnement et, du fait de leur petite taille, leur morsure passe souvent inaperçue.

Mais ce n’est pas parce qu’une tique est porteuse de la bactérie Borrelia qu’elle va systématiquement la transmettre.

Les tiques ne sont pas de simples « seringues »

L’organisme des tiques interagit avec les microbes qui les infectent. Elles ne les transmettent que de façon très spécifique, en fonction de leur « compétence vectorielle ».

La compétence vectorielle désigne la capacité d’un organisme vecteur (moustique, mouche, tique…) à acquérir un microbe lors d’un repas sanguin sur un hôte, le fait que ce microbe puisse se développer chez le vecteur, et, enfin, le fait que le microbe puisse être transmis à un nouvel hôte lors d’un repas sanguin ultérieur.

De la même façon que toutes les espèces de moustiques ne sont pas capables de transmettre l’agent du paludisme, les tiques ne peuvent pas toutes acquérir (puis transmettre) n’importe quel microbe.

Toutes les espèces de tiques ne représentent donc pas le même danger pour la santé humaine.

Les microorganismes des tiques ne sont pas tous dangereux pour l’être humain

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À ce jour, outre les bactéries responsables de la maladie de Lyme, I. ricinus peut transmettre d’autres microorganismes reconnus comme d’authentiques agents pathogènes pour l’être humain. C’est le cas des bactéries Anaplasma phagocytophilum, voire Rickettsia helvetica (responsables de fièvres, de maux de tête et d’éruption cutanée), ainsi que du parasite protozoaire Babesia (responsable de la babésiose, une maladie proche du paludisme) et du virus de l’encéphalite à tiques.

Pour certains de ces micro-organismes, le pouvoir pathogène n’est avéré que chez des patients dont le système immunitaire est fragilisé. C’est par exemple le cas de l’espèce Borrelia miyamotoi, une bactérie du groupe des fièvres récurrentes. Dans certaines régions françaises, cette bactérie est souvent présente chez les tiques, mais à ce jour, deux cas ont été identifiés en Europe chez des patients immunodéprimés (mais aucun ne l’a été en France).

La tique contient aussi divers microorganismes constituant son microbiote naturel (le microbiote est l’ensemble des micro-organismes vivant dans un environnement donné, en l’occurrence, le corps de la tique…). Cependant leur transmission et leur dangerosité pour l’être humain ne sont pour l’instant pas démontrées. Beaucoup sont en effet des bactéries qui vivent en symbiose dans les tiques, les aidant par exemple à digérer le sang.

Les tests basés sur les analyses de l’ADN permettent de détecter et d’identifier l’ensemble des microorganismes présents dans une tique. Elles en contiennent probablement qui n’ont pas encore été identifiés. Lorsqu’ils auront été découverts, il faudra encore déterminer s’ils sont transmissibles à l’être humain, et si tel est le cas, s’ils risquent de provoquer des maladies.

Une tique ne transmet pas systématiquement tous les microbes qu’elle héberge

Vous avez peut-être déjà lu des messages tels qu’« une morsure de tique = 5 agents pathogènes transmis », qui accompagnent certains articles sur les risques associés aux tiques.

Certes, les tiques peuvent être infectées par une grande variété de microorganismes, parfois en même temps. Cette présence simultanée de plusieurs microorganismes rend les tiques susceptibles de transmettre en théorie une grande variété de microbes. Sous nos latitudes, la tique I. ricinus serait la « championne », avec a minima une vingtaine de microorganismes identifiés à ce jour.

Une enquête récente a analysé la transmission de 38 agents pathogènes différents dans 267 tiques des Ardennes. Ces travaux ont montré que si 9% des tiques étaient infectées par deux agents pathogènes différents, seul 0,75% l’étaient par cinq agents différents. En outre, la majorité des co-infections correspondaient à différentes espèces de Borrelia.

Les messages alarmistes sont d’autant moins justifiés que la probabilité que plusieurs agents infectieux soient transmis lors d’un repas est faible. Et pour cause : le risque de transmission n’est pas de 100%, même quand la tique infectée reste fixée longtemps sur son hôte.

Les tiques n’infectent pas toujours leur hôte

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Une étude réalisée aux Pays-Bas a récemment estimé le risque de développer une maladie de Lyme suite à une piqûre par une tique infectée par Borrelia qui a pu réaliser la totalité de son repas : il est d’environ 14%

Ce risque diminue drastiquement (2%) lorsque la tique ne réalise pas la totalité de son gorgement et est extraite avant 4 jours de fixation. En effet, lors de la piqûre, si la transmission d’un virus est immédiate, ce n’est pas le cas pour les bactéries ou pour les parasites.

D’autres études menées en Europe indiquent qu’environ 17 à 24 heures de fixation sont nécessaires à une tique pour transmettre les bactéries responsables de la borréliose de Lyme. Si le repas est interrompu car la tique est retirée rapidement, la probabilité de transmission est pratiquement nulle.

Un microbe transmis ne rend pas forcément malade

Il peut bien entendu arriver malgré tout qu’un agent pathogène soit transmis. Mais même dans ce cas, tout n’est pas perdu : l’organisme peut réussir à bloquer l’infection grâce à son système immunitaire, et de cette façon empêcher l’apparition d’une maladie.

Ainsi, une étude sérologique visant à détecter les anticorps dirigés contre 7 agents pathogènes transmis par les tiques a été réalisée dans le nord-est de la France, auprès de 3000 forestiers particulièrement exposés à ces acariens.

Résultat : un certain nombre de travailleurs avait des anticorps dirigés contre plusieurs microbes (ce qui signifie que le corps a été en contact avec eux) sans que la majorité ne soit tombée malade. Ce qui signifie que leur système immunitaire est parvenu à maîtriser l’infection.

La maladie de Lyme n’est pas présente partout

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Être mordu par une espèce de tique susceptible de transmettre l’agent de la maladie de Lyme ne signifie pas que la tique ait été porteuse de la bactérie dangereuse. Le risque infectieux lié aux tiques dépend en effet de la circulation des agents pathogènes dans la faune sauvage. Celle-ci varie, dans une zone donnée, à un moment donné.

Outre l’être humain, I. ricinus peut en effet se nourrir sur plus de 300 animaux différents, sauvages ou domestiques. Les rongeurs, les oiseaux et les cervidés sont particulièrement importants pour la circulation des agents infectieux et leur dissémination par les tiques.

De ce fait, le pourcentage de tiques infectées n’est pas uniforme sur l’ensemble du territoire français. Le pourcentage de tiques infectées par la bactérie responsable de la maladie de Lyme varie entre 0 et 20% selon les endroits.

En conclusion, s’il faut évidemment prendre conscience du danger potentiel lié aux tiques, il est inutile de céder à la panique. Des gestes simples de prévention peuvent être mis en œuvre pour éviter les piqûres et la transmission éventuelle des agents infectieux.

Les chercheurs, quant à eux, continuent à faire progresser les connaissances sur les tiques, sur leurs écosystèmes, sur les mécanismes de transmission des agents infectieux, et sur les maladies à tiques. Mais pendant ce temps, inutile de se priver des pique-niques champêtres ou des promenades dominicales dans les forêts, les parcs et les jardins !


Pour aller plus loin :
S. Bonnet et N. Boulanger (2019), « Tiques, Lyme et Cie », éditions Scitep. K.D. McCoy et N. Boulanger (2015), « Tiques et Maladies à tiques. Biologie, ecologie évolutive et epidémiologie », IRD.The Conversation

Nathalie Boulanger, enseignant-chercheur, EA7290 groupe Borrelia, membre du Centre national de référence Lyme, université de Strasbourg ; Karen McCoy, directrice de recherches CNRS, MiVEGEC, UMR CNRS-IRD-université Montpellier, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ; et Sarah Bonnet, directrice de recherche Inra, UMR BIPAR, Ecole nationale vétérinaire d'Alfort, Anses, Inra.

► Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.



Dernière mise à jour: juillet 2021

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