Le flux instinctif libre : gérer ses règles sans cup, sans serviettes ni tampon

Dernière mise à jour: septembre 2021

dossier Culottes, éponges et coupes menstruelles, serviettes et tampons hygiéniques... Les protections pour recueillir le sang des règles ne manquent pas. Et pourtant, assumer l’achat, l’utilisation et l’entretien de ces protections reste, pour bien des femmes, une contrainte. Et si la solution était dans le zéro protection ? C’est en tout cas ce que prône le flux instinctif libre. Explications.

Vidéos sur YouTube, articles, posts sur les réseaux sociaux et groupes Facebook dédiés : depuis quelques années, le flux instinctif libre (FIL) - ou flux libre instinctif (FLI), c’est selon - est largement raconté et enseigné, et plébiscité par ses adeptes. Pourtant, la pratique reste peu connue, malgré la prise de conscience autour des protections périodiques de ces dernières années (coût, pollution, manque de transparence sur la composition...).

Le flux instinctif libre, qu’est-ce que c’est ?

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Le free flow instinct nous vient tout droit des États-Unis, où il est apparu au début des années 2010. « Apparu » n’est sans doute pas le mot le plus approprié, puisqu’en réalité, il est probable que certaines femmes le pratiquent depuis toujours, sans mettre de nom sur cette technique. 

Le principe ? Contrôler consciemment et volontairement l’écoulement du sang des règles. En pratique, le FLI implique de bloquer le sang menstruel avec le périnée jusqu’à pouvoir le libérer dans les toilettes. D’ailleurs, ses adeptes comparent souvent la méthode à l’apprentissage de la continence des enfants. Certes le vagin n’est pas un sphincter, mais le périnée est un ensemble de muscles qu’on peut tout à fait contracter pour retenir le sang des règles, le temps de se rendre aux toilettes. « j’aime bien utiliser le terme de continence menstruelle, parce que ça nous rapproche de notre physiologie, le corps est déjà capable de continence - continence urinaire, continence anale - et pour moi la continence menstruelle c’est juste la continuité de ces capacités naturelles », explique dans une vidéo Mélissa Carlier, kinésithérapeute et créatrice de l’atelier du flux libre instinctif.

Céline, 42 ans, raconte : « Je me suis mise au FLI l’année dernière, pendant le confinement. J’en avais entendu parler depuis plusieurs années, mais ma vie trépidante de maman courant dans tous les sens me faisait repousser le truc. J’ai vu le confinement, et donc le télétravail, comme une opportunité d’essayer. J’ai mis un peu de temps à « trouver mon rythme » mais plus d’un an après, je ne porte pratiquement plus de protections hygiéniques. C’est devenu quelque chose de presque instinctif ! ».

Contrairement aux idées reçues, le flux libre n’implique pas de contracter son périnée toute la journée (et la nuit, chose impossible). « Les règles ne s’écoulent pas en continu mais par phases. Et entre deux périodes d’écoulement, on a une phase de repos », précise Mélissa Carlier. Par ailleurs, lors d’une phase d’écoulement, entre le moment où l’utérus se contracte et où le sang s’écoule, il peut s’écouler un certain temps : celui qu’il faut pour se rendre aux toilettes. En pratique, on ne contracte donc son périnée que sur cette durée limitée. 

Dans flux instinctif libre il y a « instinctif »

Car l’idée inhérente au FLI, c’est qu’en réalité, beaucoup de femmes le pratiquent ou se mettent à le pratiquer sans le savoir. Ou si elles ne le font pas, seraient tout à fait capables de le faire, pour autant qu’elles ne souffrent pas d’un périnée hypotonique ou autres troubles du plancher pelvien. Comme Marine, 27 ans, qui raconte : « Je pratique le flux libre instinctif depuis de nombreuses années, à l'époque je ne savais même pas que ça portait un nom. J'ai dû commencer à mes 24 - 25 ans (j'en ai 35 aujourd'hui) je pense, sûrement plus tôt mais je ne m'en souviens pas bien. Par contre, je me rappelle que pendant longtemps, j'ai continué à porter des serviettes, mais qu'elles restaient intactes et tout se passait dans les WC. Puis un jour LA révélation en lisant un article en anglais, ah donc ce truc portait bien un nom et je n'étais pas la seule extra-terrestre à expérimenter cette pratique ».

Pour Mélissa Carlier, comme pour de nombreuses « free floweuses », au-delà de ses avantages économiques et écologiques évidents, le FLI revêt alors presque un aspect militant, voire spirituel, la méthode devenant un moyen pour les femmes de déconstruire leur rapport aux règles. « La femme a toujours été conditionnée à porter une couche depuis sa plus jeune adolescence, et on l’a fortement incitée à mettre des tampons et des serviettes dès ses premières règles, sans lui soumettre l’idée que finalement, elle serait peut-être capable, elle, de gérer physiologiquement son sang. » Il s’agit donc, pour la kinésithérapeute, d’un apprentissage psychomoteur en premier lieu, avant la mise en place de mécanismes sensoriels et musculaires. 

C’est enfin un moyen de se réapproprier son corps, en étant plus à l’écoute de celui-ci, et de se tourner facilement vers des méthodes naturelles de contraception comme la symptothermie. Le FLI implique en effet d’apprendre à repérer les étapes de son cycle menstruel, pour ne pas être surprise par la survenue des règles.

Toutes les femmes peuvent-elles pratiquer le FLI ?

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En théorie, si toutes les conditions sont réunies - un lieu de vie et de travail confortable, des toilettes accessibles à proximité -, toutes les femmes sont capables de mettre en pratique le flux instinctif libre. En général, la maîtrise du FLI peut varier de 5 ou 6 cycles à une année complète, selon les cas. 

Les contre-indications sont essentiellement d’ordre gynécologique, comme une hypotonie du périnée, ou encore psychosomatique : si un traumatisme a un impact sur la sensibilité du petit bassin. 

Et pour les femmes au flux abondant ? En théorie, elles peuvent aussi pratiquer le FLI. Le tout est de pouvoir trouver le contexte favorable pour s’y mettre. Enfin, certaines émettent des réserves quant au zéro fuite de la méthode lors de leur pratique sportive. Souvent, elles choisissent une protection complémentaire, comme les culottes menstruelles, pour être tout à fait sereines. 

Le FLI, c’est dangereux ?

L’idée de retenir le sang menstruel peut en effrayer certain.e.s. Les femmes atteintes d’endométriose notamment, ou encore par peur du syndrome du choc toxique, très médiatisé depuis quelques années. Pourtant, là encore, cette crainte repose sur l’idée fausse que le FLI supposerait de retenir le sang des règles plusieurs heures. Or, le FLI implique que le sang ne stagne pas autant de temps à l’intérieur du corps que lors du port d’une protection hygiénique interne, comme le tampon ou la cup.  

Par ailleurs, le staphylocoque doré, responsable du syndrome du choc toxique lorsqu’il libère une toxine, est une bactérie aérobie, ce qui signifie qu’elle a besoin d’oxygène pour proliférer. C’est donc principalement lors de l’insertion d’un objet : coupe ou tampon, que le risque de choc toxique - très rare, pour rappel - existe. « Il y a les mêmes bactéries dans l'utérus que dans le vagin. Ce n'est pas du sang « sale ». C'est un tissu qui s'élimine naturellement. Il faudrait qu'une femme « garde » ses règles plusieurs jours pour que ça s'infecte ! », explique le médecin féministe Martin Winckler dans une interview retranscrite sur le blog L’école des soignant.e.s

Des conseils pour s’y mettre ?

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  • Commencer dans les bonnes conditions : se sentir à l’aise, en sécurité, confortable.
  • Vous êtes chez vous ? Enlevez tout ! Ni serviette ni culotte menstruelle. Si vous décidez de sortir et que vous n’en êtes pas encore au zéro fuite, vous pouvez tout à fait utiliser une protection hygiénique, toujours externe de préférence. Le but est que vous vous sentiez toujours à l’aise.
  • Boire un peu plus d’eau les premiers temps : le sang s’écoule souvent lors de la miction. Aller très régulièrement aux toilettes les premiers cycles permet de mieux appréhender l’écoulement.
  • Après avoir uriné, attendre un peu avant de quitter les toilettes. Le sang met parfois du temps à descendre. Préférez une position assise, et si vous le pouvez, glissez un marchepied sous vos pieds, pour relever vos genoux.
  • Ne pas se mettre la pression : se donner du temps. Il faut compter au minimum cinq cycles pour arriver à maîtriser l’écoulement menstruel, et souvent plus pour parvenir au zéro fuite.

Source: Amélie Micoud - journaliste santé
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