Médecines alternatives : l’important, c’est le sérieux

Dernière mise à jour: août 2015
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Médecines alternatives : l’important, c’est le sérieux

dossier Un tiers de la population adulte indique avoir déjà consulté un thérapeute en médecine complémentaire, et en particulier un homéopathe. Quel crédit scientifique peut-on accorder, à l’heure qu’il est, à ces thérapies alternatives ? Eléments de réponse.

Médecine parallèle, médecine douce, médecine non conventionnelle, thérapies alternatives, thérapies complémentaires, médecine naturelle… Ces appellations se rejoignent et regroupent un large éventail de méthodes de traitement, que beaucoup opposent à la médecine « scientifique ». Pourquoi ? Parce que, selon eux, elles ne reposent pas sur une validation suffisante, sur des preuves formelles, objectives, reproductibles, de leur efficacité. Ceci n’empêche cependant pas – que du contraire d’ailleurs - ces médecines non conventionnelles de gagner en popularité.

Un sondage récent indiquait qu’un tiers des adultes belges s’étaient déjà tournés au moins une fois durant leur existence vers un homéopathe, un ostéopathe, un acupuncteur ou encore un chiropracteur ; et 15% durant l’année écoulée. Le Crioc (Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs) a procédé à un état des lieux de la question, tout en conduisant une enquête auprès des pharmaciens (sous la forme d’un « mystery shopping »). La parole, aussi, aux laboratoires Boiron, spécialisés dans les médicaments homéopathiques, et qui ont récemment organisé une table ronde sur le sujet.

Quelle efficacité ?

La question centrale, évidemment, qui oppose – et qui opposera encore longtemps – les « pour » et les « contre ».

Pour le Crioc, la situation est claire : « L’efficacité des médecines alternatives n’est pas prouvée par des études scientifiques ». Pourtant, il est incontestable qu’elles sont susceptibles d’induire un bienfait pour une frange des patients qui y ont recours : le Crioc met ce bénéfice sur le compte exclusif du fameux « effet placebo », lié à un mécanisme psychologique (une efficacité autosuggérée, en fait). Autrement dit, les traitements alternatifs en tant que tels « ne marchent pas », mais peuvent induire une amélioration des symptômes en raison du contexte dans lequel ils interviennent (la qualité du dialogue entre le thérapeute et son patient, en particulier).

Forcément, ce point de vue n’est pas partagé par les thérapeutes non conventionnels. De très nombreuses études ont été réalisées afin d’évaluer l’efficacité intrinsèque, objective, de ces méthodes. Première observation : la quantité ne fait pas la qualité, mais ceci n’est pas spécifique aux médecines alternatives. La « vraie » question consiste à savoir si ces travaux ont débouché sur des résultats probants. Pour ce qui concerne l’homéopathie, et pour reprendre les termes des laboratoires Boiron, « la recherche clinique permet de consolider l’évaluation de l’efficacité thérapeutique de médicaments déjà éprouvés par la pratique médicale ». Parmi les exemples de pathologies pour lesquelles un bienfait de l’homéopathie aurait été observé au terme d’études qualifiées de fiables, il est fait mention des états grippaux ou de la diarrhée aiguë de l’enfant.

Dans quelles indications ?

Les médecines non conventionnelles pourraient-elles se suffire à elles-mêmes, et dans quelles circonstances ? La réponse est nuancée.

En effet, répondre par un « non » catégorique n’apparaît pas comme la meilleure attitude à adopter. Le Crioc lui-même souligne : « Du fait de leurs visions globales de la santé, les médecines alternatives semblent indiquées dans les domaines de la prévention et des troubles psychosomatiques, et peuvent être envisagées en complément (de la prise en charge médicale traditionnelle, Ndlr) et apporter un mieux-être psychique ».

Ceci étant, répondre par un « oui » formel n’aurait pas de sens : les médecines non conventionnelles ne peuvent prétendre – très loin s’en faut - au champ d’application de la médecine « scientifique ». Au demeurant, un praticien non conventionnel honnête ne présentera jamais sa méthode comme une alternative auto-suffisante, singulièrement – bien entendu – en cas de pathologie sérieuse. Action (plus ou moins évidente) sur certains symptômes, peut-être ; mais efficacité thérapeutique éprouvée, non.

Légitimement, le Crioc s’interroge sur les dérives possibles – du reste identifiées depuis longtemps – imputables à un recours sans discernement aux médecines non conventionnelles. « Les consommateurs se tournent souvent vers les médecines alternatives suite aux limites de la pratique de la médecine moderne », lit-on dans son rapport. Des limites qui portent sur les solutions à apporter à des plaintes d’origine mal définie (céphalées, fatigue, difficultés de digestion, maux de dos…). En soi, cette démarche ne pose pas problème, ajouterons-nous, pour autant qu’elle s’inscrive dans une relation thérapeutique saine. Par contre, lorsqu’elle tend à exclure la médecine « scientifique », les conséquences peuvent s’avérer catastrophiques.

En tout état de cause, il est important de ne jamais rompre le contact avec son médecin traitant, qui – s’il n’en va pas déjà ainsi – devrait s’inspirer de la « qualité » du dialogue prônée par les thérapeutes alternatifs sérieux (nous insistons sur ce qualificatif), et qui contribue fondamentalement à leur succès.

Et les médicaments homéopathiques ?

Le Crioc a procédé à une enquête de terrain (« mystery shopping »), afin de cerner les réactions des pharmaciens lorsqu’un client souhaite se soigner, ou soigner l’un de ses proches, par homéopathie.

Avant d’aborder les résultats, voici une précision avancée par les laboratoires Boiron concernant les médicaments homéopathiques :

- « Deux cents ans d’expérimentation ont donné naissance à une pharmacopée homéopathique spécifique, avec d’un côté des médicaments dont la prescription nécessite l’expertise d’un médecin, et de l’autre, des spécialités pharmaceutiques qui peuvent être utilisées dans le cadre d’une automédication raisonnée. »

Et par le Crioc :

- « Les produits homéopathiques sont vendus comme des médicaments, mais contrairement à ces derniers, pour l’autorisation de mise sur le marché en tant que médicaments, ils n’ont pas besoin de preuves scientifiques démontrant leur efficacité. »

L’enquête du Crioc a porté sur une trentaine de pharmacies, établies à Bruxelles, en Wallonie et en Flandre. Introduction par le client : « Ma mère (frère, sœur…) a un zona. Après en avoir discuté avec une amie, elle aimerait le traiter par homéopathie ». Une série de questions ont suivi.

- « Qu’y a-t-il dans le produit ? » : la plupart des pharmaciens, constate le Crioc, répondent soit en expliquant le principe de l’homéopathie, soit en indiquant qu’il s’agit de granules. Dans quatre des vingt-neuf officines, il a été conseillé spontanément de consulter le médecin traitant.
- « Le produit est-il efficace ? » : la grande majorité des pharmaciens évoquent un éventuel effet, ajoutant que celui-ci est variable d’une personne à l’autre.
- « Le traitement est-il dangereux ? » : non, à l’unanimité.
- « Faut-il craindre des effets secondaires » : non, à l’unanimité encore.
- « Existe-t-il des contre-indications ? » : avis partagés, puisque la moitié des pharmaciens n’en mentionnent pas, alors que les autres pensent qu’il convient d’éviter la menthe et le café, ce qui ne constitue pas une « contre-indication » au sens propre, mais plutôt un conseil d’utilisation.
- « S’agit-il d’un médicament ? » : la plupart des pharmaciens répondent par la négative. Le Crioc observe qu’il est étonnant d’obtenir une telle réponse, sachant que les produits homéopathiques portent la mention « médicament ». Ceci étant, ajouterons-nous, les pharmaciens, pour éviter la confusion, ont sans doute voulu établir une distinction « intuitive » entre médicaments allopathiques et homéopathiques.
- « Faut-il une ordonnance ? » : non, à l’unanimité.
- « Conseillez-vous d’aller voir un médecin ? » : quinze pharmaciens (la proportion est nettement plus importante en Flandre) ont répondu que cela était préférable.

« De nombreux travaux mettent en évidence l’activité de dilutions homéopathiques et permettent de progresser dans la connaissance de leur mécanisme d’action qui reste encore à découvrir », note-t-on auprès des laboratoires Boiron. C’est tout le défi.


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