La rencontre | Cécile, 34 ans, a fait un don d'ovocytes

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Si on a déjà entendu les donneurs de sperme s'exprimer dans la presse, sur le pourquoi et les conséquences possibles de leur don, qu'en est-il des donneuses d'ovocytes ? Cécile nous raconte son don, du projet aux jours d'après, jusqu'à la possibilité d'une levée de l'anonymat autour du don de gamètes un jour... Le don d'ovocytes, est, dans certains pays dont la Belgique, totalement désintéressé (en théorie), anonyme, et gratuit. La donneuse subit un traitement pour stimuler ses ovaires, puis ses ovocytes sont prélevés sous anesthésie, et congelés. S'ils sont de bonne qualité, ils pourront ensuite donner, avec le sperme du partenaire de la receveuse, un ou plusieurs embryons. Ces derniers seront implantés dans l'utérus de la receveuse, en un ou plusieurs transferts (fécondation in-vitro). Le don d'ovocytes est donc bien moins "facile" que le don de sperme. Cécile, une Française de 34 ans déjà maman, a décidé de donner ses ovocytes pour aider des couples infertiles, et nous explique pourquoi.

Qu'est-ce qui vous a motivée à donner vos ovocytes?

C'est un cheminement personnel de quelques années. Je travaille dans le paramédical, et durant ma formation, je me suis inscrite sur la liste des donneurs de moelle osseuse. L'année dernière, j'ai été appelée par le CHU de ma ville pour m'informer que j'étais à priori compatible avec un malade en attente de greffe. Mais après des analyses plus poussées, mon profil immunitaire ne correspondait pas suffisamment. Ça a été une pour moi une grande déception, j'ai donc cherché ce qui pourrait pallier ce raté. En surfant sur internet, je suis tombée sur un site qui expliquait le don d'ovocytes, cela m'a semblé une bonne alternative. Les soignants que j'ai croisés durant les entretiens appelaient ça la "culture du don". Ça sonne un peu présomptueux mais c'est finalement assez juste.

Les contraintes médicales que le don d'ovocytes implique ne vous ont pas fait peur?

Je m'étais préparée psychologiquement à passer par un traitement et des procédures médicales lourdes pour effectuer le don de moelle osseuse qui ne s'est pas fait. Pour le don d'ovocytes, je savais qu'il y avait des injections à faire avant la ponction et l'intervention pouvait se faire sous anesthésie locale, donc je trouvais la procédure plus "légère". Je supporte bien les prises de sang (il y en a environ six à faire), mais je ne me voyais pas me piquer toute seule. J'ai donc fait appel à un cabinet infirmier pour les injections quotidiennes.

Comment avez-vous physiquement supporté le traitement d'abord, puis le don en lui-même?

J'ai ressenti un seul gros effet secondaire pendant le traitement (qui dure 15 jours environ avant la ponction) : la fatigue. Devoir s'organiser pour être à 7h45 à l'hôpital tous les 2/3 jours pour les échographies de contrôle et les prises de sang, plus les hormones, j'étais crevée ! Trois jours avant le don, mes ovaires ont commencé à "tirailler" un peu, mais je n'ai vraiment eu mal que le jour même (mes ovaires on répondu plutôt fort à la stimulation). J'étais contente d'avoir choisi l'anesthésie générale, parce qu'un de mes ovaires, haut placé, nécessitait une pression abdominale. Ça aurait été vraiment douloureux avec une simple anesthésie locale. Le séjour à l'hôpital dure d'une demi-journée à une journée. On rentre le matin en ambulatoire et on ressort plus ou moins tôt selon l'anesthésie choisie. Les 3/4 jours qui ont suivi j'ai eu mal au ventre, et ne devais pas faire d'efforts physiques.

Et psychologiquement, comment vivez-vous avec l'idée que vous aurez (peut-être) des enfants de vous quelque part, que vous ne connaitrez sans doute jamais?

Je ne le vois pas comme avoir des enfants qui se baladeraient dans la nature. C'est une partie de mon patrimoine génétique mais je ne les aurai pas portés et je ne les connaîtrai pas. J'ai déjà des enfants, il n'y a pas de confusion possible. Parallèlement à ça, je ne suis pas contre la levée de l'anonymat à la majorité de l'enfant issu d'un don, pour que celui-ci connaisse l'histoire de ses origines s'il le souhaite. Pour info, lors du don, un rendez-vous avec un psychologue est proposé aux femmes qui sont déjà mères, et il est obligatoire pour les nullipares. La probabilité pour que je croise une personne issue de ce don est statistiquement infime. Croiser un jour quelqu'un dans la rue qui me ressemblerait, et me dire alors "et si... ?" Je n'y pense même pas. Mon don ne servirait qu'à une ou deux donneuses (je ne sais plus le nombre exact mais il est limité), et le pourcentage de réussite est assez faible, il tourne autour de 21% pour un premier transfert. Donc la probabilité que je croise une personne issue de ce don est statistiquement infime. En revanche, j'ai fait une fixette sur le nombre exact d'ovocytes qu'on ma prélevés : ça m'a agacée d'avoir un refus quand j'ai posé la question, parce que j'estimais qu'à ce stade ça m'appartenait encore. Mais on ne reçoit qu'un compte rendu écrit de l'intervention, qui ne mentionne que les étapes et les techniques de la ponction.

Comment a réagi votre entourage?

Mon mari, dont l'autorisation est encore obligatoire, était bien sûr d'accord. Pour lui c'est mon corps, mon choix, et il valide le fait de pouvoir aider des couples en difficulté, d'autant que son propre frère et sa belle-soeur son passés par un parcours PMA (sans don). Mes enfants sont au courant, ça leur fait bizarre, mais ils savent aussi que, peut-être, les ovocytes ne donneront rien. C'est une possibilité, donc il faudra apprendre à vivre avec cette incertitude. Les quelques membres de ma famille et de ma belle-famille au courant étaient vraiment très fiers et soutenants, je ne m'attendais pas à autant d'enthousiasme. Il n'y a que ma propre mère qui était moins emballée, car elle craignait plus que moi les risques pour ma santé.
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auteur : Amélie Micoud - journaliste santé

Dernière mise à jour: juillet 2022
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