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Femmes et alcool : un cocktail explosif

Dernière mise à jour: septembre 2013 | 12901 visites

dossier De plus en plus de femmes sombrent dans l’alcoolisme. Qui sont-elles, pourquoi boivent-elles et comment s’en sortent-elles ? Témoignages.

En Belgique, 11% à 12% des hommes présenteraient une consommation d’alcool à risque contre 5% à 6% pour les femmes. Si ce pourcentage reste assez stable chez les hommes, on constate depuis une vingtaine d’années une augmentation sensible chez les femmes, remarque Raymond Gueibe, psychiatre-alcoologue à la Clinique Saint-Pierre d’Ottignies.

Les différences de genres qui existent dans les statistiques relatives aux alcooliques seraient imputables à l’image traditionnellement négative de l’ivresse féminine, qui induit une sorte d’autocontrôle social chez les femmes. Cette stigmatisation culturelle inciterait aussi la femme alcoolique à boire seule et en cachette, alors que la plupart des hommes le feraient en société. La honte liée à la consommation des femmes s’estompe au fur et à mesure que leur rôle évolue dans nos cultures, précise toutefois Raymond Gueibe.

L’histoire d’Adeline (1) illustre bien cette nouvelle tendance. "Je buvais avec un groupe de copains. J’étais le boute-en-train de la bande, toujours prête à faire la fête. La majorité d’entre eux ne se doutaient pas un seul instant que j’étais alcoolique", explique cette femme de 40 ans, divorcée et mère de deux enfants.

Une dépendance destructrice

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Que l’alcoolisme soit social ou solitaire, l’escalade qui y mène est insidieuse. Ça commence par un apéro avec les collègues, puis un verre à la maison, pour calmer le stress de la journée. Un jour, sans crier gare, le corps prend le dessus et on ne contrôle plus sa consommation, raconte Adeline. D’où la difficulté pour les alcooliques d’accepter leur problème.

"On affirme toujours que l’on peut s’arrêter quand on veut", souligne Clara (1), ex-alcoolique. Mariée et désormais retraitée, Clara a commencé à boire accompagnée puis a très vite sombré dans la forme solitaire et cachée de l'addiction. "Je planquais des bouteilles partout dans la maison pour ne pas que mon mari les découvre", se souvient-elle. "L’alcool devient un centre d’intérêt si prépondérant qu’il prime sur tout, y compris la famille", poursuit Clara. Lorsqu’elle se noie dans l’alcoolisme, elle se brouille totalement avec sa fille, ce qui ne l’empêchera pas de continuer à boire.

Idem pour Adeline, qui refuse la garde de ses deux fils quand elle divorce, tant elle se jugeait incapable d’assumer son rôle de mère. Tremblements, visage boursouflé et pertes de mémoire : l’état d’Adeline se dégrade dès lors encore plus, elle devient même anorexique. "C’était un suicide à petit feu", se rappelle-t-elle. "J’ai récupéré la garde de mes enfants en 2005 à la suite du décès de mon ex-mari. Mais je n’ai pas arrêté de boire pour autant. Le déclic s’est produit deux ans plus tard. J’étais encore employée à l’époque et ma dépendance était devenue si forte que je buvais en cachette au travail. Mon patron m’a un jour posé un ultimatum : soit j’arrêtais de boire, soit j’étais virée."

(1) Prénom d’emprunt

S’en sortir : une chance

Adeline entame dès lors une cure au Quotidien, un centre de jour spécialisé situé à Bruxelles où les patients rentrent chez eux le soir. Clara, quant à elle, opte pour la cure en résidence, qui propose un programme similaire aux centres de jour, mais où les participants logent. Après une première tentative de sevrage infructueuse, elle entre au Domaine et parvient enfin à rester abstinente. Au cours de cette dernière cure, Clara découvre aussi le mouvement Vie Libre, un groupe de discussion qui permet aux alcooliques repentis de se soutenir mutuellement.

Aujourd’hui, il est difficile de croire qu’Adeline et Clara ont été alcooliques, tant elles sont épanouies et visiblement heureuses. Clara s’est réconciliée avec sa fille et ne se lasse pas de voir grandir ses deux petites-filles. Quant à Adeline, elle a monté sa propre entreprise. Ses fils, en pleine crise d’adolescence, lui en font parfois voir de toutes les couleurs, mais elle ne craque pas pour autant. Ni l’une ni l’autre ne toucheront plus jamais à une goutte d’alcool. Il suffit d’un seul verre pour replonger, même après des années de sevrage, souligne Clara. S’en sortir est difficile. Mais la vie est tellement plus riche en dehors des brumes de l’alcool.

Inégaux face à l’alcool

À âge et à poids égaux, la femme présentera généralement une alcoolémie plus élevée que l’homme pour la même quantité d’alcool ingérée. Même si on ne connaît pas toutes les raisons de ce phénomène, ceci s’expliquerait par le fait que les femmes possèdent moins d’eau dans le corps et que leur foie contient moins d’enzymes pour dégrader l’alcool.

Les recommandations en matière de consommation d’alcool diffèrent donc selon les genres. Pour les hommes, la consommation maximale est fixée à deux à trois verres par jour, avec au moins un jour d’abstinence par semaine. Pour les femmes, ce quota est limité à un à deux verres par jour, souligne Paul Verbanck, alcoologue et chef du service psychiatrique de l’Hôpital Brugmann.

Cette moindre résistance à l’alcool rend aussi les femmes alcooliques plus fragiles. Elles développent plus vite des pathologies liées à l’abus chronique d’alcool : cirrhose (maladie chronique du foie), cancer (bouche, sein, œsophage, pharynx et larynx) ou encore syndrome de Korsakoff (trouble de la mémoire à court terme).

Gare aux psychanalystes !

Certains psychanalystes ne recommandent pas systématiquement à leurs patients d’arrêter de boire lorsqu’ils entament une analyse. Ils affirment en effet que l’alcoolisme ne peut être combattu que si l’on parvient à en déterminer les causes sous-jacentes.
À l’inverse, les psychiatres et les psychologues sont unanimes : il est impossible de traiter les origines psychologiques de l’alcoolisme sans sevrage préalable. Certains psychanalystes vont jusqu’à promettre aux alcooliques qu’ils pourront reprendre une consommation normale alors que la grande majorité des études scientifiques prouvent le contraire, s’indigne Raymond Gueibe.

Pire que l'héro

L'alcool induit une plus grande dépendance physique que l'héroïne, précise Raymond Gueibe. Pour soutenir les patients au début d'une cure et éviter des réactions de manque allant de l'anxiété au delirium tremens, les médecins prescrivent donc des substituts comme l'acamprosate ou les benzodiazépines, pour les formes de manque les plus aiguës.

INFOS

Vie Libre
www.vielibre.be

Chronique d'une alcoolique sur le blog d'Adeline
http://alcoolique.skynetblogs.be

Source: Julie Van Rossom
publié le : 20/04/2011 , mis à jour le 03/09/2013
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