Fatigue chronique : la vie au ralenti

Dernière mise à jour: juin 2016 | 56765 visites
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Fatigue chronique : la vie au ralenti

dossier Considérant le manque de données statistiques fiables, il est particulièrement difficile d’estimer la proportion de personnes qui souffrent du syndrome de fatigue chronique (SFC). Pour la Belgique, on avancera avec prudence le chiffre de 30.000 patients.

En tout cas, la maladie aux mille noms, surnommée ainsi parce qu’elle a été baptisée de centaines de manières différentes, a été qualifiée de pathologie neurologique grave par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Maladie mystérieuse, dont l’origine n’a pas encore été définie avec précision, et dont la prise en charge soulève de sérieuses difficultés, le syndrome de fatigue chronique affecte profondément la qualité de vie – personnelle, familiale, professionnelle et sociale – de ceux qui en sont atteints.

Les causes

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Le syndrome de fatigue chronique débute brutalement, chez des personnes qui, pour la plupart, menaient jusqu’alors une existence tout à fait normale, saine et active.

Si elle peut survenir à n’importe quel âge (même durant l’enfance), la maladie se manifeste surtout entre 30 et 50 ans, avec un pic à l’approche de la quarantaine. Les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes. La piste d’un dysfonctionnement du système immunitaire, lié à une infection virale (le point de départ chronologique du SFC, en général), apparaît comme l’hypothèse la plus solide. Et pour autant qu’il en soit ainsi, il s’agira de comprendre la raison pour laquelle les défenses de notre organisme se dérèglent tout à coup.

Toujours est-il que le syndrome de fatigue chronique est connu sous bien d’autres appellations, parmi lesquelles on retiendra : l’encéphalomyélite myalgique, la neurasthénie, la maladie chronique du virus d’Epstein-Barr, le syndrome du lac Tahoe, la mononucléose chronique, le syndrome de sensibilité chimique multiple, la fatigue post-virale, la maladie des yuppies…, et un bon millier d’autres appellations !

En fait, on en retrouve des références dès le… 18ème siècle, alors qu’il n’a été reconnu comme maladie qu’en 1988 : entre-temps, chacun l’a baptisé selon son inspiration du moment, en fonction de l’origine qu’il lui attribuait, ou en considérant une partie des symptômes.

On notera enfin que des épidémies de fatigue chronique ont été décrites, notamment en 1935, à Los Angeles, ce qui avait nécessité l’hospitalisation d’un nombre important de patients terrassés par un épuisement soudain.

Les symptômes

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Comme son nom l’indique, ce syndrome est caractérisé, au premier chef, par une fatigue extrême que le repos ne réduit pas. Ceci étant, un cinquième de la population se plaint de fatigue, parfois à la limite de l’épuisement. D’autres critères doivent donc être pris en considération pour établir le SFC.

La fatigue est inexpliquée : elle n’est pas liée à une cause organique ou psychologique établie.
• La fatigue présente un caractère chronique et invalidant : elle perdure depuis au mois six mois, et perturbe sensiblement les activités professionnelles, familiales, sociales, scolaires…
Des malaises se manifestent suite à un effort physique ou psychologique, et persistent durant plus de vingt-quatre heures.
Le sommeil ne permet pas de récupérer.
• Les patients souffrent de douleurs musculaires, articulaires et abdominales, et de maux de tête.
• Ils présentent des maux de gorge fréquents et récidivants, des symptômes grippaux à répétition, des allergies, des intolérances alimentaires…
• Des problèmes neurologiques ou cognitifs sont mis en évidence : confusion, pertes de mémoire à court terme, difficultés de concentration, désorientation, étourdissements lors du passage de la position assise à la station debout.
• Les nausées, les palpitations, l’intolérance à l’alcool, la pâleur ou encore la sensation fiévreuse sont d’autres signes.
Une dépression peut accompagner, et d’ailleurs compliquer encore le SFC.

De fait, le tableau peut considérablement varier d’un patient à l’autre, encore que tous en partagent les grandes constantes. Les manifestations les plus aiguës du SFC durent en général deux ans, et surviennent de manière cyclique.

Le diagnostic

La consultation médicale procède à la fois par recoupement des symptômes, et par exclusion. Un bilan complet va permettre de rechercher les indices qui pourraient lier le syndrome à une maladie sous-jacente, dont il serait la manifestation. L’approche sera donc multidisciplinaire, avec une prise en charge initiale par un spécialiste de médecine interne, qui aborde la patient dans sa globalité afin d’éliminer les pathologies qui pourraient être à l’origine des symptômes. Un psychiatre se chargera quant à lui de déceler d’éventuels problèmes psychologiques.

Les tests viseront aussi à exclure la fibromyalgie, qui présente beaucoup de similitudes avec le syndrome de fatigue chronique. Après cela, si le diagnostic de SFC se confirme, le patient peut être renvoyé, pour ce qui concerne la Belgique, vers l’un des centres de référence du syndrome de fatigue chronique.

Le traitement

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Au sein du centre de référence, la structure la mieux adaptée dans ces circonstances, le patient est intégré dans un programme de réhabilitation, qui s’étale sur plusieurs mois. Médecins, psychologues, spécialistes en rééducation, assistantes sociales… : une palette d’intervenants assure la prise en charge.

Celle-ci repose sur une double ligne de conduite : l’entraînement à l’effort (aérobic, étirements, exercices dans l’eau…) et l’approche psychologique, afin que le patient apprenne à vivre avec sa maladie. Car il est davantage question de réhabilitation – c’est-à-dire d’améliorations fonctionnelles – que de guérison.

Soulager les symptômes


Il n’existe pas de traitement spécifique et universel du SFC, avec une efficacité clairement et formellement démontrée. Il convient donc de se concentrer sur le soulagement des symptômes, le renforcement de l’autonomie, et la maximisation des capacités du patient, en respectant ses limitations. Les techniques de relaxation peuvent apporter de réels bienfaits, tout comme celles permettant d’améliorer la qualité du sommeil.

Veiller à équilibrer son alimentation, pratiquer – modérément et sous supervision médicale – une activité physique, recourir à des méthodes complémentaires (aromathérapie, luminothérapie, phytothérapie…)… : tout ce qui peut mettre le patient en confiance, l’aider à mieux habiter son corps, à mieux cerner et gérer ses capacités, présente un intérêt.

En fait, le fatigué chronique, au contraire notamment du patient dépressif, aspire à savourer pleinement les plaisirs de l’existence, mais en raison de son épuisement, la vie tourne au ralenti ; ce qui engendre d’importantes frustrations.

La prévention

Etant donné que les causes sont inconnues, il n’est pas possible d’instaurer un schéma de prévention du syndrome de fatigue chronique. Cela n’empêche pas, néanmoins, d’avancer quelques conseils.

Le premier, c’est qu’une fatigue lourde, persistante et inexpliquée doit inciter à consulter un médecin. Ce symptôme pourrait en effet traduire le développement d’une maladie sérieuse ; peut-être le syndrome de fatigue chronique, peut-être une autre pathologie, d’ordre physique ou psychiatrique. En tout cas, la consultation permettra le cas échéant de mettre en œuvre une prise en charge thérapeutique précoce et adaptée. Il ne faut pas laisser traîner les choses, sous prétexte que cela ira mieux bientôt.


publié le : 06/01/2011 , mis à jour le 28/06/2016
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