Couper le frein de langue du nouveau-né : une chirurgie trop à la mode

Dernière mise à jour: mai 2022
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L’Académie de médecine s’alarme de l’augmentation spectaculaire du nombre de chirurgies du frein de la langue chez le nouveau-né en France et dans le reste du monde.

« Coup de frein à la frénotomie linguale chez les nouveau-nés et les nourrissons ! » Titre sans équivoque l’Académie nationale de médecine pour son communiqué de presse. L’instance de santé française vient en effet de publier un avis pour alerter les professionnels de santé, et par là-même les parents, sur la pratique abusive de chirurgie du frein de langue sur les nouveau-nés.

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La frénotomie, une pratique à la mode

La frénectomie (ablation du frein) et la frénotomie (incision du frein) sont des pratiques normalement indiquées pour une ankyloglossie – un frein de langue trop court - avérée. Des difficultés de succion importantes doivent en principe être cliniquement évaluées, et c’est seulement lorsque toutes les mesures d’aide à l’allaitement ont échoué qu’une chirurgie peut s’avérer nécessaire, en deuxième intention donc.

Sauf que... depuis quelques années, avec le retour en force de l’allaitement et l’avènement des réseaux sociaux, on assiste à une véritable épidémie de frénotomies dans le monde occidental. Exemple en Australie où on a enregistré, en une dizaine d’années, une augmentation de plus de 420% de frénotomies. Et il n’y a qu’à le constater dans les blogs, comptes Instagram et groupes Facebook dédiés à la parentalité : à la moindre difficulté qu’une maman rencontre avec son allaitement, on lui conseille de « faire vérifier le frein de langue de bébé par des pros » censés diagnostiquer de façon certaine et fiable une ankyloglossie. Ces groupes de professionnels de la santé sont « plus ou plus ou moins reconnus mais soutenus par un flux important d’informations circulant sur les réseaux sociaux », selon l’Association française de pédiatrie ambulatoire. En général, les mamans désemparées sont renvoyées vers des ostéopathes, des consultantes en lactation et des médecins ORL, qui travaillent parfois en réseau.

Pourtant, l’Académie de médecine, comme d’autres sociétés savantes et autorités de santé avant elles, rappelle que les frénectomie et frénotomie sont tout sauf anodines. Il s’agit toujours d’un « geste invasif à risque d’effets secondaires », même si peu courants. Par ailleurs, elle recommande un encadrement strict de la pratique, éclairé par une médecine basée sur des preuves. L’instance rappelle en effet « l’absence de définition anatomique claire et consensuelle des freins de langue restrictifs ». Couper un frein un peu trop vite et de façon un peu trop systématique, voire pire, en préventif, ne doit plus être la norme dès lors qu’un bébé a des difficultés de succion et/ou que la mère a des douleurs à l’allaitement.

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Recommandations, oui mais...

L’Académie de médecine lance donc un appel collectif à la vigilance, à destination des professionnels du monde médical et paramédical bien sûr, mais aussi des parents, souvent ballotés d’un praticien à un autre vantant les mérites d’une intervention chirurgicale supposée être « trois fois rien » mais qui pourrait tout changer. « Des études méthodologiquement rigoureuses, ciblant les indications, l’efficacité et la tolérance de la frénotomie, sont à mener sans délai », recommande l’Académie d’une part, et d’autre part, « La préparation à l’allaitement et la formation des professionnels doivent être améliorées afin d’accentuer la prise en charge conservatrice et non chirurgicale en cas de difficultés. » Serait-ce là que le bât blesse ? Car en attendant, en tant que parent, comment mettre en doute la parole d’un médecin ORL qui prescrit un peu rapidement une frénotomie par exemple ? À qui faire confiance ? 

Par ailleurs, l’allaitement, bien que largement promu par toutes les autorités de santé dont l’OMS, n’est encore que trop peu soutenu en post-partum (et après), et on peut légitimement s’interroger sur cette « préparation à l’allaitement et la formation des professionnels » censés détenir le savoir, afin de guider les bonnes pratiques. Ou comment ne plus savoir à quel saint (sein) se vouer. 

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Sources :
academie-medecine.fr
afpa.org
co-naitre.net

auteur : Amélie Micoud - journaliste santé
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