Un implant dans le cerveau pour soigner la dépression

Dernière mise à jour: novembre 2021
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news Des chercheurs en neurosciences sont parvenus à traiter une patiente atteinte de dépression sévère en plaçant un dispositif électrique dans son cerveau. 

Pendant un an, Sarah, 38 ans aujourd’hui, a reçu des impulsions électriques cérébrales pour traiter une dépression qu’elle vivait depuis des années et pour laquelle médicaments et électrochocs n’étaient plus efficaces. C’est donc une sorte d’opération de la dernière chance qu’a tenté Sarah. « J'étais au bout du rouleau », a déclaré la jeune femme.  « J'étais gravement déprimée. Je ne me voyais pas continuer si c'était tout ce que je serais capable de faire, si je ne pouvais jamais aller au-delà de ça. Ce n'était pas une vie qui valait la peine d'être vécue. »

Pacemaker pour le cerveau

C’est une équipe de recherche en neurosciences de l’université de Californie à San Francisco (UCSF) qui a proposé à Sarah de traiter sa dépression par stimulation cérébrale profonde. Comment ? En introduisant un petit dispositif électrique dans sa boite crânienne, prolongé par des électrodes, elles-mêmes reliées à des zones du cerveau bien précises. Une sorte de pacemaker pour le cerveau en somme. La technique, utilisée notamment pour l’épilepsie et la maladie de Parkinson, avait déjà été tentée pour soigner les troubles dépressifs, sans succès. Mais cette fois - et il s’agit d’une première mondiale - les chercheurs ont réussi à appliquer les progrès des neurosciences pour le traitement des troubles psychiatriques.

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Une thérapie sur mesure

Dans cette étude, les chercheurs ont en effet développé une stratégie personnalisée qui tient compte des variations individuelles. Pour faire simple, les circuits liés à l’humeur dans le cerveau semblent varier selon chaque individu. L’idée était donc de localiser très précisément ces circuits chez la patiente, pour trouver le lieu optimal d’impulsion électrique. Avant d’implanter le petit appareil électrique dans la tête de Sarah, les chercheurs ont ainsi réalisé plusieurs tests afin de déterminer les zones du cerveau associées à ses symptômes dépressifs. 

« Cet essai a été couronné de succès grâce à la découverte d'un biomarqueur neuronal - un schéma spécifique d'activité cérébrale qui indique l'apparition des symptômes », explique l’UCSF dans un article. « L'appareil stimule alors une autre zone du circuit cérébral, créant ainsi une thérapie immédiate, à la demande, qui est unique au cerveau de la patiente et au circuit neuronal à l'origine de sa maladie. »

Un espoir de traitement de la dépression

Si pour Sarah, les résultats positifs se sont faits très rapidement ressentir, la thérapie semble avoir été efficace également sur la durée. Au moment de la publication de l’étude dans la revue Nature Medicine en octobre dernier, la jeune femme portait l’appareil de stimulation cérébrale depuis 15 mois, à raison de 300 impulsions électriques par jour maximum, qui correspondent à 30 minutes de traitement. Sarah ne pouvait pas ressentir les impulsions électriques, mais, selon un article du New York Times, elle croyait savoir que la stimulation se produisait lorsqu’elle ressentait une « distance émotionnelle » qui maintenait les sentiments négatifs « compartimentés ». « Maintenant », dit-elle, « ces pensées surgissent toujours, mais c'est juste... pouf... le cycle s'arrête ». L’article du New York Times précise aussi qu’au cours de l'année, le nombre de fois par jour où l'appareil de Sarah a détecté une activité cérébrale liée à la dépression et a délivré une stimulation a quelque peu diminué, mais il reste important, selon le Dr Scangos, professeure en psychiatrie et co-auteure de l'étude.  

« Au cours des premiers mois, la diminution de la dépression a été si brutale, et je n'étais pas sûre que cela dure », explique encore Sarah dans le communiqué de l’UCSF. « Mais cela a duré. Et je me suis rendu compte que l'appareil complétait vraiment la thérapie et l'auto-prise en charge que j'ai apprises en tant que patiente ici à l'UCSF ».

L’équipe de chercheurs prévient cependant qu'il ne s'agit que du premier patient du premier essai. « Il y a encore beaucoup de travail à faire », a déclaré Scangos, qui a recruté deux autres patients dans l'essai et espère en ajouter neuf autres.  « Nous devons examiner comment ces circuits varient selon les patients et répéter ce travail plusieurs fois. Et nous devons voir si le biomarqueur ou le circuit cérébral d'un individu change au fil du temps, à mesure que le traitement se poursuit. » Un espoir de traitement personnalisé prometteur donc, mais qui doit encore faire ses preuves. 

auteur : Amélie Micoud - journaliste santé
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