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Définition, pour ou contre : le guide de l'homéopathie

Dernière mise à jour: septembre 2020 | 6342 visites

dossier L’homéopathie rencontre un réel succès. Ses partisans sont aussi convaincus de son efficacité que ses détracteurs de son absence totale d’effet bénéfique pour la santé. Quels sont les principes de cette thérapie dite alternative ou complémentaire ? Qu’en dit la science ? Que penser de ces gouttes, granules, capsules et dilutions ?

L'homéopathie a été développée à la fin du 18ème siècle par le médecin allemand Samuel Hahnemann. Le mot homéopathie est dérivé des mots grecs homoios - qui signifie similaire - et pathos, qui signifie douleur ou souffrance. Ceci souligne immédiatement l'un des principes les plus importants de ce traitement alternatif de symptômes physiques et psychologiques : celui de similitude.

Comment fonctionne l'homéopathie ?

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C'est une histoire de croyants et de non-croyants : les ardents partisans de l'homéopathie d'une part et les sceptiques qui la rejettent comme du pur charlatanisme de l'autre. Mais sait-on en quoi consiste l'homéopathie et sur quoi elle repose ?

La méthode de traitement homéopathique de Hahnemann est basée sur deux principes majeurs : le principe de similitude et le principe de l’individualisation.

1° - Une substance spécifique qui peut provoquer certains symptômes chez les personnes en bonne santé peut également guérir les patients présentant ces mêmes symptômes lorsqu'elle est administrée à des doses extrêmement diluées qui ont été potentialisées ou dynamisées en les secouant à chaque phase de dilution. La potentialisation est un terme souvent employé par les utilisateurs de l’homéopathie. Elle exprime le fait qu’en secouant vigoureusement et intensivement la substance active à chaque phase de dilution, sa puissance ou son pouvoir de guérison est transféré à la solution. Cette substance devient d'autant plus puissante qu'elle est diluée.

Plus simplement : une substance (toxique) qui provoque certains symptômes chez une personne en bonne santé peut guérir les mêmes symptômes chez une personne malade si elle est administrée extrêmement diluée. Par exemple, une solution ultra-diluée de sabadilla, l'hellébore, est prescrite pour le rhume des foins. L'hyper-dilution de la substance active vise à activer la capacité d'auto-guérison du corps.

2° - La méthode de traitement homéopathique est basée sur la réponse du patient en tant qu'individu plutôt que sur le tableau clinique qu'il présente. Un médecin homéopathe doit donc prendre en compte tous les symptômes spécifiques du patient et les comparer à la thérapie qu'il prescrit. C'est pourquoi il n'y a généralement aucune indication sur l'emballage des médicaments homéopathiques.

Plus simplement : l'homéopathie traite une personne malade et non une maladie. L'idée sous-jacente est la suivante : les individus diffèrent les uns des autres et réagissent donc différemment aux ingrédients actifs des produits homéopathiques. Il est donc possible que deux personnes souffrant de la même maladie se voient prescrire un produit homéopathique différent. Par exemple: le remède homéopathique qui traite l'angine streptococcique chez la personne A ne fonctionne pas nécessairement pour l'angine streptococcique chez la personne B.

Ces principes sont toujours à la base de la méthode de traitement homéopathique en 2020.

Selon la Nederlandse Homeopathie Vereniging (association néerlandaise d'homéopathie), cette discipline alternative peut être définie comme « une médecine holistique qui stimule et active la capacité d'autoguérison du corps. L'homme dans son ensemble est central. Si son corps et son esprit sont déséquilibrés, il peut tomber malade ou souffrir de maux ». C'est pourquoi le médecin homéopathe pose toujours beaucoup de questions lors des consultations. Ceci lui permet de visualiser la santé physique, mentale et émotionnelle de son patient.

Quels sont les arguments des sceptiques et des antis ?

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Le milieu académique est généralement très sceptique à propos de l'homéopathie, car elle est à mille lieues des principes de la médecine classique (allopathique), fondée sur la preuve.

Fondée sur des preuves signifie que :

• un lien logique entre cause et effet
• il doit être possible de répéter les études à l'identique et d’obtenir des résultats identiques dans des circonstances identiques
• l’efficacité du traitement a été prouvée

Tout le contraire de l'homéopathie : « Elle ignore complètement le diagnostic classique et est orientée vers les remèdes », explique Skepp (une organisation indépendante belge sceptique). Selon le milieu académique, aucune preuve scientifique formelle de l’efficacité des produits homéopathiques n’a encore été trouvée. Sauf comme placebo, contexte dans lequel ils peuvent être d'une certaine utilité.

Le European Academies Science Advisory Council (EASAC) est parvenu à la même conclusion en 2017. Il précise que l'effet présumé des produits homéopathiques est incompatible avec les concepts scientifiques habituels et que le patient est souvent insuffisamment conscient des risques possibles d’un traitement homéopathique. Ceci s’applique également aux animaux.

Un autre point délicat porte sur la dilution extrême des substances utilisées en homéopathie. Le processus de dilution va souvent si loin qu'il n'y a pas de substance chimiquement active dans la solution : elle ne contient plus de molécules de la substance diluée.

Le degré de dilution est indiqué par une lettre et un chiffre. Un D ou DH (dilution Hahnemann décimale), un C ou CH (dilution Hahnemann centimale). Il y a même une valeur MC. Après la lettre, un nombre indique le nombre de fois où le produit a été dilué. Par exemple, une dilution de C6 correspondrait à 1 goutte dissoute dans l'eau de 20 piscines olympiques.

Autre reproche fait aux produits homéopathiques : ils sont appelés médicaments bien qu'ils ne soient pas soumis aux mêmes exigences d'efficacité, de qualité et de sécurité que les médicaments classiques reconnus. Ils induiraient donc le patient en erreur et acquièrent beaucoup plus de crédibilité qu'ils ne le mériteraient.

Les remèdes homéopathiques sont préparés à base de teinture mère d'origine animale, végétale, minérale ou chimique. Cette teinture mère est d'abord dissoute dans l'alcool puis diluée de plus en plus avec de l'eau. Selon l'EASAC, ces produits ne devraient recevoir la désignation de médicaments que si leur efficacité peut être démontrée sur la base de preuves issues de recherches scientifiques bien menées.

Quels sont les arguments des personnes utilisant l’homéopathie ?

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Malgré le scepticisme du milieu académique, beaucoup continuent de croire aux effets bénéfiques de l'homéopathie parce qu'elle leur fait du bien et parce qu'ils constatent des résultats.

Selon le rapport annuel d'Echamp, la Coalition européenne pour les médicaments homéopathiques et anthroposophiques, l'industrie homéopathique réalise un chiffre d'affaires de près de 1,5 milliard d'euros par an. On estime que 46% des Belges ont déjà utilisé des remèdes homéopathiques pour eux ou un membre de leur famille, dont la moitié le font depuis plus de cinq ans (chiffres de 2019).

L'effet placebo avancé par les sceptiques fait rire les défenseurs de l’homéopathie, qui rappellent que les remèdes homéopathiques fonctionnent également sur les bébés et les jeunes enfants, et même sur les animaux. L'Association belge de l'industrie homéopathique (Homeopathy Belgium Industry Association) ajoute qu'un certain nombre d’essais réalisés avec placebo prouvent effectivement l'efficacité des médicaments homéopathiques.

En outre, les médicaments homéopathiques sont soumis à des normes strictes. Ils doivent être fabriqués par des sociétés reconnues ou par un pharmacien et ils ne peuvent être vendus qu'en pharmacie. Avant d'entrer sur le marché belge, ils doivent être agréés et enregistrés par l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé. L'Association belge de l'industrie homéopathique (dont les laboratoires membres sont délégués dans divers comités de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé) souligne que les médicaments homéopathiques doivent répondre aux mêmes normes de qualité que les autres médicaments.

Selon l'Association néerlandaise d'homéopathie, plus de 50 études fiables auraient démontré l'effet spécifique des dilutions élevées en homéopathie. Elle se réfère, entre autres, à une étude de l'université de Berne. Seule la question du fonctionnement exact de l'homéopathie resterait sans réponse.

L'Association néelandaise AVIG (Artsen Vereniging Integrale Geneeskunde) affirme qu'il existe en effet des preuves que l'homéopathie est efficace et que l'EASAC se base sur des rapports non fiables et même frauduleux. De plus, toutes les études montreraient que l'homéopathie est également sans danger et n'a aucun effet secondaire.

Pour Association belge de l'industrie homéopathique, ce sont principalement les hyper-dilutions de la teinture mère (l'ingrédient actif) qui font polémique et ces dilutions fonctionnent d'une manière complètement différente des médicaments conventionnels : plusieurs études en laboratoire montreraient que les médicaments homéopathiques à très haut degré de dilution ont des effets biologiques qui ne seraient pas observés s'ils provenaient de « l'eau uniquement » ou du « sucre uniquement ». Cependant, d'autres recherches de qualité sur ces mécanismes sont nécessaires.

Une autre théorie qui émerge au sein des pro-homéopathie est que les processus mis en oeuvre dans l’homéopathie sont proches de la physique quantique : au-delà des effets physiques du remède, c’est l’énergie qu’il produit qui agit, via la substance active administrée, qui entre dans une fusion énergétique avec l'énergie de l'humain. Cet échange ferait donc le travail. La forme physique (les gouttes par exemple) n'est plus qu'un véhicule. Selon les défenseurs de cette théorie, la science n’est pas encore prête à la rendre scientifiquement démontrable.

Dans le monde, 42 pays reconnaissent légalement l'homéopathie. En Belgique (où l'homéopathie est légalement reconnue comme médecine non conventionnelle), seuls les professionnels de santé tels que les médecins, dentistes et sages-femmes formés peuvent devenir homéopathe. Il n'existe actuellement aucun programme universitaire de base pour cette discipline et elle ne peut s’apprendre que par la formation continue. Les homéopathes voient leur discipline comme une approche complémentaire qui a sa place aux côtés des traitements allopathiques. Il s'agit d'une approche multidisciplinaire qui prend en compte la contribution et l'approche de tous les professionnels de la santé (y compris les infirmières, les physiothérapeutes…) et qui se concentre davantage sur l'individu et sa situation personnelle. En plus des homéopathes, d'autres médecins généralistes, spécialistes et vétérinaires peuvent également prescrire des médicaments homéopathiques.

Une conclusion ?

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Une grande partie de la communauté médicale estime qu’il n'existe aucune preuve scientifique que les remèdes homéopathiques soient efficaces et efficients. Pourtant, cette industrie est florissante ! Bien que la théorie homéopathique aille à l'encontre de toutes les connaissances scientifiques de la médecine et de la chimie, de nombreuses personnes recourent à ce traitement et y trouvent un soulagement.

De plus en plus de professionnels de la santé s’intéressent à cette médecine non conventionnelle. Ils considèrent le traitement homéopathique comme un complément à la médecine moderne et le prescrivent généralement pour des maladies et des troubles mineurs ou non évolutifs.

Comme d'autres thérapies alternatives, l'homéopathie peut en tout cas réduire les symptômes ou augmenter le confort du patient et la plupart des sources s'accordent sur ce point. Il reste bien sûr fondamental qu'un diagnostic préalable soit établi par un médecin qualifié.


publié le : 10/09/2020 , mis à jour le 09/09/2020
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