Le mal de ventre chez l'enfant

Dernière mise à jour: octobre 2015
Dans cet article
Le mal de ventre chez l'enfant

dossier Beaucoup d'enfants se plaignent régulièrement d'avoir mal au ventre. Ces douleurs peuvent survenir isolément ou s’accompagner de symptômes comme des nausées, de la constipation ou de la diarrhée. La plupart du temps, ces maux de ventre sont sans gravité, mais ce n’est pas toujours le cas. Ils peuvent avoir des causes diverses, physiques et psychologiques, et il n'est pas toujours simple de poser le bon diagnostic car l'enfant peut avoir des difficultés à exprimer précisément ce qu'il ressent.

Les plaintes peuvent être très différentes, avec deux extrêmes : une douleur qui apparaît soudainement, vivement, mais qui disparaît relativement vite, ou une douleur plus modérée mais qui dure plus longtemps. En fait, on peut classer ces douleurs en deux grandes catégories.

Le mal de ventre aigu

L'enfant, qui ne se plaint quasiment jamais d'avoir mal au ventre, ressent tout d'un coup de fortes douleurs. Il s'agit alors probablement d'une infection. Le cas typique est la gastro-entérite (grippe intestinale), avec de la diarrhée, des vomissements et de la fièvre. La douleur est intense mais de courte durée, et s'estompe en quelques jours. Il peut aussi s'agir d'une appendicite, sachant que dans ce cas, la douleur se focalise dans la partie inférieure droite de l'abdomen (fosse iliaque), ou encore d'une infection des voies urinaires, dont la vessie.

Le mal de ventre chronique

L'enfant se plaint régulièrement (jusqu'à plusieurs fois par semaine) de douleurs abdominales. Parfois la douleur est sévère, parfois elle est lancinante. Si ces symptômes persistent plus de deux mois, on parle de mal de ventre chronique. La douleur peut avoir une cause physique (organique), mais la plupart du temps l'origine est psychologique : anxiété, stress, difficultés scolaires, harcèlement, climat familial détérioré..., toutes ces situations peuvent provoquer des douleurs abdominales.

La cause psychologique

Un mal de ventre de nature psychologique ne doit pas être considéré comme de la comédie : l’enfant se sent vraiment mal. Ce n'est pas parce qu'aucune cause physique n'est trouvée que la douleur n'est pas réelle. Il est donc important de prendre les choses au sérieux et d'essayer d'identifier l'origine du problème.

La douleur est rarement décrite comme vraiment forte. Elle monte progressivement en intensité, n'atteint pas des degrés très importants, et est généralement localisée par l'enfant autour du nombril, ou un peu au-dessus. Plus la douleur récurrente se situe dans cette zone, plus il y a de probabilités qu'elle soit d'origine psychologique, surtout si aucun symptôme de type infectieux n'apparaît (fièvre, éruption cutanée...).

Si le stress ou l'anxiété sont en cause, la douleur ne survient en principe pas la nuit, mais l'enfant peut cependant avoir des difficultés à s'endormir. Il est à noter que des signes physiques peuvent être associés au mal de ventre d'origine psychologique, et on pense en particulier aux nausées, aux vomissements, aux spasmes intestinaux ou à une transpiration excessive.

Les tensions qui sous-tendent ces douleurs abdominales peuvent être d'ordre familial (maladie d'un proche, attentes trop élevées des parents, naissance d'un frère ou d'une soeur...), scolaire (harcèlement, intimidation, troubles de l'apprentissage...) ou encore socio-relationnel (déménagement, changement d'école, conflit avec un copain...). Tout ce qui est source de stress, d'angoisse, d'anxiété..., doit être pris en considération.

Certains enfants sont plus à risque que d'autres. C'est le cas de ceux qui expriment peu leurs sentiments, qui ont tendance à intérioriser, à se refermer sur eux-mêmes, ou qui n'ont pas la possibilité de s'ouvrir pleinement auprès de parents peu à l'écoute. A contrario, les enfants de parents surprotecteurs peuvent aussi exagérer leurs plaintes.

La cause physique

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Une cause physique est retrouvée par le médecin chez à peine un enfant sur dix souffrant de douleurs abdominales. Une cause physique est probable si :

• le mal de ventre n'est pas localisé autour du nombril, mais par exemple à l’aine. Plus la douleur est éloignée du nombril, plus la probabilité qu'elle soit d'origine organique augmente

• le mal de ventre est associé à des anomalies de la miction ou de la défécation (diarrhée, sang dans les selles, besoin fréquent d'uriner, reprise du pipi au lit, douleur à la miction...)

• le mal de ventre s’accompagne de fièvre, de perte de poids, de douleurs articulaires ou d’une éruption cutanée

• le mal de ventre est compliqué par des troubles inhabituels, la douleur est plus forte que d’habitude ou elle dure plus longtemps

Que faut-il soupçonner ?


Les coliques

Elles sont fréquentes chez le nourrisson. Lorsque la mère allaite, les coliques peuvent être déclenchées par un aliment que la maman a mangé mais que l'enfant ne digère pas encore bien : les choux, les oignons, les poivrons... La présence de gaz dans les intestins est aussi une cause possible : en tétant, mais avec la bouche mal positionnée, l'enfant avale beaucoup d'air. Ceci peut se produire aussi avec le biberon, si l'orifice de la tétine est trop étroit. Les coliques en soirée (entre 18 h et 22 h), courtes mais intenses, sont fréquentes pendant les deux ou trois premiers mois, et on entend le ventre du bébé gargouiller : le fait de le coucher sur le dos va le soulager, tout comme les quelques flatulences qu'il émettra alors.

La constipation

Si le gros intestin n'assure pas efficacement sa fonction, les selles durcissent, stagnent, et l'enfant rencontre beaucoup de difficultés à déféquer : ce processus déclenche des douleurs dans le bas du ventre.

La gastrite

Cette maladie inflammatoire de la paroi de l’estomac peut être causée par un virus ou une bactérie ou suite à une irritation de la paroi de l'estomac après avoir consommé certains aliments. La douleur se manifeste dans le haut du ventre.

Le reflux

Lorsque le contenu de l'estomac reflue dans l'oesophage, la paroi de celui-ci devient irritée ou enflammée. Ces régurgitations sont fréquentes chez le nourrisson, car le sphincter (une sorte de clapet), qui sépare l'oesophage et l'estomac, est encore immature. La perte de poids et les pleurs sont des symptômes typiques chez le bébé, alors que chez les enfants plus âgés, il s'agira de douleurs récurrentes dans le haut du ventre et de brûlures d'estomac, avec des nausées possibles.

L'infection urinaire

Les infections de la vessie et des voies urinaires se traduisent par des douleurs au ventre, des mictions fréquentes et douloureuses, et parfois du sang dans les urines. Il est possible que des mictions involontaires (de jour comme de nuit) reprennent alors qu'elles étaient bien contrôlées.

Les règles douloureuses

Ceci concerne évidemment les jeunes filles et les adolescentes. La douleur au ventre peut survenir au moment de la menstruation, ou être décalée.

L'hypersensibilité alimentaire

Les enfants peuvent souffrir de maux de ventre lorsqu’ils ne supportent pas certains aliments (intolérance ou allergie alimentaire). Ces douleurs s’accompagnent souvent de diarrhée et sont fréquemment liées à une hypersensibilité aux produits laitiers, surtout au lactose. L'intolérance au gluten (maladie coeliaque) est aussi une cause de douleurs abdominales.

La maladie de Crohn

La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse, deux maladies intestinales inflammatoires chroniques, apparaissent rarement chez le jeune enfant, mais sa fréquence augmente ensuite à l'adolescence. Le principal symptôme, lors des poussées, est la douleur abdominale accompagnée de diarrhée chronique. On observe souvent aussi de la fièvre, une fatigue persistante ou une perte de poids.

Le syndrome du côlon irritable

Dû à une hypersensibilité du côlon, le syndrome du côlon irritable est à l'origine de crampes. Elles s’accompagnent souvent de constipation ou de diarrhée ou une alternance des deux. Les enfants se plaignent également de ballonnements et de flatulences. Les douleurs disparaissent généralement après que l’enfant a été à la selle.

Les vers

Fréquente chez l’enfant, l’oxyurose est une affection parasitaire (un petit ver blanc) responsable de démangeaisons anales, de maux de ventre et de nausées. Ce problème n’est pas grave, mais des mesures d’hygiène doivent être associées à un traitement médicamenteux.

L'appendicite

L'appendicite est l'une des rares causes pour lesquelles les douleurs abdominales de l'enfant doivent être traitées par chirurgie. Cette inflammation de l'appendice peut évoluer en péritonite, une infection majeure de l'abdomen.

Les maladies de l’estomac

Une hernie de l’estomac (hiatale) ou une atteinte du pylore (le muscle situé dans la partie basse de l'estomac, qu'il relie au duodénum) peuvent être les causes de douleurs et de vomissements chez le nourrisson et le jeune enfant.

L'occlusion intestinale

Il peut s'agir d'une invagination intestinale aiguë : pour schématiser, une partie de l'intestin pénètre dans une autre partie située vers le bas. Elle représente l'une des causes les plus fréquentes d'occlusion intestinale chez le nourrisson et le jeune enfant. Elle se manifeste par une crise douloureuse soudaine accompagnée d’un repli des jambes, de pâleur et de vomissements. L'occlusion peut avoir d'autres causes, avec comme résultat le blocage du transit et de très fortes douleurs, des ballonnements, des nausées et des vomissements. L'occlusion intestinale est une urgence médicale.

Les autres maladies

Certaines maladies virales (plus rarement bactériennes) peuvent causer des douleurs abdominales « à distance » (par le gonflement des ganglions lymphatiques abdominaux). Le mal de ventre peut aussi être lié à une maladie rénale (malformation), une torsion testiculaire ou un kyste ovarien, notamment.

Quelles solutions ?

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Les parents ont leur rôle à jouer pour prévenir et soulager ces douleurs.

L'alimentation

Dans ce contexte comme pour d'autres raisons, une alimentation saine est essentielle, avec notamment des apports consistants en fibres (pain, céréales, fruits et légumes...). Les boissons gazeuses doivent être strictement limitées. Sauf nécessité médicale, un régime alimentaire spécial n'a pas de sens : l'enfant doit avant tout manger de manière équilibrée et diversifiée.

L'activité physique

Les enfants ont besoin de beaucoup d'exercice, qui va favoriser le bon fonctionnement des intestins.

L'écoute

Elle est cruciale si les maux de ventre ont une origine psychologique. Il est indispensable de toujours prendre les plaintes de son enfant au sérieux. L'attitude doit être bienveillante, mais sans excès : une surprotection risque de déclencher un cercle vicieux. La recherche des causes de l'anxiété constitue évidemment une étape fondamentale (problème à l'école, mal-être à la maison, difficultés relationnelles...). Le dialogue, l'écoute, sont donc prioritaires. L'enfant doit néanmoins poursuivre ses activités quotidiennes habituelles. Au besoin, la consultation d'un psychologue sera utile.

Les médicaments

Les antidouleurs ne sont généralement d’aucune utilité contre le mal de ventre, et ils peuvent provoquer des effets indésirables, tout en mettant l'accent sur l'aspect médical du problème et en masquant la composante psychologique, que l'on sait souvent fondamentale. L'administration éventuelle d'un médicament ne sera décidée qu'en concertation avec un médecin.

Un journal de bord

Tenir un journal peut être utile. Il renseignera sur la fréquence, le moment, la durée, la nature, ou encore l'intensité des crises, et permettra d'aider à identifier les facteurs qui les déclenchent.

Et le médecin ?

Le pédiatre doit être consulté si les douleurs sont récurrentes (un bilan est alors utile) et lorsqu'elles s'accompagnent de signes comme :

• de l'apathie, de la somnolence
• une perte d'appétit, des nausées, des vomissements
• de la constipation, de la diarrhée, des flatulences
• de la fièvre
• des troubles urinaires
• des douleurs articulaires, des éruptions cutanées, des palpitations
• une persistance de la douleur pendant la nuit ou une aggravation de la douleur
• la douleur dure, en continu, plus de 24 h
• la douleur est localisée ailleurs qu'autour du nombril (à l'aine, notamment)

Et tout simplement si vous ressentez une inquiétude particulière, si la situation vous semble évoluer de manière préoccupante.

Les examens médicaux chercheront à identifier une cause physique, et le cas échéant, un traitement approprié sera mis en oeuvre (antibiotiques en cas d'infection urinaire, par exemple).

Plusieurs études ont démontré que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pouvait être bénéfique pour les enfants et les adolescents souffrant de douleurs abdominales prolongées d'origine psychologique. Le principe consiste à apprendre à gérer son stress et à se confronter aux situations problématiques. L’hypnose pourrait aussi présenter un intérêt, indiquent quelques études.

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