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Le diabète : une cause importante de dépression

Dernière mise à jour: août 2015 | 14513 visites

dossier Les diabétiques sont – proportionnellement - près de trois fois plus nombreux à souffrir de dépression par rapport au reste de la population.

L’Inami (Institut national d’assurance maladie-invalidité) a publié une étude fouillée sur l’association entre le diabète et la dépression, sur base du nombre de patients traités, en Belgique, pour l’une et/ou pour l’autre de ces maladies. La référence statistique renvoie à la consommation de médicaments remboursés délivrés en pharmacie durant l’année 2010. Des données qui sont des sources précieuses d’enseignements.

Le contexte

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Deux types de diabète sont identifiés : le diabète de type 1 (DT1, qui apparaît durant l’enfant et l’adolescence) et le diabète de type 2 (DT2, qui se développe, dans l’écrasante majorité des cas, à l’âge adulte). Environ 90% des personnes diabétiques sont affectées par le type 2. Le DT1 est traité par insuline ; alors que la prise en charge du DT2 repose sur un régime alimentaire, de l’exercice physique, des antidiabétiques oraux et, plus tard dans l’évolution de la maladie, des injections d’insuline si nécessaire.

Il est important de souligner qu’une proportion importante des diabétiques sont susceptibles de souffrir de complications sérieuses, voire extrêmement graves, directement liées au diabète, comme des dommages oculaires, rénaux, nerveux, ainsi que des pathologies cardiovasculaires et des atteintes des membres (le « pied diabétique »). Un contrôle étroit de la glycémie (taux de glucose – sucre - dans le sang) est indispensable.

Les médicaments contre le diabète

En Belgique, comme dans bien d’autres pays, l’utilisation des antidiabétiques oraux et de l’insuline augmente constamment depuis des années.

La plupart des patients (76%) se sont vu prescrire uniquement des antidiabétiques oraux. Au total, les traitements (antidiabétiques oraux, insuline ou les deux) concernent quelque 560.000 bénéficiaires. Ceci ne traduit pas la prévalence « réelle » du diabète : ainsi, de très nombreuses personnes atteintes de diabète de type 2 n’ont pas (encore) été diagnostiquées, alors qu’une frange non négligeable de celles qui connaissent leur état ne suivent pas correctement le traitement.

Pour en revenir à la progression de la vente de médicaments, l’augmentation annuelle s’est établie à environ 5% entre 2004 et 2010 (une croissance exprimée en doses journalières, ou DDD). Durant cette même période, poursuivent les experts de l’Inami, les dépenses de remboursement ont enregistré une croissance de 7,5% par an ; passant de 87 millions d’euros en 2004 à 134 millions en 2010 : la moitié de ce budget est consacré à l’insuline et analogues, sensiblement plus chers que les antidiabétiques oraux.

Le diabète et la dépression

Un éventail d’études ont montré que les diabétiques s’exposaient à un risque notablement accru, par rapport au reste de la population, de développer une dépression. Une estimation du nombre de patients diabétiques traités par antidépresseurs a été réalisée en croisant les données récoltées par l’Inami. Il apparaît que 96.000 personnes étaient dans ce cas en 2010 ; autrement dit, 17,2% des patients sous médication contre le diabète sont également traités pour une dépression. Or, il s’avère qu’un peu moins de 7% (6,7%, précisément) des personnes non diabétiques prennent des antidépresseurs. Le rapport est donc de deux à trois, ce qui est évidemment énorme.

Les patients diabétiques à risque

Lorsqu’on affine les statistiques, des éléments supplémentaires retiennent l’attention. Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés chez les diabétiques dépressifs : généraux (donc non particuliers aux diabétiques), comme un antécédent de dépression, la présence d’une maladie chronique, le fait d’être une femme… - ; et spécifiques, comme le développement de complications liées au diabète, le passage vers l’insulinothérapie ou lorsque le diabète vient s’ajouter à une autre maladie chronique.

Deux données sont à mettre en évidence dans le rapport de l’Inami. D’abord, l’âge. Qu’il s’agisse du diabète ou de la dépression, l’incidence de ces deux maladies augmente de manière linéaire jusqu’à 50-55 ans, fléchit ensuite légèrement jusqu’à 65 ans, puis repart à la hausse. Quand on observe la courbe qui traduit l’évolution des cas de dépression chez les diabétiques, on constate que les traitements antidépresseurs sont deux à trois fois plus fréquents chez les patients diabétiques jusqu’à l’âge de 50 ans, alors que le rapport tombe entre un et deux par la suite. Deux, le sexe. Les femmes diabétiques s’exposent à un risque pratiquement doublé de souffrir de dépression, par rapport aux patients masculins : 23% contre 13%. Si cette différence se retrouve aussi dans la population générale, elle renvoie à des pourcentages bien plus faibles.

Au quotidien

Dans le cadre d’un congrès de l’Association européenne pour l’étude du diabète (EASD), Viviane de Laveleye, en sa qualité de directrice de l’ABD (Association belge du diabète), avait été invitée à s’exprimer sur cette thématique. « Je ne suis pas sûre que le diabète se singularise, sur ce plan, par rapport à d’autres maladies chroniques », expliquait-elle.

« Ce qui est clair, c’est qu’au fil du temps, beaucoup de personnes diabétiques vont devoir faire face à une accumulation de problèmes touchant à des pans entiers de leur vie quotidienne. Il n’est donc pas surprenant qu’une partie d’entre elles, peut-être plus fragiles, s’exposent à un risque de dépression ».

Viviane de Laveleye souligne que « les équipes soignantes comptent en leur sein du personnel spécifiquement formé à cet accompagnement. L’ABD (1) propose elle aussi une écoute et un soutien, alors que, le cas échéant, nous pouvons orienter notre membre vers une structure ou un interlocuteur à même de le prendre en charge ».

Inquiétude, modification des habitudes alimentaires, relations de couple, vie professionnelle, contraintes liées au traitement… : le diabète de type 2 engendre un impact important, et potentiellement très déstabilisant, sur l’existence quotidienne. Il peut ainsi faire le lit de la dépression.

(1) www.diabete-abd.be

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