Prescrire la pilule aux religieuses ? L’histoire d’un… mauvais coup !

Dernière mise à jour: mai 2012 | 5270 visites
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news Des chercheurs australiens, avides d’un coup médiatique, ont préconisé d’administrer la pilule contraceptive aux religieuses, avec l’intention de les protéger, notamment, contre le cancer du sein.

Et il faut reconnaître que leur article, publié dans la très sérieuse revue « The Lancet », a connu un énorme retentissement. Mais aussi, avec le recul, a suscité de nombreuses critiques.

Kara Britt et Roger Short, attachés à l’université de Melbourne, sont partis du constat, bien établi, que les femmes qui n’ont jamais eu d’enfant s’exposent à un risque sensiblement accru de souffrir de certains types de cancer, comme celui du sein, des ovaires et de l’utérus. En fait, plus une femme a eu d’enfants et plus la première grossesse est intervenue tôt, plus le risque est diminué. Première observation : la maternité n’est certainement pas le seul facteur à prendre en considération. Il apparaît ainsi qu’une puberté précoce et/ou une ménopause tardive augmenteraient le risque de cancer mammaire, ovarien et utérin ; alors qu’en inversant le propos, une puberté tardive et/ou une ménopause précoce le réduiraient.

Une démarche très critiquable

Toujours est-il, poursuivent les chercheurs australiens, que plusieurs études ont montré que la pilule contraceptive prévient, dans une certaine mesure, le risque de souffrir d’un cancer « féminin » (et avec un impact positif en termes de mortalité précoce, toutes causes confondues). D’où leur suggestion, provocatrice évidemment, de mettre les religieuses, non "protégées" par la maternité, sous traitement.

Si la démarche paraît avoir un sens, elle est aussi très critiquable, et pour au moins trois raisons. D’abord, les études réalisées sur le caractère « protecteur » de la pilule aboutissent à des résultats contradictoires. Ce qu’il faut en retenir, avant tout, c’est que le médicament n’augmente apparemment pas le risque de cancer ; ce qui est un message rassurant pour les utilisatrices. Ensuite, le cancer du sein (pour ne citer que lui) peut être prévenu – dans une certaine mesure toujours – par des voies simples et efficaces, comme une activité physique régulière ou la modération de la consommation d’alcool. Enfin, « cibler » les religieuses, pour déclencher un « effet marketing », ne semble pas très respectueux.


publié le : 19/02/2012 , mis à jour le 15/05/2012
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