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Sauver une vie : nous ne sommes pas prêts !

Dernière mise à jour: août 2015 | 8340 visites

dossier Qu’est-ce qu’une attaque cardiaque ? Comment réagissons-nous face à une telle situation ? Que savons-nous des défibrillateurs automatiques externes, installés dans de nombreux lieux publics ? Le point.

Face une attaque cardiaque, une intervention rapide et immédiate des témoins et des services de secours spécialisés est nécessaire pour augmenter les chances de survie et minimiser les séquelles neurologiques. Comment le Belge réagit-il ? Est-il prêt à utiliser un défibrillateur automatique externe pour sauver la vie d’autrui ? C’est le sujet d’une étude menée par le Pr Christophe Scavée, cardiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc (Bruxelles).

La mort subite cardiaque

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La mort subite cardiaque (MSC), qui touche chaque année environ 10.000 personnes en Belgique, est un trouble du rythme cardiaque caractérisé par des contractions faibles et chaotiques du cœur, rendant impossible le fonctionnement normal de ce dernier et l’éjection du sang, et donc la poursuite d’une circulation sanguine efficace.

Rapidement, l’ensemble des organes se retrouvent totalement privés d’oxygène. Des lésions cérébrales irréversibles s’observent dès la troisième minute d’arrêt cardiaque. Une intervention immédiate est donc nécessaire pour augmenter les chances de survie et minimiser les séquelles neurologiques.

Le défibrillateur automatique externe (DAE)

Le défibrillateur automatique externe (DAE) est un petit appareil portatif électronique qui permet d’analyser seul le rythme de la victime et de délivrer un choc électrique en cas de nécessité. Il consiste à appliquer une paire d‘électrodes sur le torse dénudé afin d’enregistrer et analyser le rythme mais également de délivrer le choc électrique éventuel qui réanimera le patient.

L’appareil est programmé pour traiter la fibrillation ventriculaire et la tachycardie ventriculaire, qui dans 80% des cas sont responsables des décès. Simple dans sa manipulation, il peut être utilisé par des gens spécialement formés pour, ou par toute personne sans expérience médicale particulière. Ces appareils installés « en libre service » sont donc en théorie adaptés pour une utilisation tout public.

En Belgique, sous l’impulsion d’initiatives privées et publiques, le nombre de ces défibrillateurs déployés dans nos villes, gares, stades, salles de sport ou grandes surfaces est en constante expansion.

Comment les citoyens réagissent-ils ?

Afin de répondre à cette question, le Dr Christophe Scavée (responsable de l’Unité de rythmologie, Service de pathologie cardiovasculaire des Cliniques universitaires Saint-Luc) a mené une enquête auprès de 2.086 personnes vivant à Bruxelles, ainsi que dans le Brabant wallon, le Hainaut, à Namur, à Liège et dans le Luxembourg. Il leur a été demandé de répondre à un questionnaire portant sur la mort subite et le défibrillateur automatique externe. Les résultats sont étonnants.

• Ainsi, face à une mort subite, 47% des personnes interrogées ne se sentent pas capables d’intervenir.

• Les gens âgés de plus de 60 ans, et ceux dont la scolarité n’a pas dépassé l’école primaire, se sentent significativement moins aptes à réagir. Seulement 6% sont prêts à commencer un massage cardiaque externe.

• 73,8% des répondants pensent qu’il est essentiel d’appeler les services de secours. Toutefois, la majorité des citoyens interrogés (58%) ne connaissent pas les numéros de téléphone d’urgence.

• Environ 20% de nos compatriotes n’ont jamais entendu parler du défibrillateur automatique externe et ne savent pas à quoi cela peut servir. En cas de besoin, seulement 24% des personnes interrogées sont prêtes à l’utiliser.

• Parmi les 76% qui ne se sentent pas prêtes, un peu plus des deux tiers ne l’utiliseraient qu’après avoir reçu un minimum d’instructions sur son utilisation, alors qu’un tiers refusent tout simplement de l’utiliser.

• 52% pensent que le déploiement des DAE dans les lieux publics est certainement utile, voire essentiel. Le pictogramme officiel rendu obligatoire par la loi et indiquant la présence d’un DAE dans un lieu public n’est pratiquement jamais reconnu (95%) par le grand public.

Que faut-il faire ?

« L’utilisation précoce d’un DAE permet de sauver un nombre important de victimes de fibrillation ventriculaire mais n’est pourtant pas suffisamment développée dans notre pays », explique le Dr Christophe Scavée. « L’installation de ces appareils est à systématiser. La SNCB a déjà entamé cette politique dans plusieurs gares du pays alors que d’autres services publics sont encore hésitants, pour des raisons budgétaires, probablement. La population ne connait pas assez les gestes à prodiguer en cas de MSC. Une formation en réanimation de base permettrait à de nombreuses victimes d’être sauvées et de vivre sans séquelles. Il apparaît nécessaire de développer des programmes de formation minimale en réanimation et ce dès le plus jeunes âge, afin que notre comportement change, devienne inné lorsque l’on est face à ce type de situation », précise encore Christophe Scavée.

Les priorités

Le public devrait :

• connaître le numéro d’urgence valable dans toute l'Europe : le 112 ;

• pouvoir réaliser simplement un massage cardiaque externe en appliquant les mains au centre du thorax et en le comprimant à la fréquence d’au moins 100 fois/minute.

• reconnaître le symbole qui indique la présence d’un DAE dans un lieu public et apprendre à allumer ce défibrillateur et placer correctement les palettes en un minimum de temps… Le reste se fait tout seul !


publié le : 15/12/2011 , mis à jour le 08/08/2015
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