Grossesse : les dangers de l'alcool

Dernière mise à jour: mars 2017 | 1906 visites

dossier Il suffit de consulter Internet pour se rendre compte de la divergence d’informations qui circulent au sujet de la consommation d'alcool durant la grossesse. D’un site à l'autre, elle est tantôt autorisée, tantôt déconseillée. Face à cette banalisation de l'alcool, les risques liés à l'alcoolisation fœtale, première cause de retard mental non génétique en Occident, sont bien souvent ignorés.

L’alcoolisation fœtale, appelée également exposition prénatale à l’alcool (EPA), est une intoxication du fœtus provoquée par une consommation d’alcool durant la grossesse. L’alcool consommé par la future maman, quelle que soit sa quantité ou sa nature, est rapidement absorbé et distribué dans tout l’organisme et traverse facilement le placenta, qui, dans ce cas, ne joue pas son rôle de barrière protectrice. La boisson alcoolisée est donc directement acheminée vers le bébé et peut entraîner des modifications cellulaires et membranaires irréversibles. Le fœtus en formation ne pouvant pas métaboliser l’alcool aussi rapidement que sa mère se retrouve donc exposé plus longtemps à ses effets nocifs.

L’exposition prénatale à l’alcool (EPA) peut induire un ensemble d’altérations très diverses sur l’organisme en développement. Ces changements sont regroupés sous l’appellation générique « ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (ETCAF) ».

Les diagnostics médicaux de l’ETCAF comprennent :

• le syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF)
• les effets de l’alcool sur le fœtus (EAF) ou le syndrome d'alcoolisation fœtale partielle (SAFp)
• les troubles neurologiques du développement liés à l'alcool (TNDLA)
• les anomalies congénitales liées à l'alcool (ACLA)

Des risques majeurs

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Si la plupart des malformations physiques peuvent être diagnostiquées à la naissance, il n’en va pas de même pour bon nombre d’anomalies neurologiques ou psychosociales. Des problèmes de comportement ou d’apprentissage ne sont décelés que lorsque l’enfant est assez âgé pour aller à l’école.

Intelligence et apprentissage

Les enfants atteints de l’ETCAF peuvent avoir un ou plusieurs des problèmes suivants.

• retard mental (QI en dessous de 70)
• capacité d’attention réduite
• hyperactivité
• problèmes de mémoire
• problèmes d’apprentissage, surtout de la lecture, la compréhension et les mathématiques abstraites
• retard ou manque de compétences en matière d’expression orale et de langage : par exemple, l’enfant peut avoir un problème pour comprendre ce qu'on lui dit, il peut interrompre, parler à tort et à travers, ou babiller sans contenu
• manque de capacité d’organisation, de planification et de raisonnement
• Incapacité à gérer l’argent, par exemple à économiser ou à faire un budget
• incapacité à comprendre les liens de cause à effet
• jugement médiocre
• peu ou pas de capacité d'empathie interpersonnelle...

Troubles sensoriels

Les enfants atteints de l’ETCAF peuvent avoir besoin de plus ou de moins de stimulations que tout un chacun. On appelle cela un problème d’intégration sensorielle. Ces problèmes peuvent impliquer un sens ou plusieurs.

• sur-sensibilité au toucher (l’enfant peut ne pas supporter les étiquettes ou les coutures des vêtements)
• hypersensibilité (détester les lumières vives ou les bruits, ou percevoir des odeurs plus que les autres)
• tolérance à la douleur anormalement élevée (jusqu’à dangereusement élevée)
• troubles de la vue (légers à sévères)
• dyslexie
• surdité...

Comportement

Les bébés atteints de l’ETCAF peuvent présenter un ou plusieurs des problèmes suivants.

• rigidité
• troubles du sommeil
• traits du syndrome de la Tourette
• impulsivité extrême
• terreurs nocturnes
• comportements sociopathiques
• traits autistiques
• irritabilité extrême (ils sont irritables, nerveux et pleurent souvent)...

À l’adolescence, ils sont plus enclins :

• à la délinquance
• à l’exhibition sexuelle
• à la violence
• à l’accoutumance à des substances
• à une grossesse précoce
• au chômage chronique
• à des crises de colère à répétition
• à des crimes contre la propriété
• à la dépressions
• au suicide
• à la maladie mentale...

Problèmes physiques

À la naissance, les bébés peuvent avoir un ou plusieurs des problèmes suivants.

• faible poids à la naissance (moins de 2,5 kg)
• petite tête
• déformations du visage et de la bouche
• visage aplati
• caractéristiques faciales comme une lèvre supérieure mince, une zone aplatie sous le nez et des petits yeux

Durant l’enfance et l’adolescence, d’autres problèmes physiques peuvent apparaître.

• retard de croissance
• petite taille ou faible poids
• petite taille à l’âge adulte
• problèmes osseux, articulaires ou musculaires
• problèmes d’audition
• otites à répétition
• problèmes oculaires et de vision
• malformations génitales
• malformations cardiaques
• problèmes rénaux...

Il n’existe aucun traitement pour l’ETCAF. Les effets durent toute la vie et sont incurables. Les problèmes changent lorsque l’enfant grandit. Cependant, un diagnostic précoce ainsi qu'une intervention intensive et appropriée peuvent faire la plus grande différence dans le pronostic de l'enfant.

Avant l'âge de 11 ans, il existe une petite occasion d'atteindre un meilleur potentiel pour un enfant dont la santé est affectée par l'alcool. En effet, c'est la période de la vie où se produit le plus grand développement du schème structural nerveux fixe. C'est à ce moment que des chemins alternatifs adaptés sont le plus facilement produits comme « solutions de rechange » aux zones endommagées du cerveau.

Le syndrome d'alcoolisation fœtale

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Le syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) est l’anomalie présente dès la naissance la plus sévère. Elle est causée par une consommation chronique de plus de 60 g d’alcool par jour pendant la grossesse, soit 5 verres ou plus par jour.

Le SAF est une maladie caractérisée par des anomalies physiques, mentales et comportementales. Les lésions cérébrales permanentes sont fréquentes.

En 2013, en Belgique, la prévalence du syndrome d’alcoolisation fœtale était estimée à 1 ou 2 naissances sur 1.000. À titre de comparaison, l’incidence est nettement moins élevée au sein de l’Union européenne : elle avoisine les 0,97 cas pour 1.000 naissances. À l’inverse, aux États-Unis, le syndrome est 20 fois plus fréquent.

Les signes et les symptômes

Bien que la plupart des enfants atteints du SAF présentent un faciès particulier, des problèmes de croissance et des lésions cérébrales permanentes, il est impossible d’en tirer des généralités car ils ne se ressemblent pas tous. En fonction de la quantité d’alcool absorbée et du moment d’assimilation, les effets peuvent être bénins jusqu'à très graves.

Le faciès typique apparaît généralement au cours des deux premières années d'existence et se modifie en fonction de l'âge et de l’origine ethnique de l’enfant.

Quels autres problèmes physiques ?

• ongles des pieds ou des mains sous-développés
• cou court
• coordination médiocre des yeux et des mains
• anomalie des os et des jointures...

Les autres troubles

Le syndrome d’alcoolisation fœtale partiel (SAFp)

Le SAF partiel désigne un ensemble de troubles auxquels dont confrontés les enfants qui présentent certains traits faciaux, des troubles de la croissance, des lésions cérébrales, des troubles comportementaux et cognitifs caractéristiques du SAF.

Les troubles neurologiques du développement liés à l'alcool (TNDLA)

Ces troubles décrivent la présence d’anomalies structurelles ou neurologiques, ainsi que des troubles comportementaux et cognitifs associés au SAF.

Les anomalies congénitales liées à l'alcool (ACLA)

Les enfants nés d'une mère qui buvait considérablement pendant la grossesse peuvent également présenter des anomalies graves présentes dès la naissance, telles que des anomalies squelettiques, une maladie cardiaque (cardiopathie), une fente palatine et autres anomalies craniofaciales, des troubles rénaux, des troubles auditifs et de la vision, etc.

Les recommandations

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Au regard de l’absence de consensus concernant la valeur seuil à partir de laquelle la consommation d’alcool ne serait pas dangereuse pour le fœtus, les experts sont unanimes et recommandent « aux femmes qui sont enceintes ou qui pourraient le devenir de s’abstenir de consommer des boissons alcoolisées ». La raison principale est que l’alcool est un agent néfaste pour l’organisme en formation à tous les stades de son développement.

Cette tolérance zéro permettrait de prévenir l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale en adoptant des changements dans les comportements maternels. L’exposition prénatale à l’alcool, quelle que soit la quantité, représente un facteur de risque d’anomalies fœtales à tous les stades de la grossesse.

Un seul verre d’alcool par jour (1 - 10 g d’éthanol) pourrait augmenter l’incidence d’avortements spontanés et de mort fœtale chez les femmes enceintes et influencer le développement neurocomportemental de l’enfant à naître. Ce risque est commun à tous les types de boissons alcoolisées, qu’il s’agisse d’apéritif, de vin, de bière, de cidre ou encore de spiritueux. Ce risque existe même lors de consommations ponctuelles (ivresses d’un soir).

La consommation d’alcool pendant la grossesse peut entraîner de nombreux problèmes chez les bébés : des problèmes physiques et des problèmes d’apprentissage, d’attention, de mémoire et de comportement. Contrairement à beaucoup d’autres malformations de naissance, il est possible de prévenir à 100% ces troubles via des changements dans les comportements maternels.

Si vous êtes enceinte ou que vous pensez l’être, il est recommandé de ne pas consommer d’alcool, même en faible quantité. Si vous avez un problème d’alcoolisme, parlez-en à votre médecin ou à un autre professionnel de la santé. Ils pourront vous aider à arrêter de boire ou à réduire votre consommation autant que possible.


Plus d'infos ?

Voici les sources (en français) utilisées lors de la rédaction de ce dossier et qui vous permettront d'approfondir encore le sujet.

• AboutKidsHealth : http://bit.ly/2mC0n4R

• Commission de la santé et des services sociaux des premières nations du Québec et du Labrador : http://bit.ly/2n0GV4a

• Conseil supérieur de la santé : http://bit.ly/2mS9uR5

• UCL - Unité d’action pour la santé : http://bit.ly/2mBRGY5

• Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) : http://bit.ly/1oy7Af8

Source: Vincent Bücheler
publié le : 16/03/2017 , mis à jour le 15/03/2017

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